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Les Randonneurs à Saint-Tropez

La critique d'Excessif

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randonneurs_sttropez_cinefr L'HISTOIRE : Nous avons quitté Cora, Nadine, Mathieu et son frère Louis, ceux que nous appelons dorénavant « Les randonneurs », il y a dix ans en Corse.
Aujourd’hui, ils ont la quarantaine.
Ils sont toujours très liés et ont décidé de repartir une nouvelle fois en vacances ensemble, juste tous les quatre, comme avant. La randonnée, il faut bien l’avouer, ça n’était pas vraiment leur truc. Mais à l’époque, c’était la mode des vacances sportives. Alors, ils avaient essayé.

Cet été, c’est décidé, ce sera Saint-Tropez. Après tout, qui n’y va pas une fois dans sa vie ?
Mais c’était sans compter qu’à Saint-Tropez, tout peut arriver. Même retrouver Eric, leur guide sur le GR20 Corse. Celui qu’ils s’étaient jurés de ne plus jamais fréquenter…

Sauf qu’Eric a évolué ; il a même beaucoup changé.
Et il a des arguments de poids pour endosser à nouveau le rôle du guide…
Dix ans après avoir arpenté la Corse au cours d’un véritable parcours du combattant, Nadine, Cora, Louis et Mathieu n’ont pas vraiment changé. Les deux frères sont comme chien et chat, tandis que les filles continuent à rêver au prince charmant qui viendra les arracher à leur vie routinière. Cela ne les empêche pas de se retrouver pour les vacances dans une résidence bétonnée, quitte à s’offrir quelques virées à Saint-Tropez où les nuits sont souvent plus belles que les jours. Là ils tombent sur leur ex-guide, Eric, qui semble désormais mener la grande vie et les embarque dans un délire de nouveau riche avec yacht et limousine (suivez mon regard…). Selon le point de vue pour lequel on opte, ce scénario ressemble à s’y méprendre à une cautère sur une jambe de bois voire à une entreprise à but lucratif destinée à sauver le soldat Philippe Harel qui semble s’essouffler dans des entreprises indignes de son talent depuis son adaptation d’Extension du domaine de la lutte. Les randonneurs à Saint-Tropez : le titre constitue déjà à lui seul une promesse de soleil et de vie dissolue, à ceci près que nos héros succombent au syndrome Bling Bling… sans en avoir vraiment les moyens.

LES RANDONNEURS A SAINT-TROPEZ
Un film de Philippe Harel
Avec Vincent Elbaz, Benoît Poelvoorde, Géraldine Pailhas, Karin Viard, Philippe Harel
Date de sortie : 09 avril 2008


L’affaire commence plutôt bien et on a plaisir à retrouver ces comédiens qui ont accompli chacun depuis un joli bonhomme de chemin. Reste que passées les scènes d’exposition, une fois le décor planté, la mécanique tourne à vide. Les randonneurs n’en ont plus que le nom, puisqu’ils passent désormais les vacances les plus conventionnelles qui soient, et les clichés se ramassent à la pelle. On en vient à regretter que Louis de Funès et ses acolytes ne surgissent pas de derrière un bosquet pour donner un peu de vie à cette carte postale ringarde. Pour tout dire, cette comédie sinistre nous renvoie une image piteuse de ce qu’on n’ose appeler le Français moyen, mais qui n’a de toutes façons pas la moindre chance de s’exporter, ce qui est plutôt rassurant pour notre image de marque à l’étranger déjà dégradée. Dans Les randonneurs à Saint-Tropez, chacun fait son numéro dans son coin, mais personne ne semble aux commandes de ce bateau ivre.

L’erreur rédhibitoire du film réside dans le manque de confiance qu’il accorde à ses interprètes qu’on sent bridés par un scénario paresseux et conformiste. C’est un peu le programme minimum. Non pas que ce soit une mauvaise idée de donner une suite à un film populaire dix ans après, Patrice Leconte en sait quelque chose qui a compris que le public avait envie de voir vieillir les Bronzés en même temps que lui, même si la charge était parfois un peu forcée. L’intérêt de retrouver des personnages réside en effet essentiellement dans l’évolution que leur a fait subir la vie. Or, ici, même si Karin Viard est mariée avec un ectoplasme qui lui donne envie de se prendre pour madame Bovary, que Géraldine Pailhas semble miraculeusement préservée des atteintes de l’âge. Quant à Philippe Harel et Vincent Elbaz s’entendent toujours aussi mal mais continuent inexplicablement à vivre et à travailler ensemble, en perpétuant leur duo éculé du ronchon et du branleur.


Auteur gagné aujourd’hui par le succès, Eric Assous a visiblement traité cette affaire mercantile par-dessus la jambe, sans se préoccuper le moins du monde d’entourer ses protagonistes de la plus élémentaire vraisemblance psychologique. La comédie a certes le droit d’outrepasser certaines licences, mais il y a tout de même des limites.
En fait, on retrouve dans ces Randonneurs à Saint-Tropez la ringardise satisfaite et les approximations de jeunesse qui régnaient déjà dans le premier film d’Assous en tant que réalisateur, Les gens en maillot de bain ne sont pas (forcément) superficiels. Il semblerait malheureusement que ce mercenaire ait contaminé au passage le réalisateur subtil d’Un été sans histoires, film de vacances autrement plus original.


Ce désastre est d’autant plus regrettable qu’il aurait pu être évité avec un minimum de conscience professionnelle des uns comme des autres. À croire que personne n’a relu le scénario avant le début du tournage, comme c’est le rôle de tout producteur qui se respecte. Chacun semble avoir voulu se reposer sur ses lauriers en appliquant deux préceptes concomitants : « Prends l’oseille et tire-toi » et « On ne change pas une équipe qui gagne ». Le seul miracle du film consiste en fait à avoir réuni cette dernière au grand complet pour aboutir à un aussi piètre résultat. Le budget aurait-il servi exclusivement à payer des cachets exponentiels à ces mercenaires ? C’est bien simple : à l’écran, on voit bien que personne n’y croit ni même ne fait mine d’y croire, malgré les efforts sporadiques des uns et des autres pour en donner l’illusion. Le bénéfice qu’aurait pu gagner le film à la maturation de ses interprètes (notamment Benoît Poelvoorde et Karin Viard) est annihilé par le monolithisme de leurs personnages. On aurait toutefois tort d’imputer cet échec aux acteurs : ils ne peuvent lutter seuls contre le vide abyssal de cette entreprise en perdition dont la suffisance satisfaite évoque Jet Set (du moment qu’on fait la fête entre copains, le film suivra…) et relègue le naguère prometteur Philippe Harel au rang d’un Fabien Onteniente. Le talent serait-il soluble dans l’argent ?

Jean-Philippe Guerand



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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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