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Matrix Reloaded

La critique d'Excessif

4/5
Affiche du film Matrix Reloaded L'HISTOIRE : Neo est enfin devenu l'Elu, celui par qui doit arriver la fin de la guerre. Mais il lui reste encore beaucoup de choses à faire avant cela, de nouveaux personnages faisant leur apparition et des anciens faisant leur retour, comme l'agent Smith désormais devenu la nemesis de Neo. Il lui faut donc retrouver au plus tôt l'Architecte, celui qui a créé la Matrix, car la ville de Zion est qui plus est sous la menace d'une attaque imminente et massive des machines !
Autant être clair dès le départ, The Matrix Reloaded est une déception. Trois ans après la révolution tant visuelle que cinématographique qu’a constitué Matrix , cette suite tant attendue est loin de répondre à toutes nos attentes. Au fur et à mesure que les images défilent et que l’histoire se met en place, nos ambitions s’étiolent à la vitesse grand V pour n’être finalement pas plus épaisses qu’une peau de chagrin en fin de vie. On s’accroche misérablement à ce qu’on a pu en dire avant, ou à ce qu’on a pu en voir dans la bande annonce. Souvenir ému du premier, un rebondissement savoureux et quelques scènes qui donnaient vraiment envie de s’y frotter...

Malheureusement même ces morceaux de bravoure numériques s’avèrent décevants. A bien y réfléchir on se demande même si le fait de faire une trilogie était bien la véritable ambition des frères Wachowski comme ils l'ont toujours clamé. Ils ont poussé tellement loin leur concept de départ, avec un scénario d’une grande richesse, que lorsqu’à la fin du premier épisode Neo peut modifier à souhait la matrice, on se dit qu’il est bien difficile d’envisager une suite avec un enjeu plus important et novateur. James Cameron avait su trouver la formule, d’un Alien il passait à des centaines, d’un T 800 il passait à un T 1000 ; les frères Wachowski, eux, passent d’un agent Smith à 100. Mais sortir de sa besace une flopée d’ennemis plus puissants, capables de rivaliser avec les nouveaux pouvoirs de l’élu, ne se montre absolument pas suffisant.



Les scénarii d’Aliens et de Terminator 2 apportaient un plus à l’intrigue. Dans Matrix Reloaded, ce n’est qu’un simple mot prononcé par Keanu Reeves, engoncé dans son cache poussière noir, qui sert de base à tout : "upgrade". Ce qu’après coup nous qualifierons plutôt de surenchère. Difficile en effet de s’accrocher à cette simple idée pour justifier deux heures dix huit de long métrage. Surenchère d’effets spéciaux insufflés dans une machine qui a bien du mal à démarrer, pour ensuite tourner à vide. Ce n'est pas la quantité industrielle de dialogues et monologues, absolument imbitables, distillés un peu partout dans le film, qui viennent étayer un tant soit peu la bâtisse Reloaded qui ne repose que sur les fondations du premier épisode. On n'y apprend pas grand-chose de nouveau ; un rebondissement dans le dernier quart d’heure et un cliffhanger (que Joel Silver qualifiait de si insupportable qu’il aurait motivé la sortie du troisième opus à simplement six mois d’intervalle pour ne pas trop faire souffrir un public aux abois) ne constituent qu’un pétard mouillé.



MATRIX RELOADED
Un film des frères Wachowski
Avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving, Monica Bellucci, Lambert Wilson, Jada Pinkett Smith, Daniel Bernhardt,Matt McColm, Harold Perrineau Jr., Harry Lennix, Stuart Wells
Durée : 2h18
Sortie : 16 Mai 2003

Alors que Zion est sur le point d’être attaqué par une armée composée de plus de 250 000 machines sentinelles, bien décidées à éradiquer une fois pour toute l’espèce humaine, Néo, Morpheus et Trinity retournent dans la matrice consulter l’oracle. Il est encore temps pour l’élu d’arrêter la guerre contre les machines.



Matrix Reloaded, en choisissant de surenchérir à de nombreux égards par rapport au premier, ne fait qu’accentuer ses défauts et échoue à insuffler un nouveau souffle à l'ensemble. Les moments où Morpheus expliquait à Neo la matrice, son rôle et son destin, pouvaient paraître parfois un peu longs, mais tellement nécessaires, voir indispensables pour l’enjeu même de l’histoire et de ses personnages. L’action démesurée qui en résultait n’était que l’expression visuelle de ce qui était dit, sans qu’on puisse douter une seule seconde de sa crédibilité.
Ces personnages enfin accomplis au terme du premier Matrix, n’ont plus grand-chose à nous apprendre et ne font qu’ergoter dans Matrix Reloaded, le film n’ayant comme enjeu qu’une hypothétique attaque de Zion par les machines, et qui ne sera pas présentée autrement que dans l’expectative, les véritables apports narratifs n’intervenant finalement que dans le quart d’heure de fin. En lieu et place d’un discours nourricier sur lequel nos attentes auraient pu s’articuler, se substitue tout un tas de considérations philosophiques, de réflexions posées, sur le pouvoir, la raison de tel ou tel choix, ou la quête de vérité, et auxquelles les frères Wachowski tentent d’apporter un semblant de réponse.



Le début du film, à l'instar d'X-Men 2, prend la forme d'une scène d’action qui non seulement démontre bien les progrès technologiques en matière d’effets spéciaux, mais aussi la volonté des deux frères de nous en mettre plein la vue. Mais cette technologie, bien que très impressionnante, n’est d’une part pas tout à fait au point, et d’autre part n’est aucunement justifiée ou argumentée comme étant indispensable à l’intrigue ou à un quelconque ressort dramatique. Et pour cause, il n’y en a pas, ou si peu… Entre deux "bullet time" en mouvement, les protagonistes se retrouvent autour d’une table, devant une tribune, un conseil ou une estrade pour palabrer. Neo est devenu une espèce de demi-dieu, vénéré par les gens de Zion. Cette atmosphère de vénération, d’admiration et même parfois de haine, en font un personnage à résonance biblique : cet aspect quasi-christique de Néo était déjà présent dans le premier volet de la trilogie, et devient carrément évident dans le second.

Alors oui, c’est l’occasion de découvrir Zion, magnifique décor aux inspirations multiples et variées de 50 ans de cinéma de science-fiction. Mais quand Morpheus monte à la tribune devant un parterre de fidèles, et prononce un discours au ras des pâquerettes comme le ferait le gourou d’une secte de seconde zone, on se pince pour ne pas rire. Non pas que Lawrence Fishburne ne soit pas convaincant, mais ce qu’il dit est si peu crédible dans le contexte établi qu’il en devient totalement risible. Et comme si cela ne suffisait pas, s’en suit une scène hallucinante où Neo et Trinity font l’amour en même temps que toute la salle, échauffée par les propos qui viennent d’être tenus (on leur annonce quand même qu’ils vont sûrement tous claquer, comme stimulus sexuel on a vu mieux). Cette foule, magnifiquement éclairée, se "lâche" (au ralenti la plupart du temps) sur fond de musique techno, dans une espèce de partouze soft (avec la volonté évidente des deux frères de ne pas filmer les comédiens nus, préférant y substituer des figurants en t-shirt mouillé) pendant trois bonnes minutes. C’est long, ça ne présente pas beaucoup d’intérêt, et on pourrait même parfois se croire dans le dernier clip de David Charvet (ce qui est quand même un comble).



On alterne ensuite les allers et retours entre la matrice et Zion, un peu comme entre rêve et réalité, pour finalement découvrir une troisième alternative. Les frères Wachowski brouillent si bien les cartes qu’on n'y comprend plus rien. Le film est construit comme une espèce de jeux vidéo non-interactif, et on passe de niveau en niveau sans trop comprendre le pourquoi du comment. Le milieu est l’occasion d’un affrontement épique, qui se distingue par son nombre de participants, sa durée, et par de nouveaux angles de caméra, mais qui encore une fois ne repose sur rien. La scène d’action finale aurait pu remporter tous les suffrages, tant dans sa conception que dans sa mise en forme généreuse… Mais coincée entre deux longs discours imbitables, elle n’est que le reflet du film tout entier : vide de sens.



Matrix Reloaded en tant que tel, est un film d’action pur et dur, qui tente pompeusement de se donner une justification philosophique ne reposant sur rien. Autant Matrix avait réussi ce pari de difficile d’habilement argumenter sa réflexion pour y introduire la démesure de l’action, autant Matrix Reloaded propose une orgie d’effets spéciaux qui ne repose que sur des redites insipides du premier, où visiblement les frères Wachowski avaient tout dit. Que faut-il attendre de Matrix Revolution ? On se gardera bien d’émettre le moindre avis à ce sujet, même si la bande annonce de ce troisième opus est déjà visible sur le net, tant celle du deux avait été vecteur de promesses non-tenues. Le plus paradoxal dans Matrix Reloaded, c’est que la scène qui nous a le plus marqué, le plus remué, on la doit à Lambert Wilson, tout simplement jouissif. C’est bien la seule excellente surprise de Matrix Reloaded.




NOTE IMPORTANTE : Ne partez pas trop vite de la salle de cinéma : à la fin du générique, vous trouverez la première bande-annonce de Matrix Revolutions, sur les écrans Novembre prochain !

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