Si de prime abord on pouvait être séduit par une distribution féminine surprenante mais prônant l'impatience (la superbe Nicole Kidman dans le rôle d'une nouvelle Samantha) et un casting masculin correspondant fort peu au choix de sa partenaire (ce bon gros balourd de Will Ferrell plus habitué aux rôles grotesques et à un total manque de finesse), force est de constater qu'à l'arrivée et malgré ces atouts sérieux, nous n'obtenons guère plus que ce à quoi nous nous attendions (malheureusement). Car si nous sentions venir la grosse erreur de casting en l'incarnation d'un couple d'amoureux Ferrell/Kidman, nous avions bien du nez.

Nicole Kidman s'approprie donc avec légèreté et brio ce rôle de petite sorcière innocente rêvant de vivre une vie plus humaine, faisant trémousser son petit nez malicieux de façon à faire fondre les moins réceptifs d'entre nous. Mais Will Ferrell se limite à ce qu'il sait faire. Et si ses performances valent parfois le détour (notamment en méchant couturier dans
Zoolander), il ne cherche ici à l'instar de son personnage qu'à voler la vedette à la belle Kidman sans jamais y parvenir (tout comme dans le film d'ailleurs). On ne peut pas toujours être bon, et Will nous le prouve ici en sombrant dans l'agacement tant son personnage ne sort jamais de la caricature. Résultat, nous voilà assis le cul entre deux chaises, dans un film navigant tantôt entre la comédie romantique légère, voire fine, et la pantalonnade maladroite lorgnant plus du côté du
Saturday Night Live que du registre dans lequel Nora Ephron dirige sa vedette féminine. Pour leur part, les seconds rôles, offerts tout de même à des pointures comme Michael Caine (décidément partout) et Shirley MacLaine, restent bien trop en retrait, et se voient cantonnés à quelques maigrelettes notes d'humour sans jamais pouvoir laisser éclater leur talent. Un joli gâchis.

D'un point de vue scénaristique, Nora Ephron, également scénariste de son film, partait d'un point de départ sympathique en ne se limitant pas à une simple adaptation du produit télévisuel. Mais si le premier quart d'heure laisse présager un soupçon d'originalité, la scénariste s'essouffle très vite en manquant considérablement d'imagination, laissant ainsi l'absence d'originalité couvrir l'intégralité du métrage. On en arrive même à croire que la scénariste s'est perdue dans les méandres de son histoire en faisant intervenir des "clones" des personnages de la série (tante Clara et oncle Arthur) et l'incohérence pointe alors le bout de son nez, compliquant maladroitement l'intrigue. D'où sortent-ils ? Samantha existe-t-elle vraiment ? Autant de gags légers qui tombent à l'eau si l'on creuse un peu trop.

Bien sûr quelques effets fonctionnent, voire quelques sourires se dessinent, mais là où l'idée d'adapter la série pouvait paraître intéressante, il faut bien admettre que Ephron ne possède pas le talent d'un Charlie Kauffman. Peut-être aurait elle dû se contenter d'une simple adaptation et ne pas présumer de son talent, ou bien confier l'écriture à quelqu'un de plus apte qu'elle à porter à l'écran les aventures de cette adorable sorcière. Il est d'ailleurs fort à parier que Nicole Kidman aurait incarné le personnage créé par Elizabeth Montgomery avec autant d'aisance qu'elle entre dans la peau de son Isabel, car elle seule ici parvient à insuffler le charme et la tendresse de la version de 1964.

C'est donc la déception qui l'emporte et l'on préfèrera se revoir la première saison de la série télévisée plutôt que d'assister à la chute d'une réalisatrice. Ou alors, juste pour Nicole… ce qui est déjà pas mal...