L'HISTOIRE : Un homme seul dans le désert tient une taverne et manipule ses clients. On vient le voir quand on cherche à tuer par vengeance. Il n'a aucun ami, sauf un guerrier solitaire. Ils aiment la même femme, mais ne le savent pas ...
Ce film, réalisé en 1994 mais seulement sorti en France en décembre 1996, ressort donc dans une nouvelle version légèrement modifiée notamment au niveau de la bande-son. Le travail de ré-arrangement de Wu Tong et de Yo-Yo Ma s’ajoute donc à celui de Frankie Chan et de Roel A. Garcia. Redécouvrir ce film sur grand écran est essentiel, non seulement pour apprécier complètement le talent photographique de Christopher Doyle mais surtout pour se replonger dans cet univers de la Chine ancienne, une Chine fantasmée par toute une série de films appelés wu xia pian, les films de sabre chinois. Wong Kar-Wai hérite à la fois d’une tradition littéraire qui prend naissance sous la dynastie des Ming (1368-1644) mais surtout d’une tradition opératique qui a adapté ces récits en chants et chorégraphies sublimes, lesquelles seront par ailleurs aux origines du genre cinématographique lui-même. Dès les années vingt, les studios de Shanghai en font le genre populaire par excellence avant d’être interdit par le gouvernement du Guomindang dans les années trente et quarante.
Grosse production tournée sur une période de plus de deux ans, le film a connu une production très difficile au point que, obligé de marquer un arrêt de tournage de plusieurs semaines, le cinéaste en profite pour écrire et réaliser Chungking express en entre-deux. Wong Kar-Wai devient alors la bête noire du cinéma hongkongais, qualifié de mégalomane et d’irresponsable à cause des retards incessants et des dépassements de budget faramineux. Le casting lui-même en fait rêver plus d’un ; Leslie Cheung l’acteur et chanteur pop adulé dans l’ex-colonie anglaise, Brigitte Lin l’actrice au charme androgyne, Tony Leung Chiu Wai le futur acteur fétiche du cinéaste, Tony Leung Ka Fai apparu deux ans plus tôt dans L’amant de Jean-Jacques Annaud, Maggie Cheung véritable icône de la féminité chinoise. A la sortie du film en salles c’est l’incompréhension. Au film de genre hyper-codé se substitue un film contemplatif, lent, complexe dans sa structure narrative, en un mot inclassable. Wong Kar-Wai une fois encore s’est dérobé au sujet pour offrir sa vision du wu xia pian, une vision forcément biaisée, qui use d’un angle d’attaque surprenant. Ce qui l’intéresse ce ne sont pas les combats mais le ressenti des personnages. Les scènes martiales seront donc traitées comme des épiphénomènes de tension, de chaos et d’instabilité. 



Acteur fétiche du cinéaste Wong Kar-Wai, mais surtout bourré de talent, Tony Leung est parvenu à parfaitement mener une carrière variée, entre films d'auteur et grosses productions, romances ...