1. >
  2. >
  3. >Critique Les Promesses De L'ombre

Les Promesses de l'ombre

La critique d'Excessif

4/5
promesses_ombre L'HISTOIRE : Une sage femme enquête sur l'identité d'une jeune Russe, morte en couches, le soir de Noël. Elle découvre vite que la jeune femme était une prostituée, mêlée malgré elle aux agissements d'un groupe de proxénètes. Ses problèmes ne font alors que commencer ...
La réussite fulgurante du précédent A History of Violence a visiblement convaincu David Cronenberg de continuer à traiter des histoires de gangsters sur un mode à la fois simple et complexe. Comme un frère jumeau, Les promesses de l’ombre repose sur un principe similaire même si l’action ne se déroule plus aux Etats-Unis (exit le bilan assassin des rapports incestueux entre l’Amérique et la violence) mais en Angleterre, dans une communauté d’Européens de l’Est. L'équipe est familière (Howard Shore à la bande-son, Peter Suschitzky à la photo, Ronald Sanders au montage). D’un film à l’autre, la construction scénaristique paraît identique: un postulat de base a priori classique qui recèle des zones d’ombre éclatantes. D'un film à l'autre, le même impact émotionnel. Juste sidérant.

LES PROMESSES DE L'OMBRE
Un film de David Cronenberg
Avec Viggo Mortensen, Naomi Watts, Vincent Cassel, Armin Mueller-Stahl
Date de sortie : 07 novembre 2007


Il y a un côté monstre dans le cinéma de David Cronenberg qui provoque l’admiration des uns en même temps qu’il libère la fureur des autres. Or, rien n’est plus agréable au cinéma que d’être surpris par un film qui s’avère l’exact contraire de nos prévisions. On craignait un thriller académique et paresseux. Un film de commande sans âme. Qu’on se le dise: Les promesses de l’ombre EST un film viscéralement Cronenbergien qui en surface simule une histoire éminemment classique empruntant la forme d’une enquête policière. En substance, il traite de la notion d’existence et de la rédemption par l’amour. Levons un coin du voile: une sage-femme (Naomi Watts) enquête sur l'identité d'une adolescente Russe, morte en couche, le soir de Noël. En lisant son journal intime, elle découvre son ancienne vie de prostituée, mêlée malgré elle aux agissements d'un groupe de proxénètes (Viggo, Cassel et cie). Et si elle allait confondre sa vie avec celle de la défunte pour faire éclater la morale? En premier lieu, désamorçons deux trois vilains a priori. Malgré les apparences et bien qu'il n'ait pas signé le script, l’ami David remet ouvertement sur le tapis ses obsessions de toujours. Il suffit de voir les moments les plus tendus de l’intrigue et la caractérisation des personnages pour s’en convaincre. Les tatouages, la confrontation de deux mondes opposés, le plaisir et la souffrance intrinsèquement liés, l’ambiguïté des sentiments, le sexe et la violence et la dualité des personnages constituent isolément ou ensemble des éléments narratifs récurrents dans l’univers du cinéaste.


D’autant que si on veut s’amuser à jouer au plus fin, on se rend compte que d’un bout à l’autre, Cronenberg ne fait qu’une chose, au-delà des rebondissements obligatoires et des enjeux dramatiques: questionner l’identité. Comme il l’avait fait précédemment dans A History of Violence. Comme il l’a toujours fait. Dire que Cronenberg a changé se révèle donc rigoureusement faux. C’est juste la forme qui ne suit pas et qui dérange par sa neutralité abstruse. Son style est devenu extrêmement pervers car moins ostensible, moins identifiable. On peut aussi faire économie de l’analyse et prendre le film au premier degré du thriller. Et ça fonctionne tout aussi bien. Son cinéma sans afféteries ni provoc’ bidon est capable de regarder en face la monstruosité sur la route d’une pudeur et d’une sensibilité insoupçonnées. Ce qui intéresse Cronenberg ici n’est pas de réaliser des plans traumatisants – même s’il les soigne et que les scènes de meurtre sont espacées et brutales pour souligner leur impact. Plus de sonder la psychologie de personnages fâchés avec eux-mêmes, entre passé, destin et impuissance.
Leurs secrets et frustrations sont lourds à porter. A travers le décès d’une jeune prostituée de quatorze piges, la sage-femme incarnée par la frêle Naomi Watts plonge dans ses racines russes. A travers une rencontre amoureuse improbable, la bête Mortensen retrouve des sentiments humains trop longtemps enfouis et assume une sexualité trop longtemps refoulée. A travers cette tragédie familiale, l’antipathique Cassel rappelle que personne n’est blanc ou noir. Comme d’habitude avec Cronenberg, on erre entre tragédie et grotesque, réalisme et fantastique, folklore et fantasmagorie. Quand ce ne sont pas les deux en même temps. A l’image de Londres décrit par les personnages comme une ville rongée par le vice où règne une inquiétante mafia russe dont les méthodes sont expéditives. Et c'est là que surgissent les qualités du scénario de Steven Knight, déjà partiellement responsable de la réussite du pas si éloigné Dirty Pretty Things, de Stephen Frears. Il y a une évidence de chaque plan où la durée s’installe, de sorte qu'une fois tous les enjeux posés, le spectateur a le temps de faire le point sur chaque détail, sans jamais sortir de la fiction. Tout converge vers une scène finale d’une poignante simplicité où les personnages réclament une part d’humanité perdue.


Regardez par exemple cette scène spectaculaire – dont tout le monde risque de parler à raison – où Viggo dans le plus simple appareil se castagne dans un hammam avec deux tueurs tchétchènes. Non seulement elle permet aux nostalgiques de la première époque gore de ne pas rentrer le ventre vide mais surtout elle rappelle le souci de réalisme chez Cronenberg, ramenant ainsi un gangster bestial à un homme nu, comme les autres. C’est le genre de défi casse-gueule, cru et tripal qu’on retrouvait déjà dans History of Violence à travers des scènes de sexe torrides ajoutées au comic originel. Au-delà de ça, il y a une vraie dimension Shakespearienne dans la capacité de personnages Bibliques à franchir des barrières sociales et morales. Plus que jamais, Cronenberg déteste le manichéisme et invite à lire entre les lignes. Sous les oripeaux du thriller, le résultat contient des sommets d’ambiguïtés que le spectateur ne peut déceler qu’au gré de visionnages répétés. Ce qui tombe plutôt bien vu qu’une fois le film terminé, on a immédiatement envie de le revoir. Et pour ce qui est de la direction d’acteurs, on saluera deux fois plutôt qu'une la perf de Viggo Mortensen, loin de Reflecting Skin, loin du Seigneur des anneaux, loin de tout mais proche du personnage mystérieux incarné par Ed Harris dans History of Violence. L'acteur a subi une transformation physique impressionnante. Mais ce n'est pas tout l'intérêt des Promesses de l'ombre. En faisant mine de raconter une nouvelle histoire de violence – ou plus précisément de contamination de la violence (génétique ou témoin du mal), le réalisateur donne naissance à une vraie histoire d’amour – voire même à plusieurs histoires d’amour – dont l’architecture évoque un western urbain, traversée par l’âme slave, à contre-courant et à double tranchant. Comme tant d'autres Cronenberg, ce film-ci gagne en torpeur sombre, en fatigue aussi. Comme si chaque personnage, devant l'imminence du mal, avait décidé d'adopter la même courbure fataliste des épaules, la même tristesse enfoncée dans l'oeil, la même colère aussi.

Romain Le Vern

Retrouvez la galeire photos pages suivantes...

Mag : plus d'actu sur Les Promesses de l'ombre

Le verdict des internautes

Total des votes : 6

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience