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Les Paumes blanches

La critique d'Excessif

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paumes_blanches_cine L'HISTOIRE : Miklos Dongo, un grand gymnaste, a dû mettre fin à sa carrière à la suite d'une blessure. Il débarque au Canada pour commencer une nouvelle vie. Devenu entraîneur, il s'occupe de l'un des jeunes gymnastes les plus talentueux du pays, dont il doit faire un champion. Le jeune homme est vaniteux et colérique, et Miklos a beaucoup de mal à établir un contact avec lui...
La Hongrie, dans les années quatre-vingts. Dans leur HLM, les parents du jeune Miklos Dongo rêvent de voir leur fils devenir un athlète de haut niveau. Depuis sa plus tendre enfance, celui-ci suit un entraînement intensif en gymnastique mené par un coach tyrannique, amateur de châtiments corporels. Le groupe entier vit sous sa menace, jusqu’au jour où Dongo, entrant alors dans l’adolescence, se rebelle, s’enfuit du gymnase et s’engage dans un cirque comme acrobate. Adulte, il veut revenir au sport de compétition d’abord en tant qu’entraîneur puis décide de participer à son dernier tournoi international.
C’est le pitch de Paume blanche, une oeuvre singulière qui arrive sur les grands écrans hexagonaux le 21 novembre prochain. Sorti il y a deux ans dans son pays d’origine, le film fait partie d’un grand cru du cinéma hongrois, déjà remarqué avec des longs-métrages comme Hic ou Taxidermie. Mais, alors que ce dernier, signé Gyorgy Palfi, pouvait sembler complexe, difficile d’accès, tel un ovni qui nécessiterait une lecture d’initiés, Paume blanche, lui, demeure simple sans être simpliste.

LES PAUMES BLANCHES
Un film de Szabolcs Hajdu
Avec Zoltán Miklós Hajdu, Orion Radies, Silas RadiesGheorghe Dinica, Oana Pellea, Andor Lukats, Kyle Shewfelt
Durée :1h41
Date de sortie : 21 novembre 2007


Son auteur, Szabolcs Hajdu, après deux longs métrages inédits en France, nous livre un film d’autant plus personnel que sa trame est autobiographique. Destiné à une carrière de gymnaste de haut niveau, Hajdu quitte le sport en pleine crise d’adolescence, alors que son frère continuera dans cette voie jusqu’à devenir entraîneur lui-même. Paume blanche est le récit de ce choix de retraite où la fiction permet au cinéaste de faire explorer à son alter ego un autre chemin que le metteur en scène, de son côté, n’a pas pris dans sa jeunesse. En faisant évoluer ainsi son personnage, il traite de deux parcours différents à la fois et pose une question fondamentale qui l’obsède : Est-ce que j’ai bien fait de quitter le sport ? Avoir pu formuler cette interrogation, c’est le grand mérite du film puisque sans elle, Paume blanche aurait pu devenir une énième variation cinématographique sur la force de la volonté façon Chariots de feu. Là, au contraire, le spectateur s’attend en vain à une success story à l’américaine : il ne verra pas cette triple exaltation, à savoir celle du corps, de l’effort physique et du progrès en général.


La certitude absolue de la victoire (en sport comme ailleurs) s’amenuise rapidement, rongée de l’intérieur par le doute, qui est le vrai sujet du film. La prouesse de Hajdu est d’aller encore plus loin et de traiter ce qui est pire que le doute, c’est-à-dire le remord. Le film fait un usage virtuose du flashback, il lui arrive même de le dédoubler avec une séquence onirique, essentiellement pour signifier ce que le personnage a été, continue d’être et ce qu’il aurait pu devenir s’il ne s’était pas engagé dans un cirque. Un remarquable montage parallèle relie le moment où Dongo abandonne le sport et le moment où il retourne au gymnase en tant que compétiteur. Entre les deux, on suggère pudiquement mais d’une manière très efficace comment Dongo continue à ressasser sa propre histoire. Même mort, cet entraîneur infernal ne cesse de le hanter. La rupture avec lui apparaît d’autant plus culpabilisante qu’il le favorisait, le considérant comme son meilleur élève. La voix des parents lui revient aussi, en train de l’exhiber aux voisins. Arrivera-t-il à assumer son choix d’avoir fuit ce monde et ainsi de se légitimer devant sa propre conscience ?


Lorsqu’il se fixe son dernier grand défi comme un cambrioleur se donne la chance d’un dernier hold-up, il attend de cette compétition de trouver la paix intérieure et aussi une occasion de se prouver qu’il a encore le niveau de concourir. Il veut se retirer de la gymnastique sur une bonne note. Selon la logique hollywoodienne, il doit gagner pour que le spectateur se dise à la fin : ses médailles rachètent le passé, ce passé douloureux, entièrement réévalué à l’aune du bonheur du présent. Seulement voilà : nous ne sommes pas dans un film hollywoodien, ici, pas question de récupérer la souffrance pour la mettre au service d’un grand destin qui la justifie. Hajdu choisit de filmer le ratage de Dongo qui le recale à la troisième place. Ainsi, le cinéaste évite, avec un plan de détail monté au bon endroit, que son film vire soudainement au kitsch. Il exploite du même coup ce dont le cinéma est capable, c’est-à-dire montrer une action de plusieurs points de vue. Autrement dit : ce faux pas est-il vraiment un faux pas ? Cela dépend de comment on le regarde. Pour un coach tyrannique qui survit dans les souvenirs et dont on n’arrive pas à se défaire, lever le pied (au sens propre comme au figuré) est une faute grave. En revanche, pour un homme qui a recommencé sa vie dans une ville comme Las Vegas, brièvement aperçu dans le film, il s’agit d’un premier pas vers la liberté. Les spectateurs optimistes diront : avec le temps, le personnage principal ne se fera plus de reproche et verra qu’un choix n’est ni pire ni meilleur qu’un autre. Quant aux spectateurs pessimistes, ils pourront toujours dire : le bonheur n’est qu’un pacte qui risque à tout moment de basculer sous la menace des souvenirs enfouis en soi.


Pour tous ceux qui ne voudront pas se tracasser avec de tels dilemmes moraux, Paume blanche apparaîtra avant tout comme un voyage initiatique. Reconverti en entraîneur au Canada, Dongo fait la découverte d’un univers où une gifle à l’apprenti peut lui coûter son poste. La dictature du client-roi lui ouvre les yeux sur une autre forme de tyrannie, différente dans ses moyens seulement mais pas dans sa nature, de celle qu’il avait connu plus tôt. Ne serait-ce que pour ce choc, Paume blanche est un film à voir.

David Lengyel



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