Dans la capitale argentine, au gré des rencontres, des attentes et des questionnements des uns et des autres, les destins s’entremêlent et changent. Une jeune mère cherche à refaire sa vie alors que son ancien ami et père de sa fille ne l’accepte pas. Une orpheline vient travailler à Buenos Aires pour oublier et rencontre un fabricant de cendriers artisanaux, bien trop proche d’une mère accaparante. Tandis qu’un jeune couple cherche désespérément à avoir un enfant dans le même temps, c’est tout un pays qui se raconte sous l’œil bienveillant d’un cinéaste talentueux.
MIENTRAS TANTO (Pendant ce temps…)Un film de Diego Lerman
Avec Valeria Bertucelli, Maria Merlino, Claudio Quinteros, Marilu Marini, Sergio Boris
Durée : 1h30
Date de sortie : 29 août 2007
Nouvelle preuve de la santé du cinéma argentin,
Mientras Tanto place le jeune Diego Lerman à la suite de Carlos Sorin (El Camino del San Diego) et Adrian Caetano (
Bolivia, Buenos Aires 1977) au rang des cinéastes qui conquièrent ces temps-ci nos écrans à notre plus grand profit. C’est par conséquent avec envie que l’on recommandera aux amateurs comme aux plus curieux de découvrir ce métrage singulier et engageant, le second long de son auteur après
Tan de repente.
Membre de la jeune garde, ce trentenaire réalise en effet avec
Pendant ce temps… une comédie dramatique très réussie entre film choral, drame social et comédie de mœurs. Subtil, habilement orchestré et justement porté par un casting, ce second film du cinéaste parvient à parfaitement combiner toutes les nuances et richesses du genre. Ainsi,
Mientras Tanto nous livre une réflexion sur le temps et son rapport à l’Amour dans l’Argentine contemporaine, tout en n’ayant nullement peur de mêler le trivial à l’artificiel. Cela sans craindre de montrer l’obscurité la plus cachée des êtres, dans leur plus profonde sincérité : Celle qui ne se dévoile qu’une fois que les nerfs de tous auront craqué.
Sorte de
Short Cuts à la mode albiceleste, on suit dès lors avec de plus en plus de curiosité, la cohorte de personnages de
Mientras tanto dans l’entrecroisement imprévisible des situations que Diego Lerman compose. L’un des hommes cherche à reconquérir son ex-femme et sa fille pour goûter à l’exil en Espagne, quand l’autre ne souhaite que se défaire de sa mère pour vivre enfin, cela alors que celle qu’il choisira pour l’accompagner ne cherche qu’à survivre au décès de son seul parent et s’assumer. En définitive, tous oeuvrent pour solutionner le mal-être de leur existence, sans savoir ni comment faire ni s’ils y parviendront. De fait, tous les protagonistes risquent et se mêlent, se rencontrent et se trouvent ou s’allient pour le bien final de tous.
Par instants, de surcroît, le métrage ose sans déplaisir et avec mesure, la cohabitation des genres (fantastique, drame, film social et comédie) pour aboutir à une alchimie là encore inattendue. L’une des jeunes femmes tuera hors champs dans un déferlement d’horreur le chien qui la nargue. Une mère séparée fera appel à une guérisseuse pour s’occuper de sa fille malade. Et le fils fabriquant de cendriers, enfin éloigné de sa mère, ne saura que faire dans un assez long plan fixe, avec sa compagne d’un soir.
En somme, on s’attache, on sourit, entré que l’on est en totale empathie avec chacun des protagonistes. Progressivement, la diversité plurielle de cette Argentine qui vit, souffre et espère, celle qu’organise Diego Lerman sous nos yeux, nous séduit donc. Enrichissant le métrage et le densifiant, cette addition de souffrances et de caractères aboutit à une œuvre à l’identité propre et à un univers aussi vaste qu’unique. La caractéristique majeure d’un cinéma original et prometteur.
Jean-Baptiste Guégan