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Marebito

La critique d'Excessif

3/5
marebito3dz2 L'HISTOIRE : Masuoka est obsédé par les phénomènes de peur : d’où provient-elle ? A quoi conduit-elle ? N’est-elle pas une forme de sagesse que l’homme aurait perdue ? Cameraman pour la télévision, il a filmé dans un couloir de métro le suicide particulièrement violent d’un homme dont le visage était marqué par une stupeur, un effroi indicible. Ces images l’obsèdent. Il revoit inlassablement la scène pour tenter de décrypter la peur, et traque dans les rues de Tokyo, caméra à la main, des indices, des éléments de compréhension. Ses recherches le conduisent à un monde souterrain, surnaturel et inquiétant.
Réalisé par Takashi Shimizu, à qui l’on doit déjà The Grudge, Marebito nous entraîne dans le délire d’un homme qui s’est lancé dans la quête de la terreur ultime, et sortira enfin le 03 Août prochain dans les salles.

Marebito (2004)
Réalisé par : Takashi Shimizu
Scénario : Chiaki Konaka
Avec : Shinya Tsukamoto, Mayashita Tomomi…
Sortie : 03 Août 2005

Masuoka est obsédé par les phénomènes de peur : d’où provient-elle ? A quoi conduit-elle ? N’est-elle pas une forme de sagesse que l’homme aurait perdue ? Cameraman pour la télévision, il a filmé dans un couloir de métro le suicide particulièrement violent d’un homme dont le visage était marqué par une stupeur, un effroi indicible. Ces images l’obsèdent. Il revoit inlassablement la scène pour tenter de décrypter la peur, et traque dans les rues de Tokyo, caméra à la main, des indices, des éléments de compréhension. Ses recherches le conduisent à un monde souterrain, surnaturel et inquiétant.


Juste avant de tourner The Grudge aux Etats-Unis, un remake de son propre film Ju-On, qui s’avérait plus épuré mais moins effrayant que l’original, Takashi Shimizu faisait un petit détour par le cinéma expérimental avec un film ovni, Marebito. Tourné en huit jours et entièrement réalisé en DV, Marebito nous plonge dans une atmosphère oppressante et malsaine à travers la quête de Masuoka, qui parcourt les bas-fonds de Tokyo, sa caméra à la main. Marqué par les images du suicide d’un homme, il cherche frénétiquement à comprendre ce qu’a vu le suicidé au moment de passer à l’acte, et finit par conclure que ce n’est peut-être pas la vision qui a provoqué la terreur, mais l’inverse. Obsédé par l’idée d’expérimenter à son tour ce stade ultime de la terreur, il part à la recherche du monde souterrain dont parlent les légendes urbaines et qui existerait sous la ville de Tokyo. Son univers bascule progressivement jusqu’à le déconnecter de son quotidien et du reste du monde.


Pourtant, Masuoka est en contact permanent avec le quotidien de la ville, qu’il filme tous les jours puisqu’il est cameraman pour la télévision. Certains des sujets qu’il filme traduisent la violence qui fait partie de la vie de tous les jours à Tokyo, des images qui sont destinées à être retransmises sur les ondes au même titre que les autres, dans l’indifférence générale. Le monde d’aujourd’hui a-t-il perdu le contrôle du flot d’images qui l’envahit ? Masuoka, lui, expérimente directement la perte de contrôle de celles qu’il a filmées lors de ce passage inquiétant où il se repasse inlassablement cette même scène de suicide et où à la énième vision le sujet change soudain de comportement, un moment de malaise qui ne manquera pas de rappeler la seule scène marquante de Ringu 2 (version japonaise) de Hideo Nakata. D’autre part, le début du film est presque entièrement vu à travers la caméra de Masuoka, mais bientôt une autre caméra s’insinue et filme ses faits et gestes. Masuoka est-il surveillé, ou bien s’est-il filmé lui-même sans le savoir ? Il semble que le point de vue qu’il a lui-même choisi d’adopter lui échappe.


Le monde mystérieux que découvre Masuoka s’inspire d’une légende urbaine japonaise qui prétend qu’il existerait sous la ville de Tokyo un réseau de souterrains où se terreraient des êtres surnaturels. Mais l’atmosphère de Marebito renvoie aussi à l’univers inquiétant de Howard Phillips Lovecraft, écrivain américain connu entre autres pour son célèbre mythe du Cthulhu, créature dont la seule vision provoque la perte de la raison. Dans l’œuvre de Lovecraft, nombre d’histoires racontent les tourments d’un homme qui va faire l’expérience de l’intrusion de créatures surnaturelles et effrayantes, extraterrestres ou sorties de mythes ancestraux, dans la banalité de son quotidien. Dans Marebito, titre qui se traduit d’ailleurs par « être venu d’ailleurs », l’existence de Masuoka bascule dès l’instant où il ouvre les portes du monde souterrain qui communique avec la ville de Tokyo, la frontière étant d’ailleurs extrêmement floue. Comme les personnages de Lovecraft, dès l’instant où Masuoka, dont la quête rappelle la recherche du Cthulhu, a pris conscience de cette réalité « autre » et de la cohabitation des deux mondes, aucun retour en arrière n’est possible.


Le réalisateur et acteur Shinya Tsukamoto (Tokyo Fist, Gemini, Tetsuo) était l’interprète idéal pour ce personnage plongé dans une autre perception de la réalité, qui désire et craint en même temps la terreur qu’il poursuit. Rappelons que certains films que Tsukamoto a lui-même réalisés montraient une face cachée de la ville de Tokyo, qu’il présentait sous son jour le plus infernal.
L’autre élément marquant du film réside dans la relation de Masuoka avec la jeune fille qu’il trouve dans cet enfer souterrain et qu’il emmène dans son appartement. Il croit voir en elle la clé de ses recherches et décide de la filmer avec sa webcam afin de l’observer à toute heure de la journée. Le choix de Mayashita Tomomi pour interpréter F s’avère judicieux, l’actrice ayant effectué un énorme travail sur sa façon de se mouvoir, afin de prendre des attitudes animales. Etrange, enfantine, parfois répugnante, F entretient des rapports vampiriques et ambigus avec Masuoka, qui tente de l’humaniser en la séquestrant chez lui. F est muette et déconnectée de la société des humains et son sort ne manquera pas d’évoquer l’affaire Caspar Hauser, un jeune garçon de 16 ans qui fut découvert au 19e siècle après avoir été élevé dans des cachots et qui fut par la suite assassiné, un mystère d’ailleurs cité au cours du film.


Contre toute attente, Marebito n’est pas réellement un film qui provoque la frousse. Loin de jouer sur les sursauts et effets de surprise, Shimizu installe habilement une ambiance dérangeante, visuelle comme sonore. La DV et les effets de caméra subjective s’avèrent être de bons choix puisqu’ils accentuent la sensation étouffante de manque de prise sur l’environnement. Le scénariste Chiaki Konaka, à qui l’on doit déjà les scénarii des séries Serial Experiment Lain et Texhnolyze, développe une trame qui empreinte des chemins extrêmement déroutants et parsème son récit de références intéressantes qui le démarquent totalement des films de fantômes japonais tels que l’on a pris l’habitude d’en voir depuis Ringu.

Plus qu’un film d’horreur, Marebito est un peu comme ce genre de cauchemars dans lesquels l’explosion horrifique n’arrive jamais vraiment, mais dans lesquels la tension omniprésente et l’attente de la terreur finissent par provoquer un réel malaise. Marebito est un film qui laisse une empreinte tenace de par la fascination, la perplexité et le dégoût qu’il suscite. Si l’on souhaite le meilleur à Takashi Shimizu dans sa carrière américaine entamée avec The Grudge, il faut espérer qu’il ne se laissera pas happer par le système hollywoodien et qu’il continuera aussi à nous faire d’autres œuvres aussi étonnantes que Marebito.

Retrouvez à cette occasion le test complet de Ju-On : The Grudge de Takashi Shimizu sorti en zone 1 en novembre dernier :

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