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Les Cerfs-volants de Kaboul

La critique d'Excessif

4/5
cerfs_volants_kaboul_cinefr L'HISTOIRE : Bien que frères de lait, Amir le Pachtoune et Hassan le Hazara ont grandi côte-à-côte dans des mondes différents : le premier est le fils d'un riche commerçant, le second est le fils de leur serviteur. Inséparables, liés par une même passion, les deux garçons se vouent une amitié indéfectible. Mais ce lien va se briser à jamais. Alors que sous ses yeux Hassan subit une terrible ignominie, Amir reste pétrifié. Peur ? Lâcheté ? Honte ? Pris dans une terrible confusion des sentiments, il n'esquissera pas un geste pour sauver son ami.

Eté 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux États-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. Il existe un moyen de te racheter, lui annonce une voix au téléphone. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan des talibans... et de son propre passé.
Les cerfs-volants de Kaboul, adaptation du best-seller de Khaled Hosseini sorti en 2003, est une oeuvre atypique et particulièrement déconcertante. C’est peut-être le premier film américain depuis plusieurs années à prendre pour décor l’Afghanistan et Kaboul sans évoquer les attentats du 11 septembre 2001. Et pour cause, l’intrigue se situe entre 20 ans et quelques mois avant les évenèments. Si l’Histoire avec un grand H trace son sillon dans la pellicule, c’est pour mieux faire évoluer une histoire plus modeste. Une histoire d’adultes à petite échelle, celle de deux enfants. Tout en nous épargnant un discours américain bien pensant et en se confrontant constamment à son sujet, Les cerfs-volants de Kaboul convainc par son originalité, sa générosité et ses ambitions. Un film américain proprement universel et qui ouvre sur de nouvelles voies... Véritablement étonnant et profondément émouvant !

LES CERFS-VOLANTS DE KABOUL
The Kite Runner
Un film de Marc Forster
Avec Khalid Abdalla, Homayon Ershadi, Zekeria Ebrahimi, Ahmad Khan Mahmidzada…
Durée : 2h02
Date de sortie : 13 Février 2008



Dans un pays déchiré qui s’apprête à entrer en guerre, Amir et Hassan, deux enfants amis depuis toujours, vont bientôt être séparés...
1979. Cet après-midi là, à Kaboul, la ville entière est à la fête car ses habitants vivent au rythme du traditionnel concours de cerfs-volants. Malgré la victoire d’Amir et Hassan, un évènement vient troubler l’amitié des deux garçons... Lorsque les Soviétiques envahissent l’Afghanistan, Amir et son père quittent le pays pour les Etats-Unis...


Marc Forster est un curieux spécimen. Entre Neverland, A l’ombre de la haine ou L’incroyable destin d’Harold Crick, ses films se ressemblent peu mais partagent cet étonnant goût pour le cinéma classieux et un véritable amour pour l’art de l’image. A la fois ambitieux dans ses choix de mise en scène et toujours enclin à construire de vrais et beaux personnages, le cinéaste est un faiseur qui a toujours su débarquer là où on ne l’attendait pas. Alors qu’il est actuellement en préparation du prochain James Bond, le voilà qui réalise une oeuvre entre l’Afghanistan et la Californie, et dans la langue locale qui plus est ! Première surprise donc, les personnages ne parlent pas la langue de Shakespeare. On se souvient encore du désastreux Mémoires d’une Geisha. Immédiatement, le pari prend alors une autre dimension et semble aller à l’encontre, dès les premières minutes, des carcans hollywoodiens. Le cinéaste, comme à son habitude, allie intelligemment ses personnages et son intrigue à la forme et nous permet de plonger instantanément dans cette sublime reconstitution de Kaboul de la fin des années 1970. Cosmopolite, vivante, nerveuse, traversée par une nuée d’enfants, la capitale resplendit et semble bien loin des clichés de ruines auxquels l’actualité nous habitue...



La volonté première du film est donc de nous faire découvrir un autre visage de l’Afghanistan et de ses habitants, ce qu’il fait avec passion et générosité. Sans s’engouffrer dans l’imagerie carte postale, la restitution physique et sentimentale de la cité est à la fois minutieuse, lisse, abimée, terne et pleine de soleil... Bref tout est montré en très peu de temps. A l’image de la sublime séquence du concours de cerfs-volants, d’une puissance visuelle n’ayant rien à envier aux derniers blockbusters américains, Marc Forster met tout en oeuvre pour offrir une vue d’ensemble de Kaboul. Une prodigieuse plongée de caméra en l’occurence... L’installation de son film est pleine de charme et mystérieuse, le rapport qui lie d’amitié les deux jeunes protagonistes étant révélé au bout d’un certain temps. Etonnament et avec une justesse hallucinante, ces comédiens novices imposent eux-même la teneur du film et ses ambitions dès la première heure. Ils sont tout simplement grandioses et criants de vérité tout en ayant cette maturité pour le moins déconcertante due à leurs statuts sociaux respectifs. Mine de rien, ils installent les enjeux émotionnels et les conflits politiques avec une belle innocence tout en étant particulièrement actifs et engagés dans leur destin. Les Cerfs-Volants prend son temps, il ne brusque ni son histoire ni les spectateurs, il prépare en effet le terrain pour une histoire plus épique et étendue dans le temps autour de thèmes universels comme l’amitié, la trahison, le pardon et la quête de soi...


L’histoire se déroulant sur deux périodes bien distinctes, le film a eu l’intelligence de se construire en deux temps et éviter ainsi les allers-retours inutiles. Un long flash-back permet d’introduire l’histoire de ces deux enfants à Kaboul et leurs destins respectifs. L’un disparaît pour des raisons que nous tairons et l’autre, rongé par la culpabilité et emmené par son père effrayé par l’invasion Soviétique, quitte son pays pour rejoindre le Pakistan. Une très belle ellipse nous projette 20 ans plus tard où ce dernier est désormais un citoyen américain et apprenti écrivain... Le scénario est dense mais la force du film est concentrée sur sa capacité à ne jamais perdre le fil de son histoire et trouver, à chaque instant, un élément permettant de se redonner un nouveau souffle...



Le film ne se veut jamais politique et ne cherche pas à dénoncer les injustices d’un pays en crise, il ne situe jamais l’Afghanistan d’un oeil américain et ne se compromet pas dans de maladroites comparaisons entre les deux entités géographiques. L’Amérique n’est jamais présentée comme une terre promise où la liberté est loi et le film s’amuse à tracer avec cette volonté de réalisme qui le caractérise le portrait de la communauté Afghane de Californie... S’il évite les balourdises, on sent cependant que le sujet est parfois pris avec des pincettes dans sa partie états-unienne. Fait étrange d’ailleurs, que le film se permette des envolées lyriques, oniriques ou dramatiques à Kaboul mais qu’il se contienne quelque peu sur les côtes californiennes. Mais cette baisse de régime se rattrape dans la dernière partie, beaucoup plus crue et violente dans son approche du pays d’origine du personnage principal, qui conclut intelligement le film et s’empêche toute facilité dans un contexte de guerre particulièrement étouffant. Forster sait placer sa caméra et éviter les angles accomodants, son seul but est de servir son histoire et il le fait bien. Très bien, même !



Les cerfs-volants de Kaboul est un bel ouvrage, tant sur le fond que sur la forme. La densité du scénario et des personnages, merveilleusement dépeints, permettent au dernier film de Marc Forster d’être une des très belles surprises de ce début d’année 2008. Les amateurs du livre retrouveront certainement le charme et la beauté de cette histoire d’amitié qui en touchera certainement plus d’un. Encore une fois, le cinéma américain a de quoi nous étonner !

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