L'HISTOIRE : Eric Bishop, postier à Manchester, traverse une mauvaise passe.Looking for Eric apporte une joie rarement vue
De retour sur la Croisette après son sombre It's a free world..., Ken Loach n’est pas venu seul. En effet, auréolé en 2006 de la Palme d’Or pour Le Vent se lève, le cinéaste s’est fait accompagner du légendaire numéro 7 de Manchester United, Eric Cantona ! Réunis pour Looking for Eric, métrage dont le Français est à l’origine, l’association du réalisateur et du footballeur promettait d’être l’une des attractions de la quinzaine cannoise aux côtés d’Antechrist et Inglorious Bastard. Et honnêtement, le résultat valait amplement d’attendre !
« Je ne suis pas un homme, je suis Cantona. »
Avec cette histoire fantasmagorique d’un homme qui donne vie à son icone, sur fond de transfert, de catharsis et de résilience Ken Loach opère une rupture par rapport à ses films précédents. S’appuyant sur l’énergie de son segment de Tickets et son appétence pour le football, notre cinéaste compose en effet avec un duo formidable et improbable en son centre, un film des plus composites. Mêlant la romance, la comédie, le récit nostalgique et le drame sur fond de réalisme social, l’auteur ne choisit pas de creuser un seul sillon. Mais se propose le défi de tous les explorer ensemble et de les entremêler. L’initiative a de quoi surprendre connaissant l’auteur, cependant s’il est perfectible (difficulté à installer un rythme et un ton cohérent sur la longueur) - le résultat ne manque nullement d’un certain charme.
En effet, porté par l’exquise partition de Paul Laverty, on assiste tout d’abord à l’orchestration d’une gigantesque fantaisie au cœur de laquelle Cantona se jouant de lui-même, excelle et dynamise le film à l’envie. Ainsi, entre répliques saillantes, inserts de ses plus belles actions et sentences philosophiques, The King impose sa présence à l’écran, son énergie et sa bonhommie. Or, cela n’est nullement gratuit et n’a qu’un objectif : faire avancer Eric Bishop, le postier désespéré, sur le chemin de la rédemption et de la reconquête. Et force est de constater que le dialogue amorcé et la thérapie imaginaire amenée par cette présence fictive mais charismatique, fonctionne à plein.
Ainsi, Looking for Eric emporte son spectateur au travers du regard tout en compassion que Ken Loach porte sur le parcours de son antihéros, triste membre de la working class en proie aux difficultés inhérentes à son statut d’homme célibataire et de père sans crédit. De fait, durant les deux heures que dure le film, sa nature particulière nous amène sur fond de football, de solidarité et de réalisme poétique, à passer insensiblement d’une gravité certaine à une légèreté lyrique. Et cela par tous les stades, avec toutefois une dominante humoristique manifeste naissant conjointement de situations hilarantes, de scènes extraordinaires (la scène de pub, l’opération Cantona…) et de répliques mémorables.
Mais plus simplement, Looking for Eric apporte une joie rarement vue et ravit par ce qu’il est porté par une humanité débordante, un humour ravageur et une richesse qui dépassent allégrement ses soucis de rythme, de construction ou de vraisemblance. En un mot, en un seul, Looking for Eric est énorme !
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