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Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec

La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec L'HISTOIRE :

Journaliste de profession, Adèle Blanc-Sec n'a désormais qu'un seul objectif : aider sa soeur ainée à sortir du coma. Après avoir consulté les plus grands médecins, hélas sans résultat, Adèle décide finalement de partir pour l'Egypte, à la recherche d'une célèbre momie qu'elle compte bien ressusciter, et ce, afin d'avoir recours à ses immenses pouvoirs. Parallèlement, à Paris, un oeuf de ptérodactyle, exposé au musée du Jardin des Plantes, éclôt mystérieusement... C'est le début d'une grande aventure !

Luc Besson signe-là son meilleur film depuis fort longtemps.

Nous avions perdu Luc Besson dans les méandres de l'animation. Le voilà de retour, plus inspiré que jamais, au service d'Adèle Blanc-Sec, célèbre personnage de bande dessinée créé par Jacques Tardi. Le résultat dépasse très largement nos espérances. Et si quelques maladresses subsistent encore ici ou là, le cinéaste a désormais posé les bases de ce qui s'annonce d'ores et déjà comme une trilogie. Les débuts sont prometteurs, vivement la suite !

Photo Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson

De 7 à 77 ans

Qui ne connait pas Adèle Blanc-Sec, célèbre héroïne française créée par le dessinateur Jacques Tardi à la fin des années 70 ? Le personnage est certes moins populaire qu'Astérix ou Lucky Luke, mais il possède néanmoins de nombreux fans à travers le monde. Des Américains et même des Japonais auraient déjà tenté de s'atteler à une adaptation, qu'elle soit live ou animée. Hélas, aucun projet ne pût se concrétiser... jusqu'au jour où Luc Besson s'y intéressa fortement. Convaincu par sa sincérité, Jacques Tardi lui donna alors son accord. Une idée folle, et donc, très excitante (surtout au sein du cinéma français), alliant trois genres parmi les plus ambitieux, humour, aventure et fantastique. A ce niveau-là, nous ne sommes pas déçus. Le film porte remarquablement bien son titre. Les histoires extraordinaires se succèdent en effet à un rythme effréné et l'on ne s'ennuie donc qu'à de très rares instants. Ainsi, de l'Egypte à Paris, au début des années 1910, le dépaysement est total.

 

Globalement fidèle à l'auteur, Luc Besson signe un scénario aussi vif que divertissant, tout en prenant le risque d'adapter (principalement) deux albums en un seul long métrage. A l'instar de Claude Zidi sur Astérix et Obélix contre César, Besson brise le rythme de schémas narratifs parfaits, judicieusement réfléchis il y a de nombreuses années par un auteur confirmé, et ce, pour finalement concevoir aujourd'hui celui de sa propre histoire. C'est peut-être là l'unique point négatif du film, qui démarre sur les chapeaux de roues, mélangeant les intrigues les plus farfelues (un mystérieux ptérodactyle survolant la ville de Paris, des momies ressuscitées par dizaine...), avant de les voir se résoudre une à une. Il en résulte un dénouement beaucoup trop linéaire, et en même temps presque confus, car censé mettre un terme à deux sujets préalablement distincts et qui auraient très certainement mérité un long métrage chacun. De par une trop grande ambition, Luc Besson risque donc de destabiliser certains puristes (à l'égard de Jacques Tardi ou de son oeuvre) quant à ces quelques libertés et autres raccourcis. Mais on ne passe pas de simples bulles à la pellicule sans un travail d'adaptation, aussi minime soit-il. Et même si l'on est en droit de ne pas partager entièrement celui du cinéaste, on le comprend dans son ensemble. Alors ne boudons pas notre plaisir. Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec s'adresse à toutes les générations, de 7 à 77 ans. Entre Tintin et Indiana Jones (toute proportion gardée), voilà le grand film populaire français que l'on n'attendait plus, drôle et palpitant à la fois.

 

Photo Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec de Luc Besson


Le grand retour de Luc Besson

Luc Besson avait toujours annoncé ne réaliser que dix longs métrages au cours de sa carrière. Arthur et les Minimoys aurait dû être son dernier. Mais il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Le cinéaste l'avoue d'ailleurs lui-même : travailler sur Adèle Blanc-Sec lui a redonné goût à la mise en scène. Cela se voit et se ressent à chaque séquence. Il y avait même bien longtemps que l'on n'avait pas vu Luc Besson aussi inspiré. Ceci dit, impossible de ne pas l'être devant tant de richesse. L'univers de Jacques Tardi ne pouvait en effet trouver qu'une place de tout premier choix au sein du Septième Art. C'est désormais chose faite entre les mains de Monsieur Besson. Dès les premières images, l'homme nous entraîne dans un univers décalé. Nous sommes en plein coeur de Paris. La nuit. Une voix off, digne des plus beaux contes, bien que parfois dotée d'une certaine ironie, nous présente un drôle de personnage, saoûl et bedonnant. Si celui-ci détient un rôle anecdotique, il se révèlera néanmoins central par rapport à l'histoire. Et ainsi de suite, de présentation en présentation, le metteur en scène nous amène tranquillement jusqu'à son héroïne principale, brillamment interprétée par Louise Bourgoin. On ne pouvait rêver mieux qu'elle pour incarner avec magnificence l'arrogante Adèle Blanc-Sec. Belle et pétillante, la comédienne s'investit littéralement dans la peau de son personnage et lui apporte toute la crédibilité nécessaire. A ses côtés, on notera les performances de Mathieu Amalric, aussi irrésistible que méconnaissable dans le rôle de Dieuleveult, et Gilles Lellouche, impayable en inspecteur Caponi, caractère définitivement idiot et dont la seule raison de vivre se limite à manger (on pense beaucoup à Bérurier de Frédéric Dard, interprété par Jean Richard et plus récemment Gérard Depardieu). Luc Besson en profite alors une fois de plus pour se moquer du corps policier, avec malgré tout une tendresse et une honnêteté qu'on ne lui connaissait guère (l'incompétence de ce personnage n'empêche pas son intégrité, ni même celle de ses collègues). C'est aussi ça la force de son film : le mélange des genres, ici hautement maîtrisé. Par exemple, dans l'action et l'aventure, le réalisateur signe de très belles séquences, notamment celle se déroulant en Egypte, redoutable d'efficacité. Shia LaBeouf n'a qu'à bien se tenir. Louise Bourgoin serait parfaite en lointaine cousine Jones. Quant à Luc Besson, il prouve qu'il sait tout aussi bien filmer un tombeau ancien (ou un ptérodactyle déchaîné) que son homologue américain (du moins, dans l'entertainment), Steven Spielberg. Et si l'on émet encore des réserves quant à son sens dramatique (sans être ridicule, la partie émotionnelle du métrage apparaît presqu'en trop), le cinéaste renouvelle ses talents d'"humoriste". Certains y résistent. D'autres non. Petite précision à ce sujet : dans Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, nous sommes tout de même plus proches du Cinquième Elément que de Taxi. Et ça, c'est un réel bon point. Au final, Luc Besson signe là son meilleur film depuis fort longtemps.

 

 

Gilles BOTINEAU

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