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Les Proies

La critique d'Excessif

3/5
lesproies135ok L'HISTOIRE : Quim roule dans une région isolée en suivant une route sinueuse et se perd. En essayant de se repérer, il est soudain la cible de tirs en provenance de la montagne. Alors qu'il tente d'échapper aux projectiles, il rencontre une jeune femme qui semble perdue et vit apparemment le même cauchemar que lui. Méfiants l'un envers l'autre, ils décident néanmoins d'unir leurs forces pour quitter cette forêt hostile, glaciale et semer leurs poursuivants ...
Réalisateur de nombreux courts-métrages et deux longs remarqués dans divers festivals à travers le monde, le jeune cinéaste espagnol Gonzalo Lopez-Gallego nous revient ici avec une chasse à l’homme haletante définitivement tournée vers le Délivrance de John Boorman. N’évitant pas toujours les éceuils assimilés au genre du survival en pleine cambrousse, on reste néanmoins agréablement surpris du résultat… Percutant dans sa mise en scène nerveuse et proche des comédiens, terrifiant dans son récit à double tranchant, Les Proies constitue une nouvelle étape dans le film de genre espagnol.

LES PROIES
Un film de Gonzalo Lopez-Gallego
Avec Leonardo Sbaraglia, Maria Valverde…
Durée : 1h30
Date de sortie : 16 Juillet 2008


Quim roule dans une région isolée en suivant une route sinueuse et se perd. En essayant de se repérer, il est soudain la cible de tirs en provenance de la montagne. Alors qu'il tente d'échapper aux projectiles, il rencontre une jeune femme qui semble perdue et vit apparemment le même cauchemar que lui. Méfiants l'un envers l'autre, ils décident néanmoins d'unir leurs forces pour quitter cette forêt hostile, glaciale et semer leurs poursuivants.

Difficile de rester de marbre devant le dernier survival ibérique... Huis-clos diffus, empruntant à l’Espagne une splendide forêt, Les proies est une expérience interactive littéralement à mi-chemin entre le jeu de rôles et la fiction. Le spectateur, définitivement peu à l’aise dans ce jeu du chat et la souris, se retrouve tour à tour victime et bourreau en s’octroyant diverses vues subjectives tantôt venant des assaillants, tantôt des assaillis. Jouant la carte du doute, ne révélant que tardivement l’identité des fameux poursuivants, Lopez-Gallego s’acharne à nous mettre une pression constante, profondément animale et sauvage... Dans cette optique, il se plaît à filmer au plus près ses protagonistes, surcadrés et étouffés, parfois même en utilisant des vues à la manière d’une caméra de surveillance. Ou qu’ils aillent et quoi qu’ils fassent, la traque n’en finira pas. Ainsi, si l’on démarre le film sur une astuce scénaristique quelque peu essouflée (la jeune femme mystérieuse), le métrage prend par la suite une ampleur passionnante, notamment lorsque la nature humaine, cruelle et vicieuse vient reprendre son dû. Enchâinant dans sa seconde partie des séquences originales et évitant les clichés du genre, on assiste alors à un déferlement de violence psychologique lorgnant vers le Délivrance de John Boorman ou Les Chiens de paille de Sam Peckinpah.


ATTENTION SPOILERS
Sans en en réveler trop sur l’intrigue et son dénouement, il est néanmoins important de noter que le cinéaste tente de donner à son oeuvre une dimension sociale assez intéressante dans le contexte présent. Faisant une critique du manque de responsabilité des parents et l’absence d’affection portée aux jeunes générations, le cinéaste se concentre également à définir un lien fort entre les nouvelles formes de violence et le jeu vidéo. S’il appuie un peu trop fortement son propos lors de l’utilisation de plans à la Doom ou Counter Strike, mettre en exergue le culte de l’image et l’oubli des réalités concrètes semble être ici le fer de lance de son film. Ainsi, dans un final assez bouleversant où les rôles s’inversent subtilement, le dénouement prend une tournure fascinante permettant de relever sensiblement le niveau du film qui aurait simplement pu rester au stade de survival lambda. L’approche de l’enfance, brutale et féroce, pourra donc en dérouter plus d’un et devrait en choquer d’autres... Mais l’honneteté du propos et l’intelligence du récit rassurent sur les intentions du cinéaste et scénariste... Sans vouloir enfoncer des portes ouvertes, son thriller éveille les consciences et pose certaines questions auxquelles il est délicat de répondre. Néanmoins les intentions sont là et bien assumées.

On prend donc un véritable plaisir à (pour)suivre ce couple perdu dans la forêt espagnole et dont les caractères bien trempés nous réserverons quelques très mauvaises surprises... Le jeune cinéaste, malgré quelques maladresses de mise en scène et une légère propension à la caricature, parvient à signer une oeuvre estéthiquement superbe et d’une profondeur assez inattendue. Les proies constitue donc une excellente surprise estivale qui devrait fournir une bonne dose de frissons made in Spain. On commencerait presque à s’en lasser !

Kevin Dutot



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