La critique d'Excessif

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metropia.jpg L'HISTOIRE : Dans une banlieue de Stockholm, dans un futur proche. Les souterrains européens sont reliés par un gigantesque métro. Roger évite de prendre le métro. il a l'impression que ses faits et gestes sont contrôlés, entend dans sa tête la voix d'un étranger... Pensant être victime d'une machination, il demande de l'aide à une jeune mannequin, Nina.
Un rêve dans le rêve en noir et blanc, sans espoir ni douleur.
En 2024, alors que l’Europe est parcourue par un système de métro ultra-rapide construit par la firme Trexx, l'employé d'un centre d'appels téléphoniques de Stockholm arrive dans une station de métro et entend des voix étranges dans sa tête. Peu de temps après, il rencontre Nina, une femme blonde qui vante les mérites du shampoing, et se rend compte qu'il est impliqué dans une conspiration contre la multinationale au pouvoir.


Metropia est un film d’animation suédois qui ne ressemble à rien de connu, même s’il explore un sujet rebattu au cinéma (les fantasmes autour de la théorie du complot). Ce qui le distingue des autres, c’est son esthétique qui mélange des marionnettes en 2D et des décors en 3D, dans le sillage des Têtes à claques. Cette technique est basée sur un travail de photomontage rendu possible par Cut Out via Adobe After Effects. Il ne faut pas s’étonner si Anna, la petite amie du personnage principal, a des airs de ressemblance avec l’actrice américaine Rosario Dawson – les créateurs ont simplement pris une photo d’elle. Les personnages animés paraissent humains même si leurs yeux et leurs crânes semblent anormalement grands, comme si on les voyait dans un miroir déformant. Le casting contribue à la singularité du projet : Vincent Gallo, Juliette Lewis, Stellan Skarsgard et son fils prêtent leurs voix. Udo Kier a remplacé au dernier moment Max Von Sydow dont la voix gutturale guidait dans Europa, de Lars Von Trier. L’autre idée forte, c’est l’interconnexion des métros comme un réseau souterrain tentaculaire qui relie toutes les capitales d’Europe. Mais cette invention qui modifie le mode de vie fonctionne à double tranchant et reste la propriété d’une multinationale qui fabrique un shampoing pénétrant dans le cerveau, permettant de lire les pensées des consommateurs pour les transformer en moutons de Panurge. Les éléments les plus familiers et triviaux, comme le poste de télévision, permettent de surveiller les agissements des contemporains jusque dans leur intimité.

De manière plus générale, cet univers futuriste sert d’écrin à un récit paranoïaque où chaque événement est fait pour que l’on pense que le personnage principal travestit mentalement et involontairement la réalité. En réalité, c’est le monde autour de lui qui s’effondre. Pour donner des balises, on est proche au départ de Substance mort, de Philip K. Dick (la plongée hallucinée dans la tête d’un homme) voire de l’illogisme Kafkaïen, avant de continuer vers Brazil, de Terry Gilliam (le combat d’un homme seul contre tous). C’est une vision épurée du monde qui reste à hauteur d’être humain, sans robot ni intelligence artificielle et qui ne cherche pas à assombrir inutilement le trait. L’intrigue, écrite par Stig Larsson, l'auteur de la trilogie Millennium, avant son décès en 2004, brasse sur un rythme anti-spectaculaire des thèmes complexes sur l’identité, allant au-delà du constat de la déshumanisation de la société et de la mainmise commerciale de la publicité. En opposition au personnage principal, il y a ceux qui détiennent le pouvoir parce qu’ils en ont le droit et le devoir. En pleine crise économique et énergétique, l’avancée prodigieuse de la technologie moderne ne représente qu’un outil fonctionnel favorisant l’accès aux plus hautes responsabilités même si elle n’apporte aucune réponse au pyrrhonisme ambiant. Au lieu de se rapprocher, les gens tendent à s’éloigner et l’on peut voir ça dès aujourd’hui à travers le téléphone portable et Internet.

 


Tarik Saleh a commencé comme documentariste avant de finaliser Metropia pendant six ans. Entre temps, il a vu l’évolution du monde pour converger vers une représentation possible du futur à l’imparfait. Après l’avoir terminé, il a relu 1984, de George Orwell et s’est rendu compte que la peur d’une entité dictatoriale s’est transformée en un demi-siècle en une peur de s’assumer soi-même. Son approche se situe aux antipodes de la pensée cartésienne, notamment dans son refus du manichéisme. L'homme a beau être désigné comme un générateur de déséquilibres, il est aussi une somme indissociable de défauts et de qualités. C’est pourquoi Metropia est si incarné et bouleversant jusque dans ce qu’il raconte de manière accessoire comme cette histoire d’amour émaillée de détails poignants et de phrases murmurées («Je me rends compte que j’ai plus besoin de toi que tu n’as besoin de moi»). Au-delà de la simple technique, l'animation remplit véritablement sa fonction en donnant vie aux personnages au point d'établir entre eux et le spectateur une affection durable. Au départ écorce vide, le héros finit dans la complétude, même s’il demeure quelques ambiguïtés. Dans l'ensemble, Metropia donne l’impression d’écouter un long morceau de trip-hop lancinant et mélancolique, perturbé par la noirceur, avançant avec le doute du lendemain. Le plan final, d’un romantisme inouï, montre au sens propre une effusion d’amour jaillissant du cœur des hommes et se révèle aussi apaisant qu’un rayon de soleil après la pluie.

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