Compte tenu de l'accueil chaleureux que
Midnight My Love avait reçu lors de sa présentation au dernier Festival du Film Asiatique de Deauville, le voir récompensé du Lotus du meilleur scénario était loin d'être une surprise. Ce long métrage de Kongdej Jaturantasmee nous conte une histoire d'amour touchante entre deux âmes seules en quête de rédemption. Une belle réussite qui vaut aussi pour son ambiance urbaine captivante.
MIDNIGHT MY LOVEUn film de Kongdej Jaturantasmee
Avec Petchtai Wongkamlao, Waranuch Wongsawad, Lung Ueau, Parinda Pinitchana, Ratsant Srisiriyaporn
Durée : 1h45
Sortie : IndéterminéeBati, un quarantenaire introverti, exerce le métier de chauffeur de taxi à Bangkok. Un soir, il prend dans son véhicule un groupe de prostituées et se sent immédiatement attiré par l'une d'entre elles, Nual. Cette dernière prendra l'habitude de monter tous les soirs après son travail dans le taxi de Bati pour rentrer chez elle.Midnight My Love nous emmène dans les rues de Bangkok en compagnie de Bati (Petchtaï Wongkamlao), un chauffeur de taxi quarantenaire introverti et hanté par son passé. Lors de ses errances nocturnes dans la capitale thaïlandaise, seule la musique passée de mode qu'il écoute sur son poste de radio lui apporte un semblant de réconfort. Les clients s'enchaînent à l'arrière de son véhicule, comme pour le mettre en face de son extrême solitude, jusqu'à ce qu'une lumière vienne éclairer son existence en la personne de Nual (Waranuch Wongsawad). Jeune prostituée, celle-ci ne s'apitoie nullement sur son propre sort et semble même l'accepter avec courage et détermination, tout en nourrissant l'espoir d'une vie meilleure. Appartenant à la classe la plus défavorisée de la société, Bati et Nual sont constamment menacés d'être broyés par la ville. Chacun vient combler le vide émotionnel de l'autre, lui apporter la chaleur humaine qui lui a toujours été refusée, ce qu'évoquent à merveille les plans sur le parking vide dans lequel ils se retrouvent tous les soirs.

Plus qu'un simple décor, la ville s'apparente à un véritable personnage du film, révélant progressivement ses vices cachés, sa cruauté. Pour Bati, qui a déjà séjourné en prison, un mauvais tournant peut soudainement tout faire basculer, le mener vers un chemin qu'il ne souhaite pas emprunter. L'être humain a-t-il réellement son libre arbitre quand la violence et la traîtrise sont susceptibles de surgir à chaque coin de rue ? La ville comporte ses pièges, elle est révélatrice des perversions de la nature humaine. Les oasis apparaissent elles aussi là où on ne les attend pas : sur les marches d'un MacDonald's, sur une chaise à l'écart de la piste d'un nightclub bondé.
Midnight My Love ne semble pas obéir à un schéma préétabli et on se laisse volontiers porter par ce film imprévisible à l'atmosphère envoûtante. Cette ambiance, on la doit à la réalisation classieuse de Kongdej Jaturantasmee mais aussi au travail remarquable des directeurs de la photographie Sayombhu Mukdeeprom et Marisa, qui nous livrent une esthétique inspirée, jamais tape-à-l'oeil. Si le rythme d'ensemble paraîtra plutôt lent, les scènes s'enchaînent avec une grande fluidité et la narration est entrecoupée d'extraits d'un
soap-opera vieillot tout droit sorti de l'imagination de Bati. Ce feuilleton intérieur qui le met en scène avec Nual introduit non seulement un humour bienvenu mais évite aussi du même coup à l'histoire d'amour de sombrer dans le mélodrame. Le récit est par ailleurs ponctué d'explosions de violence qui font l’effet de véritables coups de marteau, comme pour marquer le brusque retour à la dure réalité du monde.
Tous deux nominés aux
Thaïland National Film Awards, les interprètes principaux participent beaucoup au charme unique de
Midnight My Love. Petchtai "Mum Jokmok" Wongkamlao, que l'on avait l'habitude de voir dans des rôles comiques (de
Ong Bak à
L'Honneur du Dragon en passant par l'improbable
Killer Tattoo), change ici radicalement de registre et s'avère extraordinairement convaincant dans le rôle de ce chauffeur de taxi tourmenté, timide, parfois enfantin. L'acteur porte le film sur ses épaules et parvient à faire passer les émotions de son personnage avec une finesse que l'on était loin d'attendre du bouffon de
Ong Bak. Autre révélation, la comédienne Waranuch Wongsawad irradie le film de sa présence à la fois angélique et charismatique, affirmant la détermination de Nual tout en apportant juste ce qu'il faut de douceur et de fragilité.
Avec
Midnight My Love, Kongdej Jaturantasmee nous livre une œuvre mélancolique et profonde dont la trame romantique est non seulement agrémentée d'un soupçon de fantaisie mais aussi intelligemment enrichie d'une réflexion existentielle sur les injustices de la vie et sur le rapport de l'être humain à ses perversions profondes. Une très bonne surprise qui vient prouver une fois de plus le dynamisme et la diversité du cinéma thaïlandais.