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Les Joies de la famille

La critique d'Excessif

3/5
L'HISTOIRE : Göran et Sven, un couple homosexuel vivant dans une banlieue suédoise idyllique, ont été jugés aptes à adopter un enfant. Un jour, ils reçoivent une lettre leur apprenant qu'ils vont pouvoir élever un jeune suédois nommé Patrik, âgé d'un an et demi. Mais quand Patrik arrive, ils ont une surprise...
une bouffée d'air dans le paradigme d'un cinéma sclérosé par les bons sentiments.
En Europe, trop souvent le statut et les droits des homosexuels sont traités au cinéma sous le signe de la comédie mélodramatique mièvre, plombée par des bons sentiments. Une majorité de films n'approfondissent jamais leur sujet et abordent de manière manichéenne les difficultés rencontrées par les couples homosexuels dans nos sociétés. Celles-ci se prétendent modernes et civilisées, alors qu'elles sont dans le fond intolérantes et arriérées. Heureusement, quelques pays depuis une vingtaine d'années cherchent à comprendre et à mieux intégrer les couples homosexuels en leur permettant l'accès aux mêmes droits que les couples "normaux". En provenance directe de Suède, Les joies de la famille s'impose comme une des meilleures réussites du genre, le film proposant une approche mature et d'une grande tendresse sur les difficultés d'un couple gay qui cherche à adopter. Et, malgré quelques facilités scénaristiques et des rebondissements parfois trop convenus, pour son 7ème film, Ella Lemhagen continue de nous éblouir et nous toucher par l'univers à la fois réaliste et poétique qu'elle met en scène.



Avec un scénario en apparence plutôt conventionnel, la cinéaste Ella Lemhagen déploie une mise en scène extrêmement soignée qui puise autant dans les séries que dans les films indépendants se déroulant dans les petites villes américaines. Les joies de la famille déploie un savoureux cocktail entre Desperate Housewives revu et corrigé à la sauce Little Miss sunshine. La cinéaste s'attache avant tout à travailler la profondeur psychologique des personnages pour mieux construire des séquences épurées dans lesquelles ses protagonistes puissent exister et nous émouvoir sans tirer trop sur la corde sensible. La direction d'acteur est impeccable permettant de mettre en scène avec sobriété les difficultés d'un couple homosexuel formé par Gustaf Skarsgâd et Torkel Petersson. Les deux personnalités sont cernées avec force et humanisme sans jamais tomber dans les travers ni les stéréotypes qu'ils peuvent véhiculer. Les deux acteurs sont impeccables et criants de vérité, nous offrant des séquences intimes qui peuvent devenir violentes lorsqu'ils évoquent la présence du jeune Patrik. Pour son premier rôle au cinéma, Tom Ljungman est rayonnant en orphelin marginal qui rejette toute forme d'autorité, véhiculant l'ensemble des aprioris relatifs aux homosexuels. Immanquablement, lors des premières heures passées sous le toit du couple, il leur balance "bande de pédés… Je ne vais pas fermer l'œil de la nuit sales pédophiles" accumulant les stéréotypes qui sont pourtant légion dans l'inconscient collectif.


C'est donc avec une troublante acuité qu'Ella Lemhagen radiographie une ville "typique" de la banlieue suédoise qui n'est pas si éloignée de ce que l'on peut connaître dans l'hexagone, la dimension drolatique et esthétique en plus. Malgré cette imagerie étonnante qui véhicule aussi une filiation avec la ruralité des Etats-Unis, force est de reconnaître que le film réussit à bouleverser le spectateur sans artifice, dépeignant la lente dislocation du couple gay et en parallèle, l'intégration du jeune Patrik au sien du foyer. Le rapprochement se fera plus particulièrement auprès du jeune Göran, allant jusqu'à faire imploser la cellule familiale. Une situation paradoxale qui aurait tout autant pu se dérouler avec un couple hétérosexuel confronté à pareille situation.

Au final, Les Joies de la famille représente une bouffée d'air dans le paradigme d'un cinéma sclérosé par les bons sentiments qui aborde des difficultés de la vie d'un couple du même sexe. La comédie gentillette laisse volontiers place à un drame social et poignant qui en émouvra plus d'un, réussissant sans mal à nous rendre attachant ce sale gosse de Patrik ou bien cette alcoolo libertin de Sven.

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