Réalisé avec des silhouettes de papier et des fonds de couleur presque uniquement,
Les Aventures du Prince Ahmed racontent les pérégrinations d’un jeune prince oriental qui, après être monté sur un cheval volant sur l’initiative d’un mage africain rusé, est mené dans différentes contrées. Il y rencontre la belle Pari Banu et doit surmonter une série d’épreuves et d’enlèvements pour finalement la retrouver et vivre avec elle son amour.
LES AVENTURES DU PRINCE AHMEDUn film de silhouettes de Lotte Reiniger
Réalisé en Allemagne entre 1923 et 1926
Scénario : Lotte Reiniger
Raconté par Hanna Schygulla
Collaborateurs : Berthold Bartosch, Carlo Koch, Alexander Kardan, Walther Ruttmann
Musique : Wolfgang Zeller
Date de sortie : 06 décembre 2007Le film se découpe en 56 actes : « Les pouvoirs du mage africain », « L’Histoire du Prince Ahmed », « Aventures en Chine », « Aladin et la lampe merveilleuse » et « La Bataille des esprits de Wak-Wak ». Comme vous l’aurez sans doute remarqué, ces aventures s’inspirent des
Contes des Mille et une nuits et en particulier de deux d’entre eux, « Aladin et la lampe merveilleuse » et « le Cheval volant ». Un film d’inspiration oriental donc. On peut s’étonner en considérant les différents chapitres de la diversité des mondes évoqués : cela aurait pu faire un peu « fourre-tout » dans le scénario. En fait, contrairement à ce que peut laisser penser le découpage en actes, il s’agit bien d’une seule et même histoire, celle du Prince Ahmed, et le film ne se perd pas dans une multiplicité d’évocations, conduisant fermement son personnage dans différents lieux du monde, grâce au cheval magique. Certes, on en garde une impression d’accumulation un tout petit peu lourde mais cela n’est pas très gênant puisqu’on reste attaché au personnage et à son parcours.
Réalisé entre 1923 et 1926,
Les Aventures du Prince Ahmed est considéré comme le premier long métrage d’animation de l’histoire du cinéma et s’intègre dans la tradition des films de silhouettes et des films d’ombres, le plus célèbre à notre époque étant
Princes et princesses de Michel Ocelot. Ce dernier avait manifestement plus de moyens techniques à sa disposition. En effet, le film de Lotte Reiniger ne dispose que des silhouettes de papier, d’une plaque de verre et d’un éclairage. Et la mise au point de la caméra 16 mm n’est pas toujours parfaite, le cadrage également. Mais quelle utilisation imaginative des ces quelques moyens ! Rien qu’avec eux, la réalisatrice évoque des univers très différents avec un souci du détail qui montre un grand perfectionnisme. Il faut noter en particulier le souci du détail dans les découpes des vêtements des personnages mais aussi leurs mains. Car les mains de personnages sont aussi révélatrices de leur personnalité et de leur fonction dans l’histoire : elles sont fines et graciles pour les princesses, les ongles du roi de Chine sont très longs, les doigts du mage africains sont sinueux et leur graphisme, heurté… Les détails des scènes, tels que les serviteurs, les palais… présentent le même souci du détail. Les fonds et les paysages sont moins réussis esthétiquement mais il faut se rendre compte de la difficulté de rendre par l’image des silhouettes une tempête en pleine mer par exemple ! De plus, les expressions et les sentiments des personnages sont rendus efficacement par les silhouettes grâce à une liberté prise avec celles-ci : parfois les yeux et les sourcils sont mis en contraste entre ombres et lumière.
Enfin, les couleurs utilisées pour les fonds sont utilisées de façon symbolique : le bleu pour le pays des Wak-Wak où vit la princesse Pari Banu, le jaune pour le pays du calife… Malheureusement, ce symbolisme des couleurs fonctionne en fait assez mal, pris entre l’intention de rendre l’ambiance d’un paysage et celle de s’attacher à un personnage. Et la valeur des couleurs est mal utilisée : par exemple, le bleu a quelque chose de triste et de mélancolique qui s’écarte sans doute de l’intention première de la réalisatrice. Autre exemple : le rouge est attaché aux flammes et à la sorcière qu’on pense a priori méchante et cruelle alors qu’en fait, c’est un personnage positif qui va aider le héros dans sa quête en le débarrassant du mage noir. Par contre, là où l’utilisation des fonds de couleurs est inadéquate pour rendre l’ambiance d’une scène, la musique réussit dans cette fonction, parfois triste, parfois dramatique… Elle accompagne et nourrit efficacement la progression de l’histoire. Elle est d’autant plus importante que le film est muet, les dialogues et le récit se faisant par cartons intercalés entre les images et lus par Hanna Schygulla, célèbre actrice contemporaine du cinéma allemand. Sa voix a donc un accent allemand qui tranche avec l’univers oriental et rappelle les origines de la réalisatrice Lotte Reiniger et donc du film.

Ainsi, outre la qualité de l’histoire et le plaisir que l’on prend à suivre les aventures du Prince Ahmed, ce film a une valeur historique importante et permet de réintroduire les films d’animation dans une histoire du cinéma. De ce fait, les petits défauts et les petites insuffisances du film prennent un aspect affectif au regard de cette histoire.