Quand le spectateur se sent coupable...La planète entière est actuellement en train d’être ravagée par l’homme, tous les scientifiques le répetent haut et fort. Entre le réchauffement climatique, la fonte des glaces, la disparition de millions d’hectares de forêt et les nombreux déreglements naturels qui s’opèrent partout à travers le globe, quelques hommes et femmes tentent de réagir... C’est le cas de Rob Stewart, biologiste et photographe spécialisé dans le monde sous-marin et grand amoureux des requins ! Témoin de l’extinction en masse de son animal de prédilection, il trace ici le portrait angoissant d’une espèce en voie de disparition, mal-aimée et mal-traitée. A travers un documentaire choc qui n’hésite pas une seconde à aller chasser le braconnier et à prendre le parti du combat pour la survie des espèces animales, Rob Stewart fait réagir et nous ouvre les yeux sur notre ignorance et notre passivité. Edifiant, passionnant et terrifiant...
LES SEIGNEURS DE LA MERSharkwaterUn film de Rob Stewart
Avec Rob Stewart...
Durée : 1h30
Date de sortie : 09 Avril 2008 Depuis l'enfance, Rob Stewart se passionne pour les requins. À tel point qu'il est devenu biologiste et photographe sous-marin afin de pouvoir nager avec eux, décrypter leur mystère et déconstruire le mythe du requin mangeur d'hommes. Ce mythe, entièrement fabriqué, serait selon lui responsable de l'indifférence qui entoure, un peu partout dans le monde, le massacre de la population de requins à des fins commerciales. Du Costa-Rica aux Îles Galapagos en passant par le Guatemala, Stewart et l'équipage de l'activiste des mers Paul Watson tentent de dénoncer et de mettre en échec les braconniers à la solde de mafias asiatiques soutenues par des gouvernements corrompus. Il y va de l'équilibre écologique de la planète.Rares sont les documentaires à nous mettre devant un constat aussi terrible et à faire naître chez le spectateur un sentiment de culpabilité aussi intense et utile. Abrutis que nous sommes, ignares des temps modernes biberonnés aux médias, nous avons tous participé à construire autour d’une espèce animale un mythe complètement injustifié. Le requin, ultime ennemi de la race humaine, considéré comme l’un des maillons forts de la chaîne alimentaire n’est autre qu’un animal peureux, très mal connu des biologistes et qui semble peu à peu disparaître des fonds marins. Sur ces vingt dernières années, le requin a connu une exttinction accelérée, notamment causée par le commerce de ses ailerons, le braconnage et la chasse en haute mer. Devenu un véritable diadème dans certaines régions du monde, on estime que 90% de l’espèce a d’ores et déjà disparu...

Rob Stewart prend le taureau par les cornes et nous présente un documentaire qui se construit autour de nos a prioris et des clichés sur le requin. Le temps d’une séquence où notre réalisateur-sans-peur caresse un requin bien denté comme s’il s’agissait d’une peluche, on comprend assez vite que nous n’avons pas à craindre grand-chose de ces gros poissons qui, selon les statistiques, ont tué en 100 ans autant d’humains que les crocodiles en un an ! D’ailleurs, sur les cinq personnes tuées tous les ans des suites d’une rencontre avec un requin, il s’agit le plus souvent d’une morsure entraînant une hémorragie. Selon le documentaire, il est quasiment impossible pour un humain de se faire manger par un requin... Nous, cependant, terrifiés à l’idée de voir ne serait-ce qu’un morceau d’aileron mystifié par le film se Steven Spielberg, nous ne pouvons nous défaire d’idées reçues bien ancrées et peu flatteuses. Et de ce manque d’amour pour ce prédateur (contrairement au lion ou au tigre) est né un total désintérêt pour l’animal qui est aujourd’hui en voie de disparition et qui n’est malheureusement pas protégé...
S’éloignant du documentaire passif ne traçant qu’un constat désolant, Rob Stewart nous propose de le suivre à travers diverses missions de traque de braconniers qui valent au reportage certaines scènes véritablement angoissantes et criantes de vérité. Entre les mafias dont la pérennité dépend du commerce d’ailerons, la police corrompue et le manque de soutien des organisations internationales, nous nous retrouvons face à un thriller écologique digne des scénarios hollywoodiens les plus engagés. Si parfois le manque de précision et de rigueur pousse à se questionner sur la véracité des situations, on reste néanmoins penseur devant un tel manque de réactivité face à l’extinction d’une race animale. Les plus sensibles devront s’armer de courage devant l’ignominie de certains plans et d’images d’archives où le requin, traité comme du mauvais bétail, est massacré puis rejeté à l’eau.

Si l’on ressort entièrement désespéré, dégoûté de la nature humaine et des exactions pratiquées sur la planète, le documentaire semble cependant optimiste et prône l’éducation et la responsabilité de l’humain face à la nature plus qu’une véritable sanction qui ne serait là que pour guérir et non prévenir. Si vous êtes intéressé par les actions écologiques, vous pouvez vous rendre sur le site internet
sharkwater.com afin de prendre connaissance des ambitions du documentaire et les associations qui se battent pour la protection des fonds sous-marins. Car plus que jamais, vous sortirez du film avec ce sentiment d’impuissance coupable qui devrait vous faire réfléchir sur l’orgueil humain. Edifiant !
Kevin Dutot