Curtis Hanson revient après
In her shoes avec un film centré sur le poker et les relations père/fils parfois difficiles, le tout saupoudré d’une romance à Las Vegas… Conseillé aux amateurs de poker.
LUCKY YOUUn film de Cutis Hanson
Avec Eric Bana, Drew Barrymore, Robert Duvall
Durée : 2h02
Date de sortie : 09 mai 2007Huck Cheever est un joueur de poker vivant à Las Vegas. Fils d’un grand Champion, L.C Cheever, Huck entretient avec lui des relations plutôt difficiles. Mais la rencontre avec la jeune Billie va remettre en question sa manière de vivre et sa manière de jouer…Le poker est un jeu largement représenté au cinéma, du
Kid de Cincinnati au récent
Casino Royale en passant par
Maverick ou
Les joueurs, l’attrait d’Hollywood ne s’est jamais démenti. Le film se déroule en 2003, année charnière pour le poker puisque c’est la première fois que les caméras pénètrent sur les tables du World Poker Series, année également marquée par l’arrivée des joueurs sur internet, entraînant une explosion de popularité et un engouement toujours grandissant.
« C’est ça le poker ! »Lucky You est directement issu de cet engouement même si le film est en projet depuis bien avant l’explosion de 2003. Le film se concentre sur la vie de Huck Cheever interprété par Eric Bana, qui ne prend aucun risque et aucun engagement dans sa vie sentimentale, contrairement à sa vie de flambeur autour des tapis verts de Las Vegas. D’ailleurs l’excellente scène d’ouverture pose les enjeux du film, vivre sa vie comme une partie de poker et jouer comme on devrait vivre. La relation qu’entretient Eric Bana avec son père, interprété par le toujours excellent Robert Duvall, est au cœur des enjeux dramatiques qui se retrouvent symbolisés et résolus par les parties de poker. Car avant toute chose le film parle de poker.
Lucky You c’est un peu
World Poker Tour – Le Film, Curtis Hanson se concentrant principalement sur les nombreuses parties qui se déroulent.
Même si le réalisateur fait tout pour ne pas perdre le spectateur ignorant un traître mot de ce qu’est un pot, le turn ou une flush, en lui expliquant les règles en permanence grâce à la présence d’une Drew Barrymore néophyte et l’utilisation de commentaires lors des parties, le film est tout de même réservé aux connaisseurs sachant apprécier les enjeux derrière chaque mise et chaque nouvelle donne. Ceux qui trouvaient la partie de
Casino Royale longue en seront pour leurs frais, car dans
Lucky You les parties occupent les trois quarts du temps. Même lorsque les personnages d’Eric Bana et Robert Duvall discutent, ils finissent toujours par se retrouver derrière un jeu de cartes.
C’est aussi l’un des intérêts du film de proposer des relations filiales douloureuses avec la peur de ressembler à un père que l’on déteste, le tout vu par le prisme du jeu et avec des enjeux résolus par les cartes. Les parties s’enchaînent en permanence et le réalisateur n’évite alors pas la monotonie dans la mise en scène (en gros que des champ/contre champ), et réussit toutefois à ce qu’on s’y intéresse en proposant à chaque nouvelle partie un enjeu différent pour le héros interprété par Eric Bana : gagner sa place pour le tournoi, récupérer l’alliance de sa mère, amuser et séduire Drew Barrymore, défier son père…

Ces nombreuses séquences de jeu sont de temps en temps interrompues pour offrir un bref portrait des différents parieurs iconoclastes et autres escrocs vivant à Las Vegas (brève apparition de l’excellent Robert Downey Jr), ou bien par une séquence oxygénante d’un pari sportif auquel Eric Bana se soumet, ou bien encore par des séquences romantiques heureusement pas aussi mielleuses que prévu même si Drew Barrymore reléguée au second plan, minaude toujours autant.
Mais on finit toujours par revenir aux casinos et autour du tapis de jeu comme de véritables accrocs. Ces parties ont bénéficié des conseils du grand champion Doyle « Texas Dolly » Burnson, de Matt Savage, directeur de tournoi, et de Jason Lester, quatrième des World Series 2003. De nombreux grands joueurs tiennent leurs propres rôles dans le film assurant une certaine crédibilité aux parties qui ne se finissent par forcément sur des Quinte Flush Royale ou des carré d’As en permanence.
Au final c’est un film plutôt sympathique bénéficiant d’un duo Eric Bana / Robert Duvall excellent, et s’adressant avant tout aux amateurs de poker, qui devraient apprécier, les autres risquent de s’ennuyer ferme.
Stanislas Bernard