L'HISTOIRE :
On suit dans un premier temps Aldrin, un jeune passionné d'astronomie. Son père Jekhide, incarne idéalement la caricature du promoteur bourré d'ambition au point de sacrifier sa vie de famille et l'éducation de son petit garçon. Son ex-femme météorologue est la plupart du temps à l'autre bout du monde pour les besoins de son travail. C'est naturellement que le petit Aldrin se réfugie dans les étoiles grâce à son télescope, sentant que ses deux parents se consacrent plus à leur carrière professionnelle qu'à lui. C'est alors que Jekhide est sur le point de concrétiser le projet industriel pour lequel il a tout sacrifié : un vaste complexe hôtelier de luxe au cœur de la forêt équatorial. Afin de conclure l'onéreux contrat avec la poignée de riches investisseurs venus des quatre coins du monde, il est contraint et forcé de leur faire une visite du chantier.
D'emblée on est transporté par cette histoire aux confluences des genres, entre fantastique, aventure et fable écologique. Mais c'est surtout le parti pris esthétique qui s'imprime sur nos rétines. Tout comme il l'avait fait avec La Prophétie des Grenouilles, Girerd délivre une esthétique singulière et très personnelle. Les décors détonnent, devenant de véritables tableaux d'un pictorialisme rappelant Dufy, Cézanne, voire le Douanier Rousseau. Mais le réalisateur a su se détacher des maîtres classiques pour cultiver un style personnel et unique, où les décors des villes dépouillés et froids jurent avec la somptueuse forêt foisonnante de couleurs et de vie. L'utilisation de l'informatique est très présente surtout dans la dernière demi-heure qui est un feu d'artifice avec une immense séquence d'enfer sur terre. L'ordinateur est un véritable catalyseur du spectaculaire, ce qui n'aurait pas été possible avec des méthodes 2D traditionnelles. Et c'est avec une minutie d'orfèvre que Girerd a soigneusement mis en scène les effets numériques de manière discrète pour obtenir un rendu final le plus harmonieux qu'il soit. Mis à part deux à trois animations de véhicules comme les hélicoptères qui détonnent, la prouesse et la cohérence esthétique restent indiscutables. Les aficionados d'animation seront comblés par un final dantesque qui reste du jamais vu pour un film d'animation français. Le défi technique se marie à merveille avec la poésie et le lyrisme des images. Un vrai régal qui réjouira les mirettes, mais aussi le cœur d'un large public.
Et le Migou dans tout cela ? Dans le plus pur esprit poétique, ce personnage totalement fantastique incarne idéalement l'esprit de la forêt. Un être polymorphe, proche d'un golem, mais sans l'être véritablement. Il peut prendre l'aspect d'un géant ou d'un petit bonhomme tout rond fidèle à l'esprit des illustrations des livres pour enfants. À la fois minérale, végétale et animale, sa nature est fluctuante et indéterminée, ce qui lui confère une fantaisie des plus malléables entre les mains de son conteur. Un "monstre" paradoxalement très attachant qui ne cherche qu'une chose : maintenir l'équilibre si fragile de la forêt tropicale.
Malgré toute cette magie, certains passages peuvent paraître trop lourds pour un public mature. La faute en est à des dialogues explicatifs qui plombent l'harmonie et la justesse de ton. Certaines séquences trop didactiques enlèvent une partie d'humanité et de sincérité aux personnages, expliquant trop les enjeux dramatiques et écologiques. Très ponctuelles, elles font retomber le rythme du film et l'intensité émotionnelle. Pour autant, on ne serait en tenir rigueur devant tant de qualités et devant la magie qui se dégage de Mia et le Migou. Jacques-Rémy Girerd a su idéalement transcrire dans son film d'animation toutes les petites choses qui constituent la vie, tant dans sa beauté que sa cruauté. Mia et le Migou met à l'honneur le cinéma d'animation français et signe le retour du talentueux Jacques-Rémy Girerd. Le réalisateur du merveilleux La Prophétie des Grenouilles qui avait totalisé plus ...