L'HISTOIRE : 7 juillet 2005. Quatre attentats simultanés frappent le coeur de Londres. 56 morts. Apprenant le drame à la télévision et n'ayant aucune nouvelle de sa fille qui habite la capitale anglaise, Elisabeth décide de s'y rendre pour dissiper ses inquiétudes. Elle fait la rencontre d'Ousmane, un père d'origine africaine habitant à Paris et venu lui aussi retrouver son fils qu'il n'a pas vu depuis de très longues années. Séparés par leur culture et leurs croyances religieuses, Elizabeth et Ousmane vont malgré tout unir leur force et leur espoir.
La sincérité de Rachid Bouchareb l'emporte largement.
Au départ, il y a un projet de téléfilm pour Arte (le film a été diffusé en juin 2009 sur la chaîne) que doit réaliser Rachid Bouchareb, tout auréolé du succès d'Indigènes. A l'arrivée, il y a cette sélection à la Berlinale 2009 où Sotigui Kouyate, un des deux acteurs principaux, remporte un prix d'interprétation. London River, c'est avant tout le destin d'un film qui n'a cessé de grandir jusqu'à atteindre les salles de cinéma. Un parcours logique aux vues des qualités humaines et artistiques qui émanent de l'oeuvre.
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Rachid Bouchareb sait mesurer les silences. Ceux qui font germer le doute, impose une douleur sourde. Ceux d'un téléphone qui refuse de répondre et l'inquiétude d'une mère qui grandit, s'émancipe comme un mauvais pressentiment. Les premiers instants font preuve d'une justesse parfaite, occasionnant un sentiment d'angoisse latent, personnifié par un petit bout de femme en proie à une douleur indicible. Le réalisateur filme à hauteur d'homme et surtout à bonne distance, évitant toute emphase pour se focaliser sur cette âme remuée par la probabilité, même infime, d'apprendre la disparition de son enfant. Surtout, Rachid Bouchareb continue de s'interroger sur les rapports entre les nationalités et les communautés, comment elles se conçoivent, se parlent, se déchirent ou s'entraident. London River, déjà touchant dans ses fondements, prend une réelle profondeur lorsque Elisabeth, l'agricultrice chrétienne de Guernesey, va se confronter à Ousmane, le garde-forestier musulman.
Le long-métrage tire sa force de ses deux interprètes principaux, Brenda Blethyn et Sotigui Kouyaté (peut-être le meilleur rôle de leurs carrières respectives). Avec sa bonhomie déboussolée, sa peur polie de l'étranger et cette grande ville qui semble la dévorer, l'actrice anglaise fait des merveilles dans le registre de la provinciale paumée. Insufflant sa présence lunaire, sa silhouette longiligne et son regard empli de sagesse, Sotigui Kouyaté semble flotter au-dessus du bitume londonien, inspirant calme et romantisme. Ces deux destinées au croisement de routes improbable vont faire imploser les préjugés et insuffler à ce drame intimiste des allures de road trip désespéré. Toujours sur le fil, la relation entre ces deux êtres que tout sépare est traitée par le cinéaste avec une telle pudeur que l'adhésion est immédiate et continue. L'incommunicabilité, certes balayée par une facilité scénaristique (Elisabeth sait parler français...), se mue en chant funèbre (magnifique scène où l'acteur malien est à son sommet). Les deux âmes en peine, qui ont vécu seules trop longtemps, finissent par se donner la main.
Le reste de la distribution, emmenée notamment par Sami Bouajila et Roschdy Zem, ne peut être à la hauteur du magnétisme dégagé par le duo mais s'avère judicieux. Dans le ton et leur caractérisation, les personnages secondaires complètent habilement le tableau qui souligne les traumatismes post-11 septembre et la discrimination raciale ambiante.
Malgré un dénouement attendu et un scénario sans véritables surprises, la sincérité de Rachid Bouchareb l'emporte largement. London River parle de l'universalité du deuil en portant un regard pudique et sans artifice sur deux âmes en peine. Porté par des acteurs prodigieux et complémentaires, l'oeuvre crée une précieuse émotion.
Le comédien d'origine burkinabèse Sotigui Kouyaté est mort samedi à l'âge de 74 ans. Il avait été notamment au générique de Black Mic Mac et récemment de London River.