Richard Linklater est plus connu pour son diptyque romantique
Before Sunrise /
Before Sunset qui a fait sa renommée. Avec
Me And Orson Welles (d’après le roman de Robert Kaplow), il réunit le chouchou des teenage girls,
Zac Efron et
Claire Danes, ancienne étoile filante du cinéma américain qui a eu bien du mal à négocier sa carrière. Mais la révélation de ce long-métrage, c’est assurément
Christian McKay qui endosse le costume du citizen Welles avec délectation.
ME AND ORSON WELLESUn film de Richard Linklater
Avec Zac Efron, Claire Danes, Christian McKay
Durée : 1h47
Richard Samuels, pas encore dix huit ans, parvient à se faire engager par Orson Welles qui cherche un jeune acteur chanteur pour interpréter Lucius dans son adaptation de Jules César au théâtre Mercury à Broadway. Le jeune homme y rencontre Sonja prête à tout pour grimper les échelons socioprofessionnels. Au contact du futur réalisateur de Citizen Kane et La Splendeur des Amberson, le jeune homme va beaucoup apprendre avant de déchanter. Embarquant dans le New-York de la fin des années 30, la direction artistique de
Me And Orson Welles est un sans faute qui nous replonge habilement dans une Amérique pré-conflit mondial, à l’aune d’un bouleversement dont elle allait être un acteur principal. A travers l’adaptation singulière de Jules César par un des génies artistiques du 20ème siècle, le film évoque grandement la montée du nazisme. Cet arrière-plan imposant permet d’appréhender la légende Welles sous toutes ses formes, lui qui est resté souvent incompris par le public de son époque.
Christian McKay défend chèrement la peau du visionnaire, lui conférant la fureur des grands leaders et l’intelligence du regard. La tâche n’était pas aisée et si l’acteur ne frise jamais la caricature, c’est également grâce au jeu de la vérité et du mensonge délivré par le scénario. Tantôt exécrable, tantôt docile mais toujours manipulateur, Orson Welles apparaît comme un jeune homme à la personnalité hors du commun, dévorant les autres par son charisme et sa voix, minorant ses collègues par la terreur et son intelligence. La palette est riche et chaque séquence en révèle toujours plus (donc toujours moins) sur ce personnage insaisissable.
A ses côtés,
Zac Efron (moins lisse que dans la série des
High School Musical),
Claire Danes (pimpante) et une galerie de personnages secondaires caractérisés avec soin permettent au long-métrage de gagner en intensité et en pudeur. De Kelly Reilly à
Ben Chaplin, la troupe du Mercury semble renaître le temps d’un film.
Me And Orson Welles devient une œuvre qui se fait avocate de la liberté d’expression, du désir indescriptible de création sous toutes ses formes. La construction rythmique irréprochable suffit à emporter le cinéphile dans une valse initiatique. Le passage à l’âge adulte de Richard se crée dans le plaisir de jouer et se termine dans la douleur de l’abandon. Entre les deux, comme une tragédie shakespearienne, il y aura eu une guerre sans merci où les mots et les égos auront chamboulé ses fondements.