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Les Petits poucets

La critique d'Excessif

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lespetitspoucets135 L'HISTOIRE : Dans La petite mêlée, le réalisateur suit pendant une année l’équipe des benjamins de la première année du CABBG (Gironde)... Dans Les petits poucets, un couple, leurs deux amis et cinq enfants passent leurs vacances dans une maison perdue dans la forêt. Les jeunes adorent jouer à cache-cache, et finissent par disparaître dans les bois, au grand dam de leurs parents...
Une maison de campagne isolée, près d'un bois. Un couple et deux amis (que l'on a judicieusement installés dans la même chambre...) Et quatre enfants. Les adultes s'occupent d'affaires - ou de non affaires - d'adultes. Les enfants veulent être des enfants... et jouer avec les adultes. Jouer à cache-cache notamment : c'est tentant quand il y a un bois... C'est avant tout une comédie en vacances, chronique joyeuse, plaisante, décrivant avec beaucoup de fraîcheur, de malice et d'humour et portée par des acteurs dont on sent la complicité et le plaisir de jouer... dans tous les sens du terme ! Mais c'est aussi, en prenant sans ostentation une direction que l'on n'attendait pas, finalement plus tendre que l'on ne le pressentait, une vision de l'adolescence face à elle-même et au monde des adultes qui atteint une sensible justesse. Au plaisir vagabond que l'on prend à partager ce moment de vie dont on rit avec douceur du ridicule, succède alors une discrète émotion : c'est l'amour qui fait tourner le monde.... On est reconnaissant de le ressentir avec autant de légereté.
Moins célèbre que ses anciens camarades de l’IDHEC, comme Dominik Moll, le réalisateur Thomas Bardinet gagne toutefois à être connu. C-P Productions fait le pari, audacieux mais cohérent, de mettre bout à bout ses deux dernières oeuvres, le très court (1h05) Les Petits Poucets, et le documentaire La petite mêlée. Deux oeuvres sobres et complémentaires, portées par une vision de l’enfance d’une rare acuité.

LES PETITS POUCETS
Un film de Thomas Bardinet
Avec Christophe Alévêque, Marie-Christine Laurent, Mireille Roussel, Jean-Jacques Vanier
Durée : 65 minutes (précédé de « La petite mêlée », 40 minutes)
Date de sortie : 02 avril 2008


Dans La petite mêlée, le réalisateur suit pendant une année l’équipe des benjamins de la première année du CABBG (Gironde)... Dans Les petits poucets, un couple, leurs deux amis et cinq enfants passent leurs vacances dans une maison perdue dans la forêt. Les jeunes adorent jouer à cache-cache, et finissent par disparaître dans les bois, au grand dam de leurs parents...

Lorsqu’il accepte de suivre, une saison durant, les jeunes benjamins d’une équipe de rugby girondine, Thomas Bardinet avoue lui-même ne pas connaître grand-chose à ce sport. Il n’en capte finalement que mieux l’essence, en filmant les matches qui rythment les week-ends de ces garçons. Le documentaire, La petite mêlée, dure à peine quarante minutes. Mais elles suffiront à n’importe quel adulte pour sentir un petit pincement au coeur, tant l’évocation de ces activités sportives, pratiquées ici dans l’insouciance la plus enivrante, a quelque chose d’universel et d’intime à la fois. Ici, pas de voix off façon journal régional, pas d’interview face caméra. Le montage ne retient que des instants volés, au coeur d’un vestiaire pour un anniversaire, dans le bus où les jeunes s’amusent avec leurs portables, sur le terrain bien sûr, où la petite équipe se soude, se dispute, se chambre sans arrière-pensée. C’est touchant de simplicité, bien loin du déballage narratif presque artificiel des Yeux dans les bleus.


Côté fiction, Thomas Badinet reste scotché à ce sujet, l’évocation d’une enfance dans ce qu’elle a, non pas de plus innocent, mais de plus mystérieux. Les petits poucets honore son titre, en traitant en mode mineur son histoire sur le mode du conte, voix off incluse cette fois. Un bon moyen de contourner la visible absence de moyens du projet, jamais loin d’évoquer une énième copie de l’univers d’Eric Rohmer, par ses décors de vacances banals. Pas de marivaudage existentialiste ici, pourtant. Juste une confrontation poétique et parfois obscure entre des enfants frustrés d’être traités comme tels, et des adultes jouant à être plus jeunes sans s’apercevoir qu’ils sont piégés dans leur monde égocentrique. Dès le premier plan, et l’apparition de mains surgissant derrière un tronc d’arbre, on sait de quel côté se range le cinéaste. Alors que les adultes se perdent en palabres incessantes et inutiles, les enfants eux, parlent peu, et leurs gestes en disent beaucoup. On pense alors bien sûr au cinéma de Doillon, qui partage avec Bardinet cette même sensibilité objective lorsqu’il s’attache à décrire l’enfance. Malgré ses qualités, le film du jeune cinéaste ne possède toutefois la même maîtrise que ceux de son aîné. Trop dilué dans son propos, trop scolaire aussi dans sa mise en scène qui ne distille que quelques plans sortant du cadre ordinaire de son triste décor, Les petits poucets intéresse sans transformer l’essai. Tout le contraire de La petite mêlée, qui ne faisait pourtant que filmer subrepticement la réalité dans ce qu’elle a de plus... cinématographique.

Nicolas Lemâle



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