Régulièrement lynchés par les grincheux, les frères Pang n'ont jusqu'ici commis qu'un seul crime, celui d'être parvenus à s'imposer sur la scène asiatique comme faiseurs de bons divertissements horrifiques. S'ils doivent leur célébrité à leurs films de fantômes, les pièces les plus intéressantes de leur filmographie restent des comédies ou des drames, tels que les films thaïlandais
Bangkok Dangerous et
One Take Only ou la sympathique comédie hongkongaise
Leave Me Alone. Ceci étant dit, on sait déjà que les films des frères Pang n'échapperont pas à la malédiction des remakes. En attendant la version américaine de
The Eye, on espérait que l'intérêt que leur portent les producteurs américains leur serait bénéfique. Avec
Les Messagers, Sam Raimi et ses collaborateurs ne leur font certes pas l'insulte de leur confier le remake d'un de leurs propres films. Mais on n'est pas dupe : le pitch de départ des
Messagers ressemble à s'y méprendre à celui d'un autre film, en l'occurrence
Darkness, pour un résultat bien loin d'égaler le petit bijou de Jaume Balaguero. Vraiment très loin.
LES MESSAGERSUn film de Oxide et Danny Pang
Avec Kristen Stewart, Dylan McDermott, Penelope Ann Miller, John Corbett
Durée : 1h30
Sortie le 04 avril 2007Après avoir toujours vécu à Chicago, Jess, 16 ans, s'installe tout juste avec ses parents et son petit frère dans une ancienne ferme isolée, un déménagement que la jeune fille voit d'un mauvais œil. Rapidement, elle remarque que la maison émet des sons étranges et ne tarde pas à être victime d'étranges visions. Ses parents ne s'apercevant de rien, seul son petit frère de 3 ans, Ben, partage son expérience. Lorsque les phénomènes se font plus menaçants, Jess tente de convaincre ses parents mais ces derniers sont persuadés qu'elle affabule cette histoire afin de les inciter à retourner à Chicago. En dépit des rappels à l'ordre de ses parents, la jeune fille reste persuadée qu'un terrible secret se cache à l'intérieur même de cette étrange maison…Le premier reproche que l'on pourra émettre à l'encontre des
Messagers tient à la faiblesse et au caractère prévisible du scénario. Rappelons qu'il existe deux types dominants de films d'horreur aux Etats-Unis : le film de jeunes et le film de famille.
Les Messagers appartient résolument à la seconde catégorie et accumule véritablement tous les clichés du genre, ce qui le rend particulièrement anecdotique. D'autre part, commencer un film par un flash back façon
Ju-On constitue une belle maladresse si celui-ci laisse d'emblée deviner le mystère supposé n'être dévoilé qu'à la toute fin du métrage. Le développement tente certes d'embrouiller les esprits en explorant d'autres pistes, et c'est bien tenté. Malheureusement, les craintes – celles d'avoir tout compris dès les premières images – se confirment lors du dénouement, et la déception s'avère de taille. Sur ce plan au moins, il est certain que
Les Messagers se détache radicalement de
Darkness, dont l'issue avait justement le mérite de tenir ses promesses. L'autre problème avec
Les Messagers vient de l'étrange impression, à l'issue de la projection, qu'il ne s'est presque rien passé, que l'on a passé 1h30 devant un film qui brasse du vide, un sentiment qui tient certainement à la monotonie de la narration, à l'absence d'exploitation du décor et à l'échec de toutes les tentatives de faire naître l'angoisse. A l'exception d'une jolie scène de panique à l'intérieur de la maison et des quelques sympathiques allusions aux
Oiseaux de Hitchcock, aucune idée novatrice ne vient jamais pimenter cette succession de séquences horrifiques particulièrement conventionnelles, au cours desquelles on devine systématiquement quand et d'où va surgir le fantôme. Le climax ne vaut guère mieux, avec ses effets spéciaux inélégants et sa morale douteuse.
Interprétés par des acteurs peu inspirés, parmi lesquels seule la jeune Kristen Stewart parvient à émerger du lot (on ne tiendra pas rigueur à l'interprète du petit frère de ne pas savoir jouer), les personnages ne suscitent jamais aucun intérêt en dépit de l'intention louable d'intégrer des enjeux psychologiques et relationnels dans cette banale histoire de maison hantée. Au final, en termes de divertissement,
Les Messagers n'atteint même pas le niveau d'un
slasher de base et l'on préfèrera de loin un énième épisode de la franchise
The Eye à ce produit oubliable.