Depuis la sortie en salles de
Toy Story, le cinéma d'animation constitue un nouveau marché dont l'essor a dépassé toutes les espérances. Avec le génie qu'on lui connaît, Pixar n'a eu de cesse de proposer tranquillement des œuvres exceptionnelles les unes après les autres malgré l'ombre de la souris planant au dessus de sa tête. La 3D est devenu une évidence pour la survie du genre. L'aspect serait-il perçu comme moins enfantin que de simples feuilles crayonnées ? Toujours est-il que les studios d'animations n'ont jamais été aussi prolifiques que ces dix dernières années et on nous sort désormais des films en 3D réalisés par le premier venu chaque année, à n'importe quelle période, quitte à briser toute la magie de l'attente du film prévu pour Noël. Dreamworks, visiblement plus échaudé que tout le monde, semble ne plus vouloir s'arrêter et nous offre avec
Madagascar son troisième film en à peine douze mois. Privilégient-ils le quantitatif aux qualitatif ? Les avis partagés sur
Shrek 2 et cette navrante baudruche dégonflée qu'est
Gang de requins nourrissaient nos plus grandes inquiétudes…
MADAGASCARUn film de Eric Darnell et Tom McGrath
Avec les voix VO/VF de : Ben Stiller/José Garcia, Chris Rock/Anthony Kavanagh, David Schwimmer/Jean-Paul Rouve, Jada Pinket Smith/Marina Foïs
Durée : 1h26
Sortie le 22 juin 2005Alex le lion, tellement aveuglé par son succès grandissant auprès des petits new-yorkais lorsqu'il s'expose au zoo de central park, ne se rend pas compte que son meilleur ami Marty le zèbre n'en peut plus de vivre derrière les barreaux. Lorsque ce dernier parvient à s'enfuir, le fauve entraîne avec lui Melman la girafe et Gloria l'hippopotame pour retrouver son ami bien décidé à retourner à la vie sauvage. Rapidement capturés, les quatre compères vont se retrouver embarqués sur un paquebot en direction pour l'Afrique, mais le sabotage de ce dernier par un gang de pingouins niaiseux les fera échouer sur une île paradisiaque. Mais il est bien difficile de retrouver ses origines lorsque l'on a connu que les buildings comme seul paysage.Mauvais souvenir de la part de
Gang de requins donc, et un autre moyennement glorieux offert par un
Fourmiz que l'on a de plus en plus de mal à avaler et dont le réalisateur signe avec
Madgascar un retour sans tambour ni trompette. Il n'y aurait de façon pas de quoi puisque - contre toute attente -
Madagascar dévoile les mêmes carences que ses prédécesseurs. Qu'est ce qui ne tourne pas rond chez Dreamworks ? Leur volonté d'aller à l'encontre des produits enfantins de Disney se retournerait contre eux ? Un peu oui, Pixar, et plus particulièrement
Les indestructibles officiant dans ce domaine d'une manière plus subtile. Des graphismes particuliers un tantinet agressifs pour la rétine que notre méconnaissance en animation ne pourrait expliquer ? Là encore, les créateurs de
Toy Story utilisent une recette secrète dont la concurrence ne possède pas encore tout les ingrédients. Quelques fautes de goûts qui ne semblent pourtant être rien face à une ambiance fadasse généralisée et surtout un vrai problème de narration et de rythmique qui rend la majorité de leurs films nettement moins palpitants que là encore – comparaison inévitable – ceux de la société de John Lasseter.
Non content de suivre à la lettre un cahier des charges méritant décidemment d'être réécrit,
Madagascar souffre d'un réel et énorme manque de créativité. Si l'on pensait que
1001 Pattes et
Le monde de Némo avaient été outrageusement plagiés, nous étions encore bien loin du compte : bien que cette histoire de retour aux sources pour un quatuor improbable demeure un contexte inédit dans le genre, on n'aura de cesse de piquer les idées non seulement en interne (un petit animal avec des gros yeux attendrissants et finalement très dangereux, ça nous évoque rien ?) mais aussi et surtout chez les concurrents d'une manière assez éhontée puisque ce sont des pans entier de films à succès qui se retrouvent pompés ici. A commencer par
L'age de glace pour le prédateur carnivore restant une menace potentielle introduisant fatalement une séquence finale identique à celle du film de Chris Wedge, qui mettait en scène les tigres à dents de sabre. Ne parlons même pas de la chute du petit écureuil Scratt, reprise ici au plan près… Mais c'est également l'intrigue de
1001 Pattes qui saute aux yeux, avec son équipe de bras cassés arrivant au secours d'un peuple de lémuriens opprimés, et tout les quiproquos que cela peut engendrer. Une sensation de déjà vu qui s'étalera tout du long.
Faut il encore énumérer les nombreuses fautes de goûts du film ? Inutile puisque tout comme les productions précédentes l'humour reposera uniquement sur l'arrivée inopinée de nombreuses références musicales comme
What a wonderful world, Stayin' Alive, Boogie Wonderland, Hawai police d'etat, etc…(original) où seule la reprise de
I like to move it Move it de Real 2 Real par Sacha Baron Cohen (
Ali G) parviendra à nous arracher un sourire. Tout comme les références aux sauces internes comme
American Beauty et
Seul au monde – l'histoire a lieu sur… une île déserte ! - qui n'amuseront déjà plus personne dans les prochains mois et trahissent la facilité des créateurs préférant aller à la pêche aux clins d'œil plutôt de que développer le voyage initiatique de vrais/faux animaux sauvages promis dans la bande annonce et expédié ici en 10 minutes.
Outre un graphisme des plus sympathiques (le meilleur de Dreamworks) et un David Schiwimmer réellement hilarant dans la peau d'une girafe hypocondriaque tenant la tête haute à tout le reste du casting, nous ne retiendront finalement que de ce
Madagascar les trop rares séquences faisant intervenir les pingouins – les vrais héros du film - dont une arrivée en Antarctique totalement hilarante. Quelques qualités qui ne sauveront malheureusement pas une entreprise rongée par les vagues et des scénaristes qui passent à côté de leur sujet pour lui préférer un épisode léché de
La bande à Ovide. Venant de ceux qui ont juré la perte des dessins animés gnangnan, ça fait désordre !
Même si Mickey n'est plus de la partie, Pixar peut dormir sur ses deux oreilles…