Quelques mois à peine après la sortie de
Cortex, André Dussolier est de nouveau en haut de l’affiche, dans un registre bien moins glorieux toutefois, celui de la gaudriole franchouillarde. Leur morale...et la nôtre, plongée comique dans le quotidien d’un couple de beaufs réacs et radins, confirme que le genre de la comédie française est bel et bien sinistré : deux blagues vulgaires suffisent-elles pour faire une bonne comédie ?
LEUR MORALE...ET LA NOTREUn film de Florence Quentin
Avec André Dussolier, Victoria Abril, Rafaël Mezrahi, Samir Guesmi
Durée : 1h40
Date de sortie : 27 août 2008 
Vous aimez
les Bidochon, la BD de Binet ? Vous souvenez-vous de l’adaptation qu’avait réalisée Serge Korber, avec Anémone ? Rassurez-vous, nous non plus, et en revoyant certains extraits du film, on se dit que c’est peut-être mieux comme ça. Ce qui passe dans une planche satirique et finement ciselée, ne fonctionne souvent pas étendu tout le long d’un film, et le problème est typiquement lié à la BD française, à l’humour très séquentiel. Indirectement, la réalisatrice Florence Quentin et son fils, co-scénaristes de Leur morale...et la nôtre, ont sans doute permis, sans le savoir, de vérifier une nouvelle fois cet adage. Car, honnêtement, il est impossible de regarder cette comédie sans penser au moins une fois au couple immortel formé par Raymonde et Robert. Et le film n’est pas loin d’être aussi mauvais que l’adaptation officielle sortie en 1996.

Fi de Bidochon, voici donc les Gustin, version petits bourgeois de leurs homologues dessinés, bien installés dans leur maison sécurisée de Béziers, ayant fait de la radinerie leur règle de vie. Coupons de réduction, cadeaux promo, tout est bon pour ne rien payer trop cher chez les Gustin. Le couple se permet de tenir une épicerie clandestine grâce à ces économies, et en profite pour refourguer des vieilles paires d’espadrilles ou des paëllas périmées. C’est d’ailleurs ce dernier plat qui semble avoir eu raison de leur vieille voisine, une dame seule dont les Gustin espèrent bien soutirer l’héritage. Manque de pot, c’est un Algérien nommé Malik qui semble avoir remporté le pactole, et « horreur ! » vient s’installer à côté de chez eux. Désormais, c’est la guerre et tous les coups sont permis pour l’improbable couple...
Comme pour toute comédie, le scénario de
Leur morale... et la nôtre est né d’une envie de mettre en lumière les petits travers de nos contemporains : la radinerie, le ragot, les relents de racisme, le conservatisme et l’avidité sont des défauts que nous avons tous vu dans notre vie. L’idée des deux scénaristes, à savoir concentrer toute cette vilénie dans un simple couple a au moins le mérite de la simplicité. Dès leur arrivée à l’écran, dans leur survêtements assortis aux couleurs fluo, les Gustin sont montrés du doigt comme une caricature vivante du beauf français de bas étage, façon
Camping, mais sans le camping. Autant dire qu’on n’est pas chez Francis Véber ici, mais plutôt sur les terres (ensoleillées) de Max Pécas. La suite est au niveau du scénario présenté plus haut : une intrigue qui tire à la ligne, des rebondissements aussi incroyables que dans Sous le soleil, des gags moisis et un ultime retournement de situation aussi idiot qu’incohérent.

Bref, malgré un argument de départ qui aurait pu donner une bonne comédie alerte et rentre-dedans,
Leur morale... et la nôtre s’abîme inexorablement dans les tréfonds de la nullité, pas aidé par une réalisation symptomatique de notre époque, elle aussi. Les acteurs semblent une fois sur deux livrés à eux-mêmes, à tel point qu’on se demande s’ils n’improvisent pas en direct une chute décente pour leurs scènes, la photographie est aussi pâlichonne que dans un épisode de Joséphine ange gardien, et le montage se contente, une nouvelle fois, d’alterner des champs contre-champs et des plans d’ensemble interminables, quand on a pas carrément droit à des raccords un peu trop cut, qui coupent net l’effet de certains gags (eh oui, l’humour, ce n’est pas qu’une question de dialogues). Bref, le film se situe dans la moyenne basse de la comédie française, rejoignant sans gloire une bonne partie des productions hexagonales récentes, toutes frappées de ce même mal, le conformisme audiovisuel. C’est en voyant ce type de productions qu’on revoit à la hausse des réussites mineures comme Mensonges et trahisons et plus si affinités ou Ma vie en l’air.

Le plus triste dans tout cela, c’est de voir surnager dans ce nanar d’un autre temps un acteur formidable dont nous avons beaucoup parlé récemment, André Dussolier. Mais même avec des tongs, un short et des chaussettes de compétition, l’acteur a finalement la classe, le métier, l’assurance et la voix pour rendre certaines répliques mémorables (telle cette expression « audiardesque » : « Y a quand même pas d’quoi s’passer la rate au court-bouillon ! »). Il va sans dire qu’il est l’unique bonne raison de voir (et de tenir !) cette comédie bas du front, dont les dernières minutes atteignent par ailleurs des sommets dans la démagogie et le renoncement artistique.
Nicolas Lemâle















