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Les Femmes Du Mont Ararat

La critique d'Excessif

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femme_ararat_cinefr L'HISTOIRE : Au Kurdistan, comme dans la plupart des zones de conflits qui s'inscrivent dans la durée, les femmes se font de plus en plus présentes. Comme si, face à la folie meurtrière des hommes, elles se mettaient aujourd'hui au premier plan, transformées en bombes humaines ou en soldats. En 1996, les femmes rejoignant la guérilla kurde du PKK décident de créer leur propre armée, totalement indépendante de celle des hommes. Les Femmes du mont Ararat retrace la vie d'un manga de femmes, l'unité de base de la guérilla composée de six combattantes. En constant déplacement, sans réel autre but que celui de gravir la prochaine montagne, elles guettent un ennemi invisible. Entre manoeuvres militaires et tâches quotidiennes, l'intimité de ces femmes se dévoile peu à peu, révélant, au delà du groupe, les destins individuels.
En se focalisant dans l’attente de l’affrontement, sur une unité exclusivement féminine, Les femmes du Mont Ararat inscrit à l’écran la lutte du peuple kurde pour l’obtention d’un Etat libre et indépendant. Toutefois, plus original et investi, ce documentaire tranche avec tant d’autres, par une volonté d’affirmation qu’il porte à plusieurs niveaux (nationalisme, respect de la femme, modernité travaillée par le traditionalisme et la religiosité), tout en allant au-delà du seul combat militaire des six combattantes qu’il suit. Dès lors, entre condition des femmes et volonté émancipatrice globale, au cœur d’un Kurdistan traditionaliste et rigoureux, Erwann Briand nous fait découvrir ces femmes cachées dans les montagnes, qui vont de batailles en engagements, lutter pour une terre mais aussi pour leur dignité de musulmane.

LES FEMMES DU MONT ARARAT
Un film de Erwann Briand
Avec Sewra, Cicek, Hevidar, Zilan, Sorxwin, Elif
Durée : 1h25
Date de sortie : 26 septembre 2007



Au cœur des régions frontalières qui joignent la Turquie, l’Irak et l’Iran, s’est de tous temps regroupé le peuple kurde, des hommes et des femmes en quête de reconnaissance et d’indépendance prêts à tout pour obtenir la terre de leurs ancêtres et y vivre librement. Les femmes du Mont Ararat aurait ainsi pu être l’un de ses énièmes récits de lutte âpre et passionnée pour le gain d’une terre et l’acceptation par la force d’une identité trop longtemps sacrifiée, entre Itchékéri Kenti et L’Etoile du soldat. Il n’en est rien pourtant, bien au contraire, tant son propos va bien au-delà de cette quête douloureuse.



En effet, plus que cela, ce dernier se démarque de ses prédécesseurs, tant dans son traitement documentaire que par le choix à la fois double et original de son sujet. Tout d’abord, il fuit la monstration traditionnelle du combat en filmant la béance du temps si particulière qui anime les guérillas et plus généralement, l’expectative stérile, impatiente et fébrile qui caractérise ce type d’affrontement. En effet, durant l’intégralité du métrage, la guerre n’est qu’une présence furtive, devinée, exception faite d’un accrochage lointain. Mais plus encore que cela, Les femmes du Mont Ararat tire son intérêt d’un sujet plus ample: examiner la place de la femme musulmane et sa condition au travers de la lutte du Kurdistan pour son existence.


En effet, Les femmes du Mont Ararat ne se centre pas sur l’exposition d’une seule revendication nationaliste et indépendantiste, il propose à notre curiosité dérangée, les visages de femmes armes aux poings. De véritables pasionaria rebelles, dures au mal qui savent combattre et néanmoins rester féminines. Là où la guerre est trop souvent la monstration d’un face-à-face violent, héroïsant et essentiellement masculin, Erwann Briand filme de fait le sexe dit « faible », kalachnikov à l’épaule et nous montre ces six valeureuses aussi soucieuses de tactique que capable d’interrompre la tension du moment pour parler du cœur et de ses atermoiements. Si l’on ajoute à cela, le refus systématique d’une quelconque spectacularisation du temps de la lutte, Les femmes du Mont Ararat déconcerte et ne laisse nullement indifférent parce qu’au-delà de ce qu’il montre, c’est l’ensemble des problématiques des femmes musulmanes modernes qui s’exprime. En surplus d’une lutte nationale, en arrière plan d’une persévérance de tous les instants.



En marquant sans cesse leur absence totale de confiance dans l’homme, il est ainsi question d’excision et du juste maintien de traditions séculaires qui voient encore les filles être vendues ou échangées pour s’acquitter de dettes ou régler des différends. Dans le silence d’une action d’éclat qui ne vient pas ou peu, nous les suivons donc dans leur refus d’une condition héritée de temps éculés. Ainsi, dans leurs propos et dans leurs actes, Les femmes du Mont Ararat dessine via une photographie superbe, très lointaine de l’imagerie guerrière habituelle, leur choix du combat comme la justification d’une vie plus juste à conquérir, comme la revendication légitime d’une affirmation aussi moderne que nécessaire. Contrairement aux métrages fictionnels de Jafar Panahi que sont le Cercle et Hors Jeu ou Femmes d’Islam, l’ensemble documentaire de Yasmina Benguigui, Les femmes du Mont Ararat surprendra davantage par ses intentions et son traitement. Cependant, en développant un propos salutaire qui évite les discours réducteurs sur l’Islam, ce film d’Erwann Briand n’indifférera personne tout en révélant le combat ignoré d’une minorité qui cherche à enfin conquérir sa liberté, celle due aux femmes musulmanes, celle due au peuple kurde.

Jean-Baptiste Guégan

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