L'HISTOIRE : Max Payne, un inspecteur du département des affaires non-classées, a vu sa vie se briser le jour où sa femme et son bébé ont été assassinés par des camés sous le coup d'une nouvelle drogue, la Valkyr. Devenu depuis un flic froid et monolithique, il cherche à éradiquer de sa ville la présence de ce fléau quand il est mêlé au meurtre de Natasha Sax, une prostituée slave et consommatrice de Valkyr. Approché par sa soeur Mona qui cherche à se venger, ils se rendent compte que tous deux ont en fait le même ennemi en commun : Jack Lupino, un chef de gang psychotique, dealer de drogue et croyant dur comme fer à la fin du monde...
Que tous les néophytes se rassurent : Max Payne le film est tout à fait abordable pour tous ceux qui souhaiteraient passer un bon moment de ciné gentiment hard boiled. Pas besoin d’avoir pratiqué des heures durant l’un des épisodes distribués sur les consoles grand public pour pouvoir profiter du divertissement. L’immersion dans l’univers noir se fera d’elle-même, bien que, il faut le reconnaître, le caractère anxiogène du New York décrit dans la trame n’est pas des plus accueillants. Pourtant c’est avec une joie surprenante que l’on se prend de curiosité pour cette intrigue mêlant officier retors, toxicos craignos et stryges monstrueuses. Passion d’autant plus curieuse que l’enquête démarre sur les chapeaux de roues et qu’on ne nous laissera apprécier qu’après une bonne heure le vrai Max, celui qui vivait avant que la haine et la vendetta deviennent ses moteurs instinctifs. Plus ou moins contraint de se plonger dans un microcosme dans lequel la seule sympathie vient d’une camée vénéneuse, d’un co-équipier crasseux ou d’un ancien mentor faux-cul, on ne pourra qu’être surpris de commencer réellement à s’attacher à notre héros aussi expressif que des barreaux de prisons. Un personnage inexpressif au possible que l’assassinat de sa famille aura rendu encore plus froid et antipathique… Improbable alors de devoir suivre un anti-héros détestable qui n’hésite jamais à outrepasser la loi pour arriver à ses fins : quête vengeresse désespérée, les motivations caricaturales de Payne se verront incarner à merveille par un Mark Wahlberg qui prouve encore une fois à quel point il est un de ces acteurs sous-employés qui méritent un peu plus d’affection. D’ailleurs, c’est sans doute l’infime humanité qui traîne chez Wahlberg qui finit par être attachante dans un personnage construit comme la brute absolue et qui est défini par les bad guys eux mêmes comme « le pire »…
Fasciné par l’interprète, qui profite d’une courte réplique entre deux lynchages où, envieux face à un cadre familial, il nous dévoile toute la pureté qui fit place au calvaire haineux, on ne pourra que se laisser emporter dans cette enquête paradoxalement hermétique. Énigmatique jusqu’au bout pour ceux qui ne la connaissent pas déjà de par le jeu, l’intrigue perdra malheureusement beaucoup de crédibilité lorsque les révélations se feront une à une. Déception d’autant plus étrange que l’on aurait presque souhaité que ce brave vengeur ne retrouve jamais les responsables de la peine qu’il endure pour nous laisser l’opportunité de le voir se morfondre dans ses interrogatoires musclées et exutoires. Car finalement c’est plus l’image de cette teigne censée représenter la loi dans un univers corrompu et babylonien, véritable ange exterminateur, qui plaît… Et cela, John Moore l’a bien compris et en fait son mobile de mise en scène. Bien plus que raconter une histoire, il semble évident que ce qui intéresse le réalisateur de Le Vol du Phoenix et du remake de la Malédiction, c’est de construire une véritable galerie d’images d’Épinal dédiées au justicier maudit. Délaissant l’hystérie de l’action elle-même pour se consacrer à la peinture de tableaux tous plus incroyables les uns que les autres, il ne lésine sur aucun recours pour nous offrir des plans évoquant beaucoup plus le meilleur du graphic novel américain que les rappels à un univers virtuel pour gamers. Il enchaîne ainsi, avec une maestria plutôt surprenante, les cases et les postures iconographiques, n’hésitant pas à discréditer la cohérence de l’univers mis en place pour arriver à ses fins. Besoin de neige dans une scène et de pluie dans la suivante pour les besoins de deux constructions phénoménales ? Pas de problème ! Non respect des stigmates physiques du héros d’une séquence à l’autre ? Aucun souci ! Moore amorce suffisamment ses plans pour que le spectateur se laisse hypnotiser par l’illustration, celui-ci acceptant volontiers au fur et à mesure que Max Payne se révèle plus un bon comic book qu’une histoire à prendre au sérieux. Chaque rebondissement apparaît soudain beaucoup plus comme le nouvel épisode d’un fascicule hebdomadaire qu’un réel point important.
Lorgnant plus du côté de Sin City pour son ambiance et dans l’usage d’un univers virtuellement modifié, Max Payne risque malheureusement de se voir mettre dans le même bac que Constantine qui délaissait la noirceur d’Hellblazer dessiné pour couvrir une plus grande tranche de spectateurs. Totalement inoffensif malgré un fond à la puissance jouissive et véritablement entraînante, le film de Moore s’engouffrera dans un dédale de passages obligés pour ne pas trop désappointer les fans sceptiques et ne pas décontenancer les spectateurs non-initiés. Ainsi, si la présence des fameux Bullet time était apparemment indispensable car élément intégrant du gameplay, le procédé souffre d’un regard externe puisque s’apparentant plus à un cliché et à un artifice mal employé qu’à un élément justifié. D’autant plus lorsque Moore se sert majestueusement d’un ralenti lors d’un face à face inter-flics pour insister sur cette seconde durant laquelle les règles vont s’inverser… Élément déplaisant donc, tout comme les flashbacks étrangement mièvres et vulgairement esthétisants, alors même que le réalisateur nous fait savourer son réel sens de l’Esthétique dans le présent narratif. Vous l’aurez donc compris, Max Payne se regarde avec un plaisir certain, mais pêche par un scénario pas à la hauteur d’univers potentiellement dantesque. Un défaut absolument pas surprenant puisque l’histoire fut écrite par un certain Beau Thorne dont c’était le premier essai puisque à peine sorti de l’école… Une semi déception seulement vu la foule de points positifs que transporte le film dans ses bagages, mais reste ce petit goût amer d’être passé à côté de quelque chose de fort et mature, à l’image de ce plan final à la sobriété surprenante et affolante.
Florent KretzLes chiffres du box-office n'ont pas vraiment parlé en faveur de Max Payne, adaptation du jeu vidéo attendue par une horde de fans. Avec 350 000 spectateurs et 40 millions de dollars engrangés aux ...