Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu un film aussi emballant, pur produit du cinéma indépendant américain et petit bijou capable de faire fondre les cœurs les plus cyniques. Ne vous fiez pas au titre, qui pourrait vous faire croire à une bluette liée aux concours de miss : c’est à un rendez-vous avec l’humanité dans ce qu’elle a de plus quotidien que vous invite la craquante
Little Miss Sunshine !
COUP DE COEUR
LITTLE MISS SUNSHINEUn film de Jonathan Dayton et Valerie Faris
Avec Steve Carell, Toni Collette, Greg Kinnear, Abigail Breslin, Paul Dano
Durée : 1h40
Date de sortie : 06 Septembre 2006
Que ce film soit reparti les mains vides du festival de Sundance nous laisse pantois : difficile d’imaginer le moindre juré rester indifférent à l’humour de ce premier long (réalisé par un couple spécialiste du clip), qui nous attache à ses personnages comme peu d’histoires y parviennent. Soit la famille Hoover, en apparence lambda, en réalité assez barjo. Le père, Richard, ne jure que par sa méthode vers le succès en neuf points, une doctrine qui rejette les losers et pourrait bien finir en tête des ventes de best-sellers… c’est en tout cas ce qu’il croit. Son fils aîné, Dwayne, dégoûté de cette propagande, a décidé de ne plus dire un mot tant qu’il ne serait pas entré à l’Air Force Academy. Quant à sa petite sœur, Olive, binoclarde et un peu enrobée, elle se rêve en reine de beauté depuis qu’elle est arrivée deuxième à un concours régional de miss. La famille compte aussi le grand-père, sniffeur d’héroïne et gentiment vicelard, et l’oncle Frank, tout juste remis d’une tentative de suicide liée à l’indifférence de son amant fantasmé. Au milieu de tout ce petit monde vaguement frappadingue, Sheryl tente vaille que vaille de jouer les mères modèles, entre rigueur et compréhension.

Le jour où Olive apprend qu’elle est sélectionnée au très sélectif concours de la Little Miss Sunshine, Sheryl fait donc le maximum pour donner vie au rêve de sa fille, quitte à embarquer tout le reste de la famille sur la route de Redondo Beach. 1200 kilomètres de combi plus tard, l’insouciance en aura pris un coup, mais le duo amour/humour se sera imposé en beauté.
Dit comme ça,
Little Miss Sunshine pourrait avoir des allures de film un peu cucu. C’est tout le contraire. Même si la sacro sainte valeur familiale s’impose une fois de plus chez les Américains, elle s’accompagne d’un ton décalé, surprenant et formidablement attachant. La simplicité de l’écriture est la grande force de ce film, qui sait parler comme rarement des rapports – complexes, forts et ambigus - qui lient un ado à ses parents, un frère à sa sœur, des enfants à leur aîné, des marginaux à leur famille. On n’a jamais aussi bien mêlé des émotions contradictoires, et pourtant voisines, dès lors qu’il s’agit de nos proches. On sort du film le cœur remué, le sourire aux lèvres et la tête fixée sur un objectif : le revoir au plus vite !

L’accent étant mis sur les personnages, le casting se devait d’être à la hauteur : il l’est, mêlant acteurs chevronnés et fraîches découvertes. Outre le plaisir de revoir Toni Colette, décidément capable de tout incarner, on retrouve le subtil décalage cher à Greg Kinnear et l’incroyable sens comique de Steve Carell, très recherché depuis sa performance dans
. Le doyen Alan Arkin apporte toute sa verve à ce personnage de grand-père avide des plaisirs de la vie tandis que Paul Dano confirme , après
, un talent qui ne demande qu’à exploser aux yeux du grand public. On garde notre coup de cœur final pour la petite Abigail Breslin, craquante, naturelle, et irrésistible dans ses petites santiags rouges. Longue vie à sa carrière d’actrice !