Après
Monster House développé en Imagemotion, Sony, le nouveau venu sur le secteur très concurrentiel de l’animation 3D présente son premier film entièrement réalisé en images de synthèse. Avec une histoire sans grande originalité mais des passages assez réussis,
Les Rebelles de la forêt montre le savoir-faire de Sony déjà éprouvé dans les effets spéciaux, et se crée une place dans le marché désormais très disputé des films d’animation. Un galop d’essai dans la moyenne des autres productions, pas désagréable mais loin d’être révolutionnaire.
LES REBELLES DE LA FORETUn film de Jill Culton et Roger Allers, coréalisé par Anthony Stacchi
Avec les voix de Pascal Légitimus, Julien Courbey
Durée : 1h30
Sortie : 18 octobre 2006Dans la petite ville de Timberline, Boog, un ours apprivoisé et heureux de l’être, vit dans un confort douillet avec sa maîtresse Beth, qui le couve comme un enfant. Lorsqu’il délivre un cerf maigrichon, nommé Elliot, du chasseur le plus dangereux de la région, il est loin de s’imaginer que cette rencontre va le mener là où il n’a jamais mis les pattes : la forêt et ses animaux étranges… à quelques heures de l’ouverture de la chasse.Sony Pictures Animation prend doucement ses marques dans le film d’animation avec
Les Rebelles de la forêt, premier film entièrement en numérique qui bénéficie de l’expérience de Sony Pictures Imageworks, responsable des effets spéciaux de nombreux films du
Monde de Narnia à
Stuart Little, en passant par
Hollow man ou
Spiderman 2 pour lequel il reçut l’Oscar des meilleurs effets spéciaux, et de nombreux transfuges d’autres grands studios, comme la réalisatrice Jill Culton (ancienne de chez Pixar) ou Roger Allers (réalisateur du
Roi Lion de Disney). Techniquement,
Les Rebelles de la forêt se place donc d’emblée dans la moyenne des autres studios avec une animation fluide, des effets de pilosité variés et réussis, une excellente gestion de l’élément liquide et un soin apporté aux décors. Pourtant, la charte graphique laisse quelques regrets si l’on regarde le design des personnages.
Malgré des personnages humains assez satisfaisants pour ce qui reste le point faible de l’animation numérique, la principale déception provient malheureusement de l’un des deux protagonistes principaux, le cerf Elliot, qui occupe en plus une place centrale dans le film. Contrairement aux autres animaux au design stylisé mais plutôt réaliste, sans atteindre toutefois l’excellence des concurrents comme dans
Nos Voisins les hommes, le cerf Elliot (et toute la meute de ses semblables) souffre d’une mâchoire difforme proche du prognathisme assez rebutante et qui enlève toute sympathie au personnage. Sans vouloir en faire un Bambi, cette grande bouche qui met en valeur son côté bavard lui donne un aspect plutôt laid pour un animal si gracieux dans la nature. Si l’aspect graphique peut encore être amélioré, la réalisation est par contre de bonne tenue réservant des cadrages efficaces, quelques surprises humoristiques et des séquences d’action particulièrement réussies, comme le pillage du magasin, l’écroulement du barrage ou la lutte entre les animaux et les hommes.
Loin de se différencier graphiquement de ses concurrents,
Les Rebelles de la forêt ne s’en différencie également que très peu dans l’histoire. On retrouve ainsi le genre préféré des films d’animation, le « buddy movie », avec le même groupe d’animaux anthropomorphisés que dans les autres productions (ici ce sera
Nos Voisins les hommes), et des thématiques assez semblables, comme le retour à la vie sauvage, l’importance de l’amitié ou le message pédagogique à l’adresse des enfants. Pourtant, si les points communs affleurent, dans le détail
Les Rebelles de la forêt trouve sa spécificité comme chacune des autres productions.
Ici donc, outre un message gentiment écologique qui prend la forme du chasseur chassé, le film construit à travers le contraste de caractérisation des deux personnages principaux la même idée de la nécessité de grandir en se coupant de sa famille, que ce soit avec l’ours Boog qui découvre un environnement hostile après avoir été couvé comme un enfant par le Ranger Beth qui l’a recueilli tout bébé et l’infantilise quelque peu (de la comptine pour dormir au nounours en peluche !), ou que ce soit avec le cerf Elliot rejeté par ses pairs et qui découvre en Boog un ami avec qui partager sa vie. En quittant le nid ou en s’affirmant, l’un comme l’autre vont gagner en maturité et trouver une nouvelle place dans le monde. Dans son humour aussi,
Les Rebelles de la forêt cède un peu au conformisme du secteur, avec son lot de blagues scatologiques régressives qui doit demander une imagination démesurée aux scénaristes… Le film se repose aussi sur les ressources d’un humour cartoonesque avec les hilarants lapins, souffre-douleur placides et objets multi-usages, qui sont absolument irrésistibles, mais ne joue pas toutes ses cartouches sur cette unique facette, qui reste moins prépondérante par rapport à d’autres films d’animation du même genre, en évoluant parfois dans un registre surréaliste du meilleur effet, comme lorsque le méchant chasseur croit que les animaux ont pris le pouvoir.
Si l’on peut regretter que le casting français ne soit pas à la hauteur de la version originale avec la prestation peu inspirée de Julien Courbey,
Les Rebelles de la forêt constitue pourtant une première incursion fort honnête dans le monde de l’animation en marchant dans les chemins tracés par ses prédécesseurs et en essayant de trouver par petites touches sa propre voie. Une première tentative assez sympathique mais qui demande à être suivie par des projets plus ambitieux pour véritablement se faire une place dans le monde de l’animation.