L'HISTOIRE : Raphaël Jullian exerce la profession de nègre. Sa vie professionnelle et sentimentale bascule lorsqu'il est amené à rédiger l'autobiographie d'un footballeur professionnel qui sort avec un amour de jeunesse
un film des plus agréable et merveilleusement bien orchestré
Il s'agit là du premier long-métrage de Laurent Tirard et force est de constater que le jeune réalisateur fait preuve d'une efficacité certaine pour la comédie. Si quelques imperfections sont notables (Tirard ne parvient pas toujours à échapper à quelques clichés), elles ne plombent absolument pas l'ensemble qui fonctionne remarquablement bien.
Le rythme de narration est soutenu sans être excessivement rapide comme trop souvent aujourd'hui dans les films étiquetés ‘'comédie''. Ici, le spectateur a droit à un enchaînement régulier de scènes hilarantes, plus par les dialogues incroyablement bien pensés que par des gags à répétition. La finesse des dialogues mérite d'ailleurs que l'on s'y attarde plus longuement. Ils sont parfois, et même souvent, d'une pertinence rare, révélant au spectateur la nature véritable, pas si caricaturale que ça, des rapports humains. Les détails les plus insignifiants, de prime abord, de la vie quotidienne, sont ici minutieusement disséqués, autopsiés, puis analysés par Tirard à travers le regard de son personnage principal, Raphaël. Personnage joué par un Edouard Baer forcément à son aise lorsque l'on connaît un peu le bonhomme.

Il ne serait d'ailleurs pas étonnant que l'ami Edouard ait apporté sa touche personnelle à certains passages du script, tant l'humour dont fait preuve le scénario se rapproche de celui de l'acteur. A tel point que tout autre pour jouer le rôle de Raphaël eut été moins crédible, car ne joue pas qui veut un personnage aussi élégant dans le cynisme, pathétique dans la vulnérabilité, à l'humour décalé teinté de pessimisme sur soi et ses contemporains. Raphaël se considère comme un ‘'raté'', mais cette lucidité qu'il s'impose envers lui même n'est que le reflet de sa frustration. Car le spectateur remarque bien vite qu'un homme aussi intelligent n'est pas un raté mais plutôt un homme frustré. Frustré de ne pas avoir le courage de se lancer comme écrivain, frustré de ne pouvoir aimer (à tel point qu'il refuse d'admettre l'existence de ce sentiment), frustré enfin de ne pouvoir venir en aide à ses rares amis, qu'il considère aussi comme des ratés.
Comme souvent, la solution à tous les problèmes de notre héros se matérialisera sous les traits d'une femme. Sauf que cet empoté de Raphaël se compliquera la tâche (pour notre plus grand bonheur il faut l'admettre) en se trompant de muse. La dulcinée qui donnera un sens à sa vie n'est pas celle qu'il croit, aveuglé et trompé par une passion, d'ailleurs frustration (nous y revoilà), remontant à l'adolescence. Or, passion et amour ne revêtent pas forcément les mêmes traits. Le spectateur assiste donc à ses pérégrinations, entre Muriel (sa petite amie) et Claire (son amour de fac), le tout relevé et compliqué par la présence de Kevin (le footeux) et de ses deux amis Jeff (Eric Berger, Tanguy !) et Max.
Tirlat jongle intelligemment entre les différents interlocuteurs de Raphaël, chacun d'entre eux pourvu d'une personnalité très particulière et indispensable au comique d'ensemble du film. Car, outre les vérités sur la nature humaine, toutes plus tordantes les unes que les autres, assénées tout du long, le scénario trouve sa cohérence dans les rapports qu'entretient Raphaël avec chacun des personnages secondaires. Toute l'intrigue du film réside dans ces rapports, sans lesquels ce long-métrage ne serait qu'un manuel de leçons plus ou moins (plus que moins quand même) réussi sur la vie en société et ses hypocrisies. Les deux personnages féminins représentent la quête de Raphaël de la relation idéale ; le footballeur dont il écrit l'autobiographie cristallise tout ce que Raphaël n'aime pas chez un homme (virilité exacerbée, grande gueule, frimeur) mais se pose aussi comme un obstacle entre lui et Claire ; ses deux amis enfin, semblent lui servir de réserve de remise en question, dans laquelle il puise lorsqu'il doute, mais qui finalement lui sert de prétexte pour ne pas changer, car il se dit qu'il y a pire que lui.

Laurent TITY
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