Max, 15 ans, arrive dans un petit village Saint-Hilare à la recherche de son père, le célèbre Johnny Bigoude, avec lequel il partage la passion d’un instrument de musique original, le bigoude. Grâce à l’aide de Mme Doudou, l’institutrice du village, Max trouve un travail comme musicien d’ascenseur dans l’unique usine du village, Bzzz & Co, célèbre fabrique de tapettes à mouches dirigé par Rodolfo. Mais les affaires de Bzzz & Co ne vont pas pour le mieux et un savant fou venu de la maison mère décide de produire des mouches en quantité pour les relancer. Tout le village est alors mis en péril. Une seconde mission pour le jeune Max qui va devoir faire appel à la solidarité du village des habitants du village…
MAX & COUn film d’animation réalisé par Frederic et Samuel Guillaume
Avec les voix de Lorant Deutsch, Sanseverino, Virginie Efira…
Durée : 1h16
Date de sortie : 13 février 2008
Le film des Frères Guillaume est, du point de vue de l’histoire, d’une grande richesse tant de multiples thèmes s’y retrouvent. Il y a tout d’abord la quête initiale du jeune Max : retrouver son père qu’il idéalise comme c’est le cas dans un certain nombre de films sur des enfants orphelins. Ce père, qui est en fait en contact avec lui très tôt dans le film, se découvrira progressivement et il n’est pas sûr du tout qu’il réponde aux attentes de son fils. Là où cette seule quête aurait pu être l’unique thématique du film, elle se double de la confrontation entre un patron, Rodolfo, et les ouvriers de l’usine Bzz & Co, c’est-à-dire presque tous les habitants de Saint-Hilare, licenciés suite à l’intervention des grands chefs de la marque. Comment ne pas voir ici l’écho à des problèmes économiques et politiques très actuels de fermeture d’usines dans des régions de France où celles-ci fournissent leurs emplois aux habitants des environs ? D’autant que Saint-Hilare a tout du petit village du sud de la France bien que les scènes en extérieur aient été tournées en Suisse. Vous me direz qu’on n’a pas l’habitude voir aux actualités du soir ces fermetures d’usines dans le sud ; toujours est-il que ce problème est véritablement lié à un paysage qui a tout de français…

Avec cela, le portrait de Rodolfo est bien particulier puisque c’est un patron qui a hérité de l’usine par son père et qui, ne pensant qu’à s’amuser avec de jolies grenouilles en bikini, fait un bien mauvais patron, prompt devant l’appel de l’enrichissement mais absolument incompétent. Derrière lui se trouve toute une cohorte d’experts qui vont reprendre les choses en main et lui imposer le savant fou. Le savant fou est aussi un personnage très riche de ce point de vue puisque celui-ci manipule, on pourrait presque dire génétiquement, les mouches pour qu’elles soient plus nombreuses et plus grosses. Et voilà donc les questions sur les manipulations scientifiques et leurs dérives au service de l’enrichissement économique. Ce film est donc très moderne au regard des tout ce qu’il touche de polémique dans nos sociétés.
Cette modernité fait néanmoins contraste avec le village de Saint-Hilare et la représentation qui est donné du mode de vie des habitants, tout ce qu’il y a de plus traditionnel et de plus pittoresque. Les ouvriers se retrouvent au troquet du coin après le travail. Mme Doudou, l’institutrice à la retraite, modèle de bonté et de générosité, est reconnu est apprécié de tous, véritable pilier de cette petite communauté (ce qui était plutôt le cas au XXème siècle. Sam est un forain qui vit en marge de la société toujours à la recherche de sa subsistance par les moyens les plus inattendus. C’est donc un monde où modernité et vie quotidienne s’entrechoquent.
En général, tous ces personnages et ces situations se nourrissent à la fois de l’actualité et d’un certain nombre de références cinématographiques, comme par exemple le personnage de la chanteuse de cabaret sexy qui n’est pas sans faire penser à de grandes stars du cinéma classique. Parmi tout cela, le jeune Max mène sa barque, relève les défis et grandit, retrouvant son père et nouant des relations amoureuses, d’abord avec une chanteuse de cabaret très sexy qui se refuse à lui puis avec son amie Félicie, jeune fille de son âge. Il parcourt ainsi le chemin de l’amour commençant par désirer une image pour s’attacher à un être de chair et de sang. Tout au long du film, on voyage aussi entre des scènes dramatiques, des scènes d’action et un humour corrosif au service de la représentation de ce que ce petit monde a de moderne ou parfois de vieillot. Ainsi, l’orchestre d’ascenseur ou encore la représentation du patron qui n’épargne aucun de ses travers. Une telle richesse introduit parfois une légère confusion dans l’histoire tant le spectateur est happé par une grande quantité d’informations, à la fois sur l’histoire et son contexte. Car si le film commence par la quête du jeune héros, c’est loin d’être le seul fil conducteur du film. Et on se demande parfois où l’on veut nous mener mais cette sensation d’être perdu ne déplaira pas à tout le monde…

Venons en à l’originalité plastique du film, celui-ci est en effet réalisé à partir de figures en pâte à modeler sur des scènes filmées en extérieur. Mais ce film n’a néanmoins pas grand-chose à voir avec des films tels que
Chicken Run ou Wallace et Gromit et le mystère du lapin garou, et s’approche plus du Noël de Monsieur Jack de Tim Burton. Il est un objet très original, réalisé par des Suisses qui plus est (cocorico !), dans lequel les personnages sont extraordinairement vivants et expressifs, révélant une grande maîtrise technique à tous les niveaux de réalisation de l’image. De la même façon, rien n’a été laissé au hasard dans la réalisation de la bande sonore. Les personnages sont servis par des voix remarquablement bien choisies. Par exemple, Lorant Deutsch prête sa voix au jeune Max et le personnage du comédien concorde bien avec celui du héros. Les chansons, notamment celle de la chanteuse de cabaret, sont de bonne qualité mais toutefois peu nombreuses.
Gaëlle Grignon