La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Millénium L'HISTOIRE : Ancien rédacteur de Millénium, revue d'investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d'une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires.
Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu'il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier.
Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers, lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l'écorchée vive vont résoudre l'affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu'il faudrait peut-être taire.
Un thriller réussi mais qui laissera sceptiques les fans du livre

Le premier volet de la trilogie Millénium va diviser le public et la critique comme toute adaptation de best-seller ultra-populaire en Occident. Souffrant d'une transposition stricto sensu du roman d'origine, le film flirte par moments avec le ridicule. Certaines fidélités outrancières risquent donc de bloquer le regard des aficionados du roman et compromettre l'entreprise d'une pareille adaptation cinématographique. Toutefois, on peut se féliciter d'avoir une déclinaison cinématographique européenne risquée et honnête qui ne tombe pas dans la mièvrerie ni le misérabilisme. Le principal souci réside donc, une fois de plus, dans le manque d'appropriation du matériau d'origine par le réalisateur, afin d'en proposer une approche cinématographique digne de ce nom. La puissance évocatrice, la violence, et la profondeur psychologique du livre demeurent en substance dans sa déclinaison sur grand écran, mais le tout manque d'âme et d'audace picturale.


 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, faut-il encore aborder l'œuvre de Stieg Larsson pour ceux qui n'ont pas encore succombé à son envoûtement d'outre-tombe. Édités chez Acte Sud, ses trois romans font partie tout simplement des plus grosses ventes en librairie pour un auteur d'Europe du Nord, écoulés à ce jour à plus de 2,6 millions d'exemplaires en France. On précise la provenance de l'auteur, car il n'est pas à confondre avec les recordmans de vente made in France à la guimauve du type Marc Lévy. Même s'il conserve un certain cachet populaire, Stieg Larsson crée de véritables thrillers philologiques, âpres et rugueux. Il prend un malin plaisir à dévoiler les travers pervers de ses protagonistes, offrant au lecteur un monde profond et nuancé, qui n'est jamais idéalisé. De plus, la dimension "investigation" pour élucider des crimes irrésolus, ne peut que faire fureur dans un monde qui plébiscite les séries du genre NCIS : enquêtes spéciales, The Shield, Les Experts, etc. À cela s'ajoute un talent reconnu pour offrir au lecteur des personnages charismatiques ainsi qu'une trame narrative qui tient en haleine quiconque s'aventure à la lecture du moindre de ses romans… Et l'on obtient l'archétype même du romancier qui réussit à divertir un grand nombre d'aficionados, sans jamais se moquer de son lectorat. C'est ainsi, qu'on suit le destin de Mikael Blomkvist, un ex-journaliste pour le magazine Millenium et celui de Lisbeth Salander, une jeune femme aux allures gothiques qui est experte en hacking. Leurs destins vont irrémédiablement se rejoindre autour de la disparition, il y a 40 ans de cela, de la petite fille d'un riche patriarche à la tête d'un puissant groupe industriel national. Ils vont tomber sur une affaire d'un tueur en série aux tendances perverses et anti-femmes, comme le sous-titre du premier roman le souligne…

 

Ceux qui n'auront pas lu le livre, vont, a priori, tomber sous le charme de son intrigue et le charisme de ses personnages principaux. Rares sont les œuvres européennes à offrir un univers aussi riche, dense et profond à la fois. Mention spéciale à l'iconique Lisbeth Salander interprétée par la troublante Noomi Rapace, qui mériterait d'avoir à elle seule une œuvre cinématographique tellement elle crève l'écran. Elle enterre les icônes glamour pour les publicités de shampoings décérébrées qui inondent le 7ème art, en offrant une image de la femme moderne à la fois intelligente, belle, sensuelle et fragile. Une femme percée, tatouée, ultra-douée en informatique avec du poil sous les bras… Bref, un portrait de femme réaliste mixant l'univers de Fifi brin d'acier et du néo goth. De plus, sa silhouette va subir plusieurs changements significatifs jusque dans un final aux antipodes de ce que l'on pouvait attendre d'elle, ce qui fait de Lisbeth, une femme polymorphe et charismatique.

On peut moins en dire du Mikael Blomkvist, qui affiche pourtant une gueule burinée à souhait et un physique peu commun pour incarner un rôle principal. Cependant, l'acteur Michael Nyqvist manque un tantinet d'éclat, dans son regard et dans son jeu, si bien qu'on déporte notre attention sur Lisbeth, sa collaboratrice torturée. Il n'est pas étonnant que les campagnes autour du film mettent en avant le visage de l'actrice et l'univers troublant qui en découle.

L'autre point fort du film réside dans la manière dont est mise en scène l'enquête à proprement parler, illustrant au plus près les méthodes spécifiques entre Mikael et Lisbeth. L'un déploie une investigation old school, avec coupures de presse, négatifs argentiques etc. L'autre sera plus high-tech avec Internet, hacking et numérique à tout va. Deux mondes qui, loin de s’opposer, vont œuvrer de concert afin d'élucider le présupposé meurtre d'Harriet, la nièce d'Henrik Vanger. Cela donne de savoureux jeux de pistes et de mise en scène pour une fois bien moins stupides et surréalistes que ce que nous offrent les thrillers américains. On peut relever à cet égard, l'impuissance de Mikael face au zoom répété dans une image argentique, si bien qu'il obtient la silhouette floue d'un présupposé tueur. Le film va jouer avec la limite figurative des supports physiques et sur l'ambivalence et l'incertitude que cela créait sur l'identité du tueur. Ce n'est pas nouveau évidemment, mais on a l'impression qu'on se moque moins du spectateur que d'habitude.

 

Cependant, le principal problème, qui chagrinera de nombreux lecteurs, réside dans la transposition du livre au cinéma. Transposition et non adaptation. La puissance évocatrice des mots sur l'imaginaire du spectateur n'aura jamais d'égal, et toute évocation sous forme d'images cinématographiques qui se doit d'avoir un tant soit peu de recul pour prétendre être une adaptation, reste vaine. Ce qu'il y a entre les lignes, entre les mots… Sa puissance évocatrice qui fait naître dans l'imagination du lecteur un univers mental est partiellement absente du film. Le réalisateur a beau s'obstiner à épingler les caractéristiques de ses personnages, ou à imposer une ambiance avec d’habiles jeux esthétiques, on a tendance à se sentir devant un téléfilm cossu qui respecte les exigences du cahier des charges, sans jamais réussir à les transcender. À cela s'ajoutent certains raccourcis scénaristiques qui risquent de paraître saugrenus et déplacés, ne réussissant jamais à déployer la dimension iconique et moderne du portrait de la société suédoise que distille l'œuvre originale. 

In fine, les amateurs de thriller n'ayant pas eu l'occasion de jeter un œil sur l'œuvre littéraire seront agréablement surpris par ce film qui se démarque des réalisations suédoises actuelles. Les amateurs de Larsson, en revanche, ne cacheront pas leur déception devant ce simulacre d'adaptation qui réussit tout de même à s'en tirer bien mieux que les ersatz que sont Le Dahlia Noir ou Da Vinci Code.

Gwenael Tison

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Le verdict des internautes

Total des votes : 12

Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
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    Musique

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