Emmanuel Saget a longtemps voulu être peintre. Dans son premier long métrage
Les grands s’allongent par terre, il nous livre la peinture de situations douloureuses, de personnages en proie à la solitude. L’image prime sur les mots. Si l’intention est bonne, on finit, à force d’être extérieur à l’action, par se détacher totalement du film, jusqu’à s’ennuyer fermement.
LES GRANDS S’ALLONGENT PAR TERREUn film d’Emmanuel Saget
Avec Victoire Thivisol, Laurent Suire, Irène Grandadam
Durée : 1h17
Date de sortie : 16 juillet 2008
Gena a 15 ans. Elle habite chez sa mère, dans un lotissement. Elle doit écrire une carte d’anniversaire à son père qu’elle ne connaît pas. Louis, le père, n’a jamais cherché à voir sa fille. Il est seul et névrosé. Gena fugue de chez sa mère pour mettre un visage sur celui dont elle a si peu entendu parler.
Son arrivée est précédée de celle de deux vieillards, les propriétaires. Ils viennent trouver un compromis avec Louis qui ne paie pas les hausses de loyer « sous prétexte que la surface n’augmente pas ». Louis est peu loquace. En jogging ou en pyjama, obsédé par l’entretien de son vélo, il communique essentiellement par gestes : il claque la porte ou jette le téléphone par la fenêtre, quand les semonces de l’agence immobilière se font trop pressantes. Au moment où sa fille, écoeurée par les disputes incessantes avec sa mère, le rejoint, il est en train de mettre le feu à toute la résidence. Quelques minutes plus tôt, il a tiré un coup de fusil sur l’agence. Tous deux partent dans une petite voiture électrique surmontée d’un vélo, les seuls biens de Louis, jusqu’à ce que pris de remords, ce dernier tente de convaincre sa fille de se laisser conduire chez sa mère. Prête à tout pour éviter « le retour à la maison », l’adolescente charge la bouteille d’eau d’un tube de somnifères…
En voulant prolonger le voyage, Gena provoque un accident de voiture qui n’est que le début d’une série de trois car le voyage tourne rapidement à la beuverie. Le père est saoul de plus en plus souvent, et passe beaucoup de temps allongé par terre. Il finit même par atterrir dans une cours d’école, et se trouve encerclé par des maternelles qui le nettoient à coups de brosse à dent, avant de dessiner le contour de son corps à la craie, un geste lourd de sens…
La misère est sociale (bien marquée par le décor rideaux dentelles, toile cirée) autant qu’intellectuelle : les dialogues se font rares, les « putains » s’enchaînent. La solitude, la folie, font des ravages chez le père, enferré dans une spirale de l’échec. Pire encore, le tragique s’abat sur la descendance, et Gena, frappée par le déterminisme, finit par boire elle aussi. C’est presque du Zola.

La musique, à l’image du film, laisse entendre le refrain « aime-moi ». Pourtant, on a bien du mal à avoir une quelconque empathie pour ces personnages. Saisis de l’extérieur, ils sont traités selon le mode « Nouveau Roman ». Du coup, on s’ennuie assez rapidement. Dommage car du côté des acteurs, les performances sont là : Laurent Suire, en père presque autiste, est particulièrement pertinent, Victoire Thivisol incarne très justement l’adolescente révoltée. Mais le film pêche par excès. On aimerait plus de subtilité. Il n’y a presque aucune humanité chez les personnages. Le père est trop mauvais pour être réaliste. La fille, le cheveu gras, l’injure à la bouche, agace prodigieusement. Au troisième accident de voiture, on se prend même à sourire. Bien sûr, tout cela participe au tragique, mais à vouloir trop en faire, on tomberait presque dans l’effet contraire.
C’est donc avec soulagement qu’on voit apparaître ce qui semble être le dernier plan, pas très convaincant lui non plus : Gena jette le dessin qu’elle a, enfant, fait à son père : elle est enfin devenue adulte…
Heloïse VandesmetRetrouvez la galerie photos page suivante...


