La critique d'Excessif

2/5
les_insurges_tmp L'HISTOIRE :

En 1941, les armées d'Hitler envahissent l'Europe. Leur implacable progression coûte la vie à des millions de juifs. Pour trois hommes, cette tragédie marque le début d'une guerre dans la guerre. Lorsque leur petit village d'Europe de l'Est est envahi, les frères Bielski se réfugient dans une profonde forêt qu'ils connaissent depuis leur enfance. Ils se contentent d'abord de survivre mais la rumeur de leur exploit se répand et d'autres les rejoignent, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, prêts à tout risquer pour rester vivants et libres. Peu à peu, les trois frères vont recueillir des centaines de pourchassés et contrecarrer les plans de leurs redoutables attaquants. Face à l'adversité, au nom de ceux qu'ils ont perdu, ils vont sauver plus d'un millier de vies...

Politiquement fort.

On reconnaitra à Edward Zwyck un vrai talent, celui d’avoir su signer avec Les Insurgés, un film sec, captivant et émouvant qui n’est pas sans rappeler par son naturalisme, Requiem pour un massacre mais qui surtout aura su dépasser les limites et facilités des productions américaines pour offrir à Daniel Craig et Liev Schreiber, deux rôles de résistants fascinants dans un film réussi et hautement recommandable.


 

Durant la Seconde Guerre Mondiale, la Biélorussie fut le lieu d’une résistance farouche des juifs locaux et des soldats de l’Armée Rouge contre les armées hitlériennes. De fait, en choisissant un tel cadre, Edward Zwick renoue avec le film historique après le Dernier Samouraï et propose avec Les Insurgés, le récit d’une lutte pour la survie sur fond d’opposition fraternelle au sein de la famille Bielski.

Les Insurgés ou le récit de l’Otriad Bielski
A la manière d’un Requiem pour un massacre dont on aurait enlevé les moments les plus insupportables et l’intolérable violence, Les Insurgés propose de revisiter le second conflit mondial en suivant l’Otriad Bielski, du nom de la famille qui donna son nom à ce mouvement de résistance et de partisans qui sévit en Biélorussie, et permit à plusieurs milliers de juifs de survivre jusqu’à la fin de la guerre. Ainsi, en nous contant les trajectoires disjointes de Tuvia, magnifiquement campé par Daniel Craig et de ses frères, le dernier film du réalisateur de Blood Diamond s’aventure sur deux créneaux : le film de résistance et la chronique familiale. En effet, en nous racontant par le menu ce que voulait dire résister en tant que juif, de 1941 à la fin de la guerre en Biélorussie, Edward Zwyck nous propose de suivre en témoin chacun des temps forts de cette histoire hélas véridique. Des débuts de la clandestinité jusqu’aux premières exactions en passant entre autres, par les douloureuses scènes où l’on apprend la mort de presque tous les siens. Mais Les Insurgés ne se limite pas à établir la fresque d’une résistance alerte et acharnée.

 

Il dépasse son seul sujet historique et ses péripéties pour introduire comme moteur narratif, la tension progressive entre les deux frères ainés de la famille Bielski qui bientôt débouchera sur une séparation définitive, avant que des retrouvailles inopinées n’aient lieu. L’un choisissant l’Armée Rouge, l’autre, de rester caché avec ceux qu’il recueillera dans la forêt tout en se préparant à devoir lutter sans faillir pour survivre. Dès lors, Les Insurgés organise son déroulé autour de cet axe scénaristique essentiel, celui de savoir lequel des deux frères aura raison et surtout lequel des deux pliera devant l’autre. Sera-ce Tuvia, le plus instruit et le plus âgé des deux, lui qui se refuse à l’affrontement armé, préférant se retirer dans les forêts touffues de Biélorussie ? Ou bien son frère, Zus, plus bourru et moins prompt au discernement, lui qui choisit la voie de la violence et fera tout pour faire glisser les siens vers le camp des partisans, ceux qui opèrent à couvert et sont des relais opérationnels de l’Armée Rouge ?


Un conflit aussi armé que moral et philosophique…
« L'image que nous avons de l'Holocauste est celle d'une implacable persécution qui n'a laissé aucune chance aux juifs. C'est évidemment ce qui s'est passé en Europe, mais je crois qu'il faut aussi avoir un regard plus précis sur cette notion, comprendre qu'il existe une différence entre la passivité et l'impuissance, et savoir que certaines personnes ont eu la farouche volonté de résister aux assassins du Reich. » Edward Zwyck

 

Deux réflexions vont alors nourrir en creux le film et cette opposition fraternelle et familiale. Doit-on se mettre au niveau de l’ennemi nazi et devenir aussi inhumain et meurtrier que lui, au risque de lui ressembler ? Et plus encore, un juif se doit-il d’être un combattant alors que sa foi normalement le lui interdit ? Dès lors, Les Insurgés en plus d’être un film de résistance et la chronique d’un affrontement familial va très vite aborder un questionnement philosophique et moral d’autant plus inattendu qu’il est poursuivi tout au long du métrage, par ses personnages principaux mais aussi par d’autres plus secondaires, comme le rabbin de la communauté formée en pleine forêt ou les femmes qui sont avides de revanche.

Ainsi, le dernier métrage d’Edward Zwyck sans renier les scènes d’affrontement, celles de fuite massive sous les bombes ou les séquences amoureuses inévitables dans ce type de métrage, va chercher plus loin que tout film hollywoodien s’attaquant habituellement à un tel sujet. Rejoignant dans une certaine mesure Les Croix de feu de Samuel Peckinpah, Les Insurgés va alors explorer à la mesure de ses ambitions grand public, tous les éléments psychologiques et culturels qui empêchent ou favorisent que l’on dépasse ses convictions et plus encore ses limites morales.

De fait, comprend-t-on mieux la surprise de voir pour un tel produit hollywoodien, la presque sécheresse de la mise en scène et l’économie relative de moyens qui y préside. L’accent n’est en effet pas porté sur l’action à tous prix et sur ses possibilités spectaculaires, même si par moments, le cinéaste ménage certaines séquences qui accrochent le spectateur et dynamisent superficiellement son récit plus psychologique qu’il n’y parait. On songera au moment où les Allemands encerclent le camp et l’attaquent, au point de pousser les insurgés vers les marais, endroit d’où ils s’extirperont non sans tomber sur une attaque massive une fois, les berges regagnées.

  

 

…pour un film grand public qui concilie avec brio ses extrêmes
Par conséquent, Les Insurgés réussit son pari de raconter une histoire vraie avec tout le luxe de précisions et de reconstitution que peut s’offrir le cinéma anglo-saxon, tout en nous offrant en plus de ce récit de résistance impressionnant, un vrai métrage de guerre où la densité psychologique ne cède en rien devant l’action. Alors, certes, on aurait aimé que tous les acteurs ne jouent pas en Anglais dans ce métrage désireux de naturalisme, de même, aurait-on pu souhaiter qu’il évite l’édification morale et les simplismes inhérents qui le desservent parfois et le font revenir dans les travers romantico-dramatiques des grosses machines hollywoodiennes. Mais, on reconnaitra à Edward Zwyck un vrai talent, celui d’avoir su signer avec Les Insurgés, un film sec, captivant et émouvant qui n’est pas sans rappeler par son naturalisme, Requiem pour un massacre mais qui surtout, aura su dépasser les limites et facilités des productions américaines pour offrir à Daniel Craig et Liev Schreiber, deux rôles de résistants fascinants dans un film réussi et hautement recommandable.

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Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
  •  
    Musique

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