L'HISTOIRE : Max est un garçon de neuf ans malicieux qui cherche l'attention des plus grands. Après avoir désobéit à sa mère et été puni par cette dernière, il s'enfuit de chez lui et débute une exploration qui le menèra sur une île étrange peuplée de créatures poilues et géantes : les Maximonstres. Le début d'une aventure dangeureuse et initiatique.
Une oeuvre céleste sur l'enfance et la fureur d'exister
Dès sa première oeuvre, Dans la peau de John Malkovich, Spike Jonze avait prouvé sa capacité à définir un univers singulier tout en procurant une empathie véritable pour ses personnages. Après Adaptation, où il retrouvait le scénariste Charlie Kaufman pour l'occasion, le cinéaste a cette fois adapté un roman écrit et illustré par Maurice Sendak en 1963 : Where the Wild Things Are. On y retrouve son monde bicéphale dont il sait équilibrer l'harmonie, entre réalisme de l'univers graphique et surréalisme des situations.
Il y a de la colère dans son regard. Une envie folle qu'on le remarque aussi. Max construit des igloos dans la rue et des cavernes dans sa chambre. Il détruit des souvenirs de sa soeur et supporte mal le manque d'attention de sa mère. Max a neuf ans et il est en révolte. Contre la loi des adultes, des plus grands, des plus forts. Il le fait avec une innocence rageuse, aboyant son abandon et son manque de repères parternels. Une nuit, fuyant son domicile dans son costume de loup, il va hurler à la lune en accostant sur un autre monde. Une île perdue et pourtant familière où habitent les Maximonstres, un peuple triste qui cherche un roi pour les unifier. Le début d'une aventure initiatique où le cinéaste mêle inquiétante étrangeté et pouvoir de l'imaginaire avec une gravité et une fantaisie qui rappelle l'autre réussite du même genre qu'est Le Secret de Térabithia.
Si le style de Spike Jonze est immédiatement reconnaissable, avec son traitement formel tout en mouvements mêlés de compositions de cadres et de ligne de fuite vertigineuses, Max et les Maximonstres ne serait rien sans la performance de son interprète principal, Max Records, qui hérite d'un rôle très physique. Déjà repéré dans Une arnaque presque parfaite, l'acteur âgé de douze ans est une des principales clés de la réussite du long-métrage. Féroce, sarcastique, rebelle, le jeune garçon libère une palette convaincante qui séduit dès les premières minutes avant que son exploration et la découverte d'un nouvel univers lui permettent de jouer sur d'autres nuances, plus subtiles, plus contenues. Autour de lui, les Maximonstres, géants de poils aussi tendres que violents, bénéficient des présences conjuguées de James Gondolfini (dans le rôle de Carol), Chris Cooper, Forest Whitaker ou encore Paul Dano. Du beau monde qui apportent un relief certain et une impacte vocale admirable aux protagonistes.
Dans Max et les Maximonstres, on passe d'un décor à l'autre, vagabondant dans une forêt aux arbres immenses avant de découvrir un désert de sable. Captant l'atmosphère de l'oeuvre originelle, Spike Jonze fait grandir son personnage en le mettant face à des créatures irresponsables et colériques. Max devient le leader d'un royaume enfantin où Carol apparait comme le double du jeune garçon. Affublé de ce monstre miroir et renaissant bientôt du ventre de sa mère d'adoption (une scène adroitement symbolique), l'enfant qui voulait être roi en termine avec sa quête initiatique. Le dernier échange de regards silencieux entre Max et sa mère (Catherine Keener, muse du réalisateur) en dit long sur la faculté du film à exprimer une émotion latente en très peu de choses. Cette énergie est certainement relative à la mise en scène aérienne du réalisateur mais surtout à la direction d'acteurs.
Pourtant, le cinéaste ne peut éviter un léger problème de rythme, né d'un scénario hybride qui ne donne pas d'intentions claires et reflète parfois une impression de répétition. D'autre part, l'utilisation de la partition originale agit comme un lien un peu trop évident entre deux séquences, servant plus de prétexte sonore que d'une illustration immersive et salvatrice. Heureusement, Carter Burwell (avec l'aide de Karen 0, chanteuse des Yeah Yeah Yeahs) parvient à jouer sur des sections de cordes harmonieuses qui confèrent à l'oeuvre une tonalité en lévitation, contrastant avec le remue ménage émanant du jeune héros.
Max et les Maximonstres s'adresse à tous : aux chérubins qui s'ennuieront peut-être s'ils ne sont pas auparavant effrayés par ces grosses têtes cornues et à leurs parents, qui iront puiser dans des souvenirs enfouis. C'est avant tout est une oeuvre céleste sur l'enfance et la fureur d'exister.
Par Nicolas Schiavi
Carter Burwell et Karen O, chanteuse des Yeah Yeah Yeahs associent leurs talents musicaux pour Max et les Maximonstres, entre rock aérien et mélodies enfantines.