L'HISTOIRE : Le patron d’une entreprise de cintres vide son entreprise dans la nuit pour la délocaliser. Le lendemain, quelques ouvrières se réunissent et décident de mettre le peu d’argent de leurs indemnités dans un projet commun : « faire buter » le patron voyou par un professionnel.
Pré-générique : lors d’une crémation, un cercueil se casse la gueule et le responsable des pompes funèbres demande à la famille du défunt, bouleversée, si personne n’aurait un briquet. Il n’en fallait pas plus pour poser les bases et évoquer immédiatement l’humour froid d’un Roy Andersson (sans toutefois la rigidité formelle) ou d’un Aki Kaurismaki. On sait depuis Aaltra la capacité du duo Gustave de Kervern/Benoît Delepine à créer des comédies bizarres et tragiques qui puisent leurs références dans des zones cinéphiles peu ou pas fréquentées (ça s’étend de Kaurismaki à Arrabal). Avec Louise-Michel, ils réunissent un très beau couple de cinéma : Yolande Moreau et Bouli Lanners. Pas une bimbo ni un play-boy, mais putain qu’est-ce qu’ils trimballent avec eux (un look d’alcoolo dépressive pour la première – alors qu’elle ne boit pas ; une mélancolie monstrueuse pour le second – qui vit dans sa caravane). Travaillant à la chaîne dans une usine de cintres et virée comme une malpropre du jour au lendemain par ses patrons (le sous-directeur est joué par « Francis Kuntz »), Louise propose de réunir une somme en additionnant les indemnités chômages de ses collègues de travail, pour se venger d’un patron qui s’est barré avec la caisse.
En quête d’un tueur à gages (si possible pro), elle sonne à toutes les portes, demande à un ancien tueur s’il ne peut pas l’aider – problème : il s’est reconverti dans l’immobilier – puis tombe par hasard sur Michel, un bonhomme solitaire qui passe son temps à promener son ennui et sinon à aller voir (en claquettes) ses parents, barricadés chez eux et protégés par des alarmes qui sonnent lorsqu’il ne faut pas. Sous le rire – parce que le rire est comme toujours la politesse du désespoir –, perce un malaise entre les boîtes interlopes – où Philippe Katerine se donne en spectacle, en écho à la prestation de Bouli Lanners dans Aaltra qui reprenait Sunny en yaourt –, usines désaffectées et résidences luxueuses. Il faut voir la manière dont Delepine et Kervern placent leurs personnages dans le cadre pour comprendre qu’ils sont oppressés par le système, mais la profondeur de champ – où il se trame toujours quelque chose de passionnant – leur laisse la possibilité de s’en tirer. Louise, qui simule la femme bourrée qui a perdu toute sa tête (notamment en se marrant devant un dessin animé où « un renard porte une perruque »), possède une détermination qui la pousse toujours à franchir des étapes socialement déterminées.
L’idée – toujours plaisante – de faire intervenir des guest-stars dans un film de potes fonctionne moins bien parce qu’elles ne servent que des scènes certes hilarantes mais anecdotiques (comme Benoît Poelvoorde qui s’amuse à faire exploser les deux tours du World Trade Center). Elles ne répondent pas aux enjeux – et ankylosent inutilement un récit qui ne sait plus s’il doit éclaircir, épurer ou amplifier les événements. En revanche, Kervern et Delepine n’ont rien perdu de leur envie de cinéma. Il faut se réjouir qu’en trois longs métrages, leur panache n’ait pas décrû. Cette boulimie se traduit dans la manière dont ils composent des cadres, des plans comme des paysages. On les a longtemps assimilé à des comiques télévisuels mais ce sont aussi et surtout des artistes qui ne se la jouent pas poètes à deux balles mais utilisent un art pour véhiculer ce qui les meut. Ainsi, le travail sur la profondeur de champ et les arrière-plans n’est pas anodin, encore moins un effet de style poseur : c’est avant tout pour donner à voir ce que l’on ne distingue pas nécessairement. C’est extrêmement cohérent avec un discours – moins drôle qu’il n’y paraît –, invitant justement à garder l’esprit alerte face à toutes les formes d’oppressions. Romain Le Vern
Après Aaltra, délire alcoolisé, tendre sous son écorce provocatrice, où deux handicapés avaient la ferme intention d'emmerder le plus de monde possible, et Avida, hommage au mouvement Panique qui ...