Deux futurs mariés, accompagnés de leur famille respective partent en bus, de Reykjavík, pour se marier. Le marié est le seul à savoir à peu près où se trouve l’église de campagne où doit avoir lieu la cérémonie. Du moins, il sait que son toit est rouge...Ce voyage interminable parmi les fjords va vite se transformer en règlement de compte familial.
MARIAGE A L'ISLANDAISEUn film de Valdís Óskarsdóttir
Avec Erlendur Eiríksson, Ágústa Eva Erlendsdóttir, Nína Dögg Filippusdóttir
Durée : 1h39
Le premier long métrage de Valdís Óskarsdóttir, jusqu’ici monteuse très demandée (Michel Gondry, Terrence Malick, Gus Van Sant...) s’inspire peut-être un peu trop ouvertement de l’esthétique "à l’os" du Dogme 95 danois, périmée depuis 2005. Caméra à l’épaule, éclairages naturels, improvisation...Tous les ingrédients et tics hérités de Lars Von Trier et Thomas Vintenberg (
Festen) sont là.

Tourné en sept jours,
Mariage à l'islandaise, cultive un style
lo-fi pas toujours heureux, basé sur le risque et la manipulation : Valdís Óskarsdóttir était la seule à avoir le synopsis complet, pendant le tournage, et pouvait ainsi espérer "surprendre" des réactions vraies chez ses acteurs, ballottés par les rebondissements que la cinéaste seule maîtrisait.
On rit quelque fois devant ce road-movie familial déjanté, qui rappelle parfois l’humour de Kusturica, festif et absurde comme une mariée qui fait pipi dans l’herbe. Mais malgré un montage nerveux,
Mariage à l'islandaise reste un film inégal, faute de véritable timing comique chez la réalisatrice.

L’aspect plus dramatique et humain du film peine également à convaincre, le récit étant sans cesse rendu hystérique par une réalisation plus fatigante dans sa pose que subtile ou même efficace dans sa charge émotionnelle – très limitée. On retiendra néanmoins une galerie de personnages torturés, croqués au scalpel : une mamie rebelle et fugueuse, un couple homo en plein doute, des hommes faibles et bagarreurs, des femmes déçues par leur mari... Et des histoires de coucheries à dormir debout. "Mais ils sont fous ces islandais !" semble nous dire Óskarsdóttir, sur le ton de l’autodérision. Gentiment corrosive.
Finalement, la vraie beauté du film réside dans ses paysages à l’exotisme dépouillé, quasi-kafkaïen : avec sa topologie bizarre, l’Islande ressemble à un fascinant labyrinthe à ciel ouvert, absurde, silencieux et désert. C’est le plus fascinant personnage d’un road-movie inégal, sorte de
Festen light, comme ramolli par le grand air.