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Les Bureaux de Dieu

La critique d'Excessif

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bureaux_dieu_cine1 L'HISTOIRE : Djamila aimerait prendre la pilule parce que maintenant avec son copain c'est devenu sérieux. La mère de Zoé lui donne des préservatifs mais elle la traite de pute. Nedjma cache ses pilules au dehors, car sa mère fouille dans son sac. Hélène se trouve trop féconde. Clémence a peur. Adeline aurait aimé le garder, Margot aussi. Maria Angela aimerait savoir de qui elle est enceinte. Ana Maria a choisi l'amour et la liberté. Anne, Denise, Marta ,Yasmine, Milena sont les conseillères qui reçoivent, écoutent chacune se demander comment la liberté sexuelle est possible. Dans les bureaux de Dieu on rit, on pleure, on est débordées. On y danse, on y fume sur le balcon, on y vient, incognito, dire son histoire ordinaire ou hallucinante.
Un enfant, si je veux, quand je veux. Dans son nouveau film, Claire Simon collecte et met en scène de véritables entretiens du planning familial. Devant des conseillères attentives, des femmes, jeunes ou moins jeunes, se succèdent et viennent s’informer, exposer leurs angoisses, chercher des solutions. Un film pédagogique, voire militant, qui libère la parole et rappelle ce que peut vouloir dire au quotidien la liberté sexuelle des femmes.

LES BUREAUX DE DIEU
Un film de Claire Simon
Avec Nathalie Baye, Nicole Garcia, Isabelle Carré, Anna Alvaro, Béatrice Dalle, Rachida Brakhni, Marie Laforêt, Emmanuel Mouret, Michel Boujenah, Loredana Acquaviva, Caroline Bennequin, Isabel Coelho, Mounia Dahou, Amel Deleu, Rachelle Kanga, Celine Mane, Alice Niay, Tania Petrovna, Aurélie Ponti, Zara Prassinot, Evelyne Tessier, Laure Tognini…
Durée : 2h02
Date de sortie : Novembre 2008

Que de monde, dans les bureaux de Dieu ! La salle d’attente ne désemplit pas, et d’un entretien à l’autre, les conseillères n’ont que le temps parfois d’une petite pause cigarette. Il y a celle qui aimerait prendre la pilule mais ne sait pas comment en parler avec ses parents. Celle que la mère traite de pute en lui achetant des préservatifs. Celle qui se trouve trop féconde, que le stérilet fait grossir. Celle qui veut garder le bébé, celle qui n’en veut pas, celle qui ne sait pas bien qui est le père. Celle qui a dépassé les délais et qu’on envoie en Espagne. Et devant ces femmes, il y a ces conseillères à l’oreille attentive, empathiques mais sans pathos, disponibles et jamais pressantes.


Basé sur des scènes réelles vécues au planning familial, le film de Claire Simon choisit de minimiser tout artifice de cinéma, et délaisse toute dramatisation cinématographique pour se concentrer sur ces paroles de femmes longtemps empêchées, et enfin libérées. Unité de lieu, donc : tout se déroule dans ces « bureaux de Dieu », et chaque entretien, pour ne pas en trahir la durée, le tempo, la tension, soit la vérité même, est filmé en quasi plan-séquence (mouvements de caméra peu fluides, à l’image peut-être de la parole qui se libère...). Les dialogues, qu’on suppose fidèles à la réalité, sont tendus, difficiles souvent, bouleversants parfois, car ici, aucun sujet n’est tabou. Et le talent des comédiennes éclate alors avec évidence. Les stars, d’abord, de Nathalie Baye à Béatrice Dalle, de Rachida Brakhni à Nicole Garcia, d’Isabelle Carré à Anne Alvaro : casting impressionnant. Mais au-delà de ce premier défilé, c’est aussi le talent des comédiennes (débutantes ou amatrices) qui interprètent les autres femmes, celles qui viennent se confier, qui impressionne, avec des accents de sincérité d’une justesse stupéfiante.

Au moment où l’on célèbre le centenaire Simone de Beauvoir, ce film vient à point nommé donner corps à des questions qui n’ont pas fini d’agiter la société. Film nécessaire, à ce titre, et qui permet de prendre une mesure précise du travail qui reste encore à accomplir en matière de liberté sexuelle et de contraception. Film salubre, aussi, lorsque certaines de ces libertés (l’avortement, notamment) sont périodiquement inquiétées. On peut cependant regretter qu’en un peu plus de deux heures, il finisse par présenter le sexe de façon angoissante, et souvent grevé de conséquences catastrophiques pour les femmes. Car, second regret, les hommes au contraire, (quasi) absents du film, semblent (presque) tous se complaire dans une violence irresponsable, une indifférence coupable ou une lâcheté grave. Au mieux, c’est l’incompréhension des sexes qui est soulignée, lorsqu’un des rares personnages masculins avoue par exemple, à propos de la pilule : « Moi, je ne suis pas une femme pour comprendre tout ça ». Et le film frôle alors un manichéisme inutile, qui n’est pas sans rappeler la radicalité anti-masculine d’un certain militantisme féministe.

Frédéric Aribit





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