Après
Les dents de la mer, voici celles de la nuit ! Mais ici, point de requin à l'horizon. Sam, Prune et Alice sont de purs fêtards, à l'affut de la moindre soirée « tendance ». Lorsqu'ils dénichent des invitations pour la mystérieuse mais néanmoins très célèbre Nuit Médicis, leur bonheur est au summum. Seulement, une fois sur place, ils vont très vite déchanter. Ils font en effet partie, avec plus de trois cent autres convives, d'un gigantesque buffet, en l'honneur d'une horde de vampires assoiffés de sang... Il n'y a alors plus qu'une seule solution : tenter de s'enfuir coûte que coûte de ce château maléfique !
Vincent Lobelle et Stephen Cafiero signent ici leur premier long métrage, après avoir fait leurs preuves dans le milieu publicitaire.
LES DENTS DE LA NUITUn film de Vincent Lobelle, Stephen Cafiero
Avec Vincent Desagnat, Tchecky Karyo, Patrick Mille, Julie Boisselier, Frédérique Bel
Durée : 1h26
Date de sortie : 06 août 2008Les dents de la nuit repose sur une idée originale : faire une comédie horrifique avec des vampires. Un genre plutôt rare donc, surtout en France, si l'on excepte
Les Charlots contre Dracula, en 1980. Le réalisateur de ce film se nommait d'ailleurs Jean-Pierre Desagnat, père de Vincent, aujourd'hui à l'affiche de ce nouveau délire. Tout partait donc pour le mieux, avec un casting plutôt éclectique, mais très talentueux. De la plus jeune génération (Frédérique Bel, Julie Fournier), à une « plus ancienne » (Stéphane Freiss, Antoine Duléry), chacun s'amuse dans cette farce gentiment déjantée. L'ensemble est porté par un Patrick Mille totalement convaincant et de plus en plus à l'aise dans ce registre, après
99F,
La jungle, ou bien encore
People. Mais la palme revient sans conteste à Sam Karmann, qui n'a jamais été aussi drôle depuis la cultissime
Cité de la peur aux côtés des Nuls. Il se retrouve ici dans la peau d'un dentiste dont la réputation n'est plus à faire chez le moindre suceur de sang.
Ainsi, le film n'est pas avare en comédie, et les répliques, cultes en devenir, font souvent mouche. Par exemple, comment résister à Hélène de Fougerolles et son « prend-moi comme un bourricot », ou à une vampire qui sort des toilettes, laissant un cadavre derrière elle, « c'est le cinquième que je suce ce soir ». Mais certains gags sentent le réchauffé et les auteurs semblent cruellement manquer de références. Le
Titanic de James Cameron a déjà été parodié une multitude de fois, et voir Vincent Desagnat reprendre le rôle de DiCaprio ne vaudra jamais un Leslie Nielsen, qui détourna déjà la célèbre scène du « Je vole » dans
Le détonateur mis en scène par Pat Proft.
Le film est néanmoins sauvé par une mise en scène redoutable, véritablement efficace, secondée par des effets spéciaux aux pointes de la technologie. La transformation de Tchéky Karyo en vampire transpire le réalisme et risque même de provoquer chez certains spectateurs (moi le premier) quelques frissons. Si le mélange des genres renforce généralement une oeuvre cinématographique, il nécessite en revanche beaucoup de rigueur et de précision. Ici, le film s'égare dans de trop nombreuses directions, sans pour autant aller au bout de ses idées. Le loup-garou interprété par Stéphane Freiss manque de consistance, et l'on aurait aimé voir davantage ce personnage au sein même de l'intrigue. A vouloir trop en faire, les auteurs oublient de creuser le fond de leur histoire et si le film débute sur les chapeaux de roues, la fin se laisse deviner beaucoup trop en amont.
Sans atteindre le niveau de
La cité de la peur, le film tente de s'en rapprocher, et quelques idées resteront néanmoins graver dans les anales de la comédie. Ainsi, il vous est fortement déconseillé de vous lever pendant le générique de fin, dont le contenu est tout simplement hilarant. A noter, au passage, une bande originale particulièrement jouissive, signée Gast Walting.
Les dents de la nuit reste donc une curiosité à découvrir, voire une ouverture à un genre encore beaucoup trop rare en France. Nous attendons la suite avec impatience...
Gilles Botineau