La critique d'Excessif

3/5
loin_de_la_terre_brulee135 L'HISTOIRE :

Dans le désert du Nouveau Mexique, une caravane explose mystérieusement, à l'intérieur ; Gina et Nick, son amant secret, meurent. Une quinzaine d'années plus tard, à Portland, Sylvia, jeune femme perdue qui multiplie les conquêtes amoureuses est poursuivie par un homme étrange... Deux histoires de femmes se percutent à travers le temps, des vies s'entremêlent et les relations s'enflamment...

Un premier film qui laisse entrevoir un joli talent de cinéaste.
Guillermo Arriaga, scénariste d’Amours Chiennes, 21 Grammes et Babel passe pour la première fois derrière la caméra avec ce drame choral éparpillé dans le temps où des situations très éloignées les unes des autres vont trouver leur écho dans les vies de deux femmes et de leur entourage à quinze ans d’intervalles. Avec un casting féminin particulièrement émouvant laissant entrevoir les différents conflits mère-fille, Arriaga s’immisce dans un récit beaucoup plus porté sur les femmes que d’accoutumée... Si l’on peut noter un certain manque d’originalité et une tendance à la répétition dans sa manière, quasi schématique, de construire son scénario, le cinéaste signe néanmoins un film puissant, pudique et profond sur des relations amoureuses et familiales à la fois si communes et extraordinaires... Un premier film qui laisse entrevoir un joli talent de cinéaste.

 

Lorsqu’un scénariste s’est fait les armes sur des films aussi cultes et puissants que la trilogie Inarritu et Trois Enterrements de Tommy Lee Jones, on peut attendre de lui un sacré numéro au moment du mythique passage derrière la caméra. Ses participations sur ces quelques chef-d’oeuvres lui ont valu une réputation inébranlable de gigantesque auteur de cinéma dont le génie réside dans cette capacité incroyable à mêler plusieurs récits dans différentes sphères spatiales et temporelles sans jamais perdre le spectateur en route. Celui-ci, qui apprend à se faire une idée de l’histoire qu’on lui raconte au fil des minutes construit son propre puzzle, établit des ponts branlants prêts à s’effondrer au rythme des émotions qu’il nous jette au visage, souvent puissantes. Loin de la terre brûlée ne déroge pas à la règle et s’inscrit parfaitement dans la lignée des oeuvres précédentes d’Arriaga... Au point même que le film ne nous surprend pas beaucoup. Ou plutôt pas assez.

 

 

 

 

A l’annonce du projet, on pouvait légitimement s’attendre à une oeuvre majeure, une sorte de scénario ultime conservé comme le Saint-Graal par son auteur attendant le moment opportun pour le faire exploser à la face du monde... A nous servir des menus gastronomiques par le biais des films d’Inarritu, les gros mangeurs de ciné que nous sommes étions en droit de s’impatienter pour le dessert. Le résultat, tout aussi honorable et fascinant qu’il soit manque cependant d’ampleur et de cette dimension parfois onirique qu’Inarritu était parvenu à offrir aux récits imaginés par son scénariste. Emmener l’histoire un cran au-dessus, faire d’un scénario formidable, une oeuvre extraordinaire... Arriaga, malheureusement, n’en est qu’à son premier long-métrage et manque ici l’opportunité de déployer entièrement son oeuvre initiale...

 

Ainsi, le scénario, complexe et tricoté avec talent ne trouve pas toujours son écho dans la mise en scène assez classique d’Arriaga... Son film, ambitieux et difficile à relater sans en révéler les mystères, parvient néanmoins à nous capter grâce aux prestations des trois comédiennes principales : Charlize Theron, Kim Basinger et Jennifer Lawrence. Elles se répondent, communiquent et bouleversent le cours des choses à force de regards, de gestes d’amour et dans une quête d’elles-mêmes, se retrouvent à vivre des situations dramatiques. Les deux actrices chevronnées s’en sortent avec les honneurs et parviennent à communiquer ce désespoir qui les caractérise, cette passion révolue qu’elles tentent de retrouver… En vain. Charlize Theron multiplie les amants, essaye de se convaincre de son pouvoir de séduction tandis que Kim Basinger, traumatisée par un cancer, parvient peu à peu à se dévoiler à cet amoureux interdit qui réussit à lui rendre un sourire disparu. Les deux blondes, dans un registre particulièrement tragique, ne sombrent jamais dans le pathos grâce une retenue de jeu plutôt bienvenue évitant au long-métrage de nous servir une soupe indigeste… Mais à force de pudeur, l’émotion est parfois absente quand elle devrait nous bouleverser. Une retenue à double tranchant symbolisée par la prestation de la jeune Jennifer Lawrence, primée à Venise, qui semble constamment prête à exploser mais semble prisonnière de cette volonté maladive de ne pas réaliser un film sentimentaliste. Mais la jeune femme, dans sa crise existentielle, est d’une justesse incroyable et semble aussi à l’aise que ses deux camarades de jeu... Le reste du casting, masculin, sorte de faire-valoir de la gente féminine (excepté le jeune comédien), est aussi efficace et assez présent pour ne pas faire de Loin de la terre brûlée un simple film de femmes.
 
 
Au final, le premier film de Guillermo Arriaga convainc à bien des égards et l’on doit reconnaître au scénariste un véritable talent dans la direction d’acteurs... Si un brin de lassitude s’installe à quelques reprises devant le manque d’originalité dans la construction du récit, on se surprend à être littéralement pris par l’histoire qui se déroule devant nous au point même d’être pris de court... Le retournement de situation au cœur du film s’avère efficace et légitime, nous offrant une nouvelle vision du métrage et des personnages. Bref, une petite prouesse et un joli film, émouvant, auquel il serait difficile de reprocher son manque de densité. Car l’essentiel est là et c’est déjà beaucoup...

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