« Ma vie n’est pas une comédie romantique ». Le titre appelait de tous ses vœux une comédie décalée, prenant à contre-pied tous les codes du genre et autres poncifs mielleux desdites « comédies romantiques » habituelles. La grande question était donc de savoir si le film répond à ces attentes légitimes.
MA VIE N’EST PAS UNE COMEDIE ROMANTIQUEUn film de Marc Gibaja
Avec Gilles Lellouche, Marie Gillain, Laurent Ournac
Durée : 1h32
Date de sortie : 19 décembre 2007Thomas, un critique de jeux video à l’air blasé, vient de se faire larguer et doit retourner vivre temporairement chez ses parents. Broyant du noir, en voulant à la Terre entière en général et aux femmes en particulier, notre nouveau célibataire n’est vraiment pas prêt à vivre une relation sérieuse de sitôt. Et ce même après être tombé par hasard sur la belle Florence, un amour de jeunesse. Parce que malheureusement la vie n’est pas une comédie romantique…Tout commence par une scène de
Nuits blanches à Seattle, avec Meg Ryan en gros plan. Puis la voix off de Gilles Lellouche, commentant le trou noir affectif dans lequel son personnage vient de tomber. Il faut dire que le Thomas a quelques raisons de s’enfoncer dans son cynisme et une attitude patibulaire… mais presque (
Coluche). D’entrée, la voix off nous fait comprendre que ce qu’annonce le titre n’est pas lettre morte, et le personnage de Thomas explique en long et en travers que sa vie n’est définitivement pas une comédie romantique et qu’elle ne risque pas de le devenir. On se doute bien que la rencontre avec Florence (Marie Gillain belle comme un cœur) chamboulera quelque peu toutes ces certitudes de cocu aigri. Sauf qu’il y a un pas entre montrer que la vie réelle peut parfois s’approcher des romances clichés hollywoodiennes, et suivre exactement le canevas de la comédie romantique de base.
Car la seule, mais d’importance, déception du film réside là. A force de pointer, pour mieux les dénoncer, les mécanismes des comédies romantiques, le réalisateur utilise finalement exactement les mêmes ficelles. Dès lors, le film se regarde sans déplaisir, cette belle romance valant largement ses nombreuses consoeurs, mais donne le sentiment de passer à côté du sujet annoncé dans le titre. En plus clair,
Ma vie n’est pas une comédie romantique est absolument en tout points… une comédie romantique. Il convient donc de juger le film pour ce qu’il est. Et une fois passée la déception de ne pas assister à une satire acérée des mièvreries d’un genre adoré par les adolescentes, il convient de constater que le film de Marc Gibaja possède de réelles qualités.
En premier lieu, l’histoire possède à certains moments une sorte de féerie communicative, où d’un coup tout devient possible. Comme si les personnages vivaient dans un monde parallèle, fantasmagorique, d’ailleurs illustré par un mariage célébré dans la coutume d’un peuple extra-terrestre tiré tout droit de l’univers
Star Trek. Comment une telle scène est-elle possible dans une comédie romantique n’ayant rien à voir avec un film de SF ? Nous vous laissons découvrir la réponse dans votre salle de ciné préférée. Autre point positif, la vitalité et la complicité affichées par les comédiens. Le duo principal donne entière satisfaction, Gilles Lellouche et Marie Gillain trouvant chacun la sincérité de leur personnage, mais les acteurs secondaires sont peut-être encore plus impressionnants. Laurent Ournac et Stéphanie Sokolinski (déjà excellente cette année à l’affiche de
Dans les cordes) forment en effet un couple terriblement attachant. La mise en scène dynamique s’appuie sur des comiques de situation efficaces et toujours à propos, et certaines remarques sur les rapports hommes/femmes sont même plutôt bien vues.
Le film tente de se rappeler à la fin de son postulat de départ, mais il est trop tard. Inutile d’essayer de passer pour autre chose qu’une comédie romantique, d’autant que en tant que tel, il s’agit sincèrement d’une réussite.
Laurent Tity