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Miracle A Santa Anna

La critique d'Excessif

1/5
miracle_a_santa_anna L'HISTOIRE : Durant la Seconde Guerre mondiale, dans les montagnes toscanes, une escouade exclusivement composée de soldats noirs américains est encerclée dans un village italien ...
Miracle à Santa Anna débute comme un polar standard, avant de bifurquer brusquement vers le film de guerre attendu, et promis par Spike Lee. Malgré sa construction temporelle éclatée, sa structure narrative fortement inspirée de Il faut sauver le Soldat Ryan, et ses piques lancées régulièrement vers la conscience nationale yankee, le successeur du brillant Inside Man – l’homme de l’intérieur est déroutant. Le titre ne ment pas sur la marchandise : plus qu'un film de soldats, Miracle à Santa Anna est bel et bien une fable moderne, d'une naïveté à la fois confondante et désarmante.

MIRACLE A SANTA ANNA
Un film de Spike Lee
Avec Derek Luke, Michael Ealy, Laz Alonso, Omar Benson Miller, Pierfrancesco Favino
Durée : 2h36
Date de sortie : 22 octobre 2008

New York, années 80. Hector Negron, un employé de banque noir abat sans raison apparente un immigré italien venu acheter des timbres. Un jeune journaliste, Tim Boyle, est autorisé à rencontrer le tueur avant son procès. Celui-ci s'avère posséder une tête de statue dérobée en 1944 dans l'Italie occupée par les Allemands. Hector était membre des « Buffalo Soldiers », premier bataillon entièrement constitué d'hommes de couleur, ayant débarqué notamment en Toscane cet été là, près d'un village martyr nommé Santa Anna...

La révélation finale d'Inside Man – l’homme de l’intérieur, qui remuait en tous sens l'Histoire honteuse de la Seconde Guerre Mondiale, sonnait donc comme un présage dans la carrière du réalisateur de Do the right thing. Infatigable (et intraitable) défenseur de la cause noire, Spike Lee se devait de rappeler au bon souvenir des Américains l'existence des fameux « Buffalo Soldiers » créés par Roosevelt, et d'en tirer un film de guerre qui porterait sa patte. Sa biographie de Michael Jordan attendra. L'heure est à l'appel aux armes, pour un projet que le cinéaste avait en tête de concrétiser depuis au moins cinq ans.

Vu de France, le nouveau film de Spike Lee apparaît presque comme une redondance. Mettre en lumière le rôle joué par les minorités lors du Débarquement des Alliés en Europe, Indigènes l'a déjà fait. S'il ne parle pas de colonialisme, mais plutôt d'intégration et de respect, et ne constitue en rien une oeuvre militante dans son ensemble, Miracle à Santa Anna, par de nombreux aspects, rappelle le film de Rachid Bouchareb, qui lui-même marchait sur les traces du monument Ryan : histoire centrée sur un petit bataillon représentant une nation dans toute sa diversité , scène forte inaugurale où le courage de chacun est testé, rencontre avec les populations civiles, et, fatalement, le sacrifice final dans une bataille rangée à 1 contre 100. En cela, le film ne surprend guère et on peut même dire qu'il se sert de ces conventions pour raconter tout autre chose.


En l'occurrence, une étrange histoire de mysticisme, de foi et d'amitié, qui va tourner autour d'un petit garçon, d'une statue volée et d'un massacre insoutenable. Rien ne sert d'en révéler trop : adaptant son propre roman Buffalo Soldiers, James McBride prend son temps pour solidifier et rendre le plus crédible possible les révélations qui s'accumulent au fil du scénario, dans un crescendo qui est sans doute l'un des vrais points forts du film, d'autant que le casting international se révèle assez homogène (quoique Derek Luke, la révélation de Antwone Fisher, se révèle un ton en dessous de l'ensemble). Soldats afro-américains diversement motivés par leur tâche, et traumatisés par la perte de leur bataillon, nos quatre héros vont à leur propre surprise se sentir plus acceptés dans le petit village italien où ils arrivent, que dans leur propre pays, et ce malgré la barrière du langage.

Un contraste souligné avec peu de subtilité par un flash-back en Louisiane trop théâtral. Stationnée entre les étroites rues du village paysan, l'intrigue s'attache alors autant aux civils, à la fois patriotes et apeurés, qu'aux résistants italiens, les partisans, eux aussi porteurs de leur propre douloureux passé. Les Nazis, eux, sont logés à la même enseigne qu'il y a cinquante ans déjà au cinéma : la plupart sont des fous sanguinaires sans aucune pitié, et seuls certains militaires montrent leurs émotions et savent se montrer humains. Si l'on rajoute à cette galerie de portraits des officiers américains plutôt racistes, on comprend mieux l'imposante durée de ce Miracle à Santa Anna, d'autant que Lee s'attarde bien évidemment sur le petit garçon de l'affiche, fil rouge d'une histoire qui prend peut-être trop de temps pour poser ses enjeux.

Ainsi on peut regretter l'artificielle construction en flashbacks qui sert à mettre en relief le destin d'un des quatre soldats du bataillon, via une galerie de caméos (John Turturro, Kerry Washington, et le plus incroyablement futile du lot, John Leguizamo), ne servant à rien d'autre qu'à allonger artificiellement une fresque dont on sent le dénouement, bondieusard et maladroit, venir à des kilomètres. Clairement, comme à l'époque de Malcolm X, Spike Lee cherche à embrasser trop de thèmes, trop d'intrigues, pour réussir le grand classique dont il rêve. Quoique original dans son traitement des thèmes de la religion (aussi importante dans une communauté que dans l'autre, les miracles provoqués par le garçon, qui semble sorti d'un film de Guillermo del Toro) et de la fraternité (partisans, afro-américains : même combat), Lee se heurte aux récifs du film de guerre d'époque, genre tellement retourné, détourné et rabattu qu'il ne supporte plus l'approximation et les lieux communs.

Heureusement, le cinéaste montre à chaque instant que le savoir-faire qui a illuminé ses derniers films n'est pas à sous-estimer : tirant profit de la magnifique photo naturaliste de Matthew Libatique (chef op' de tous les films d'Aronofsky), et de l'imposante musique composée par le fidèle Terence Blanchard (qui poursuit avec brio les expérimentations orchestrales dissonantes débutées avec La 24 heures avant la nuit et Inside Man – l’homme de l’intérieur), Spike Lee signe une oeuvre plutôt émouvante et raisonnablement spectaculaire – disons du niveau de la série Band of Brothers, l'image monochromatique en moins. Une semi-réussite (voyons un peu le verre plein pour une fois !) qui doit beaucoup à l'effet de surprise, le metteur en scène new-yorkais ne s'étant jamais frotté à une fresque d'une telle ampleur auparavant, même pour sa biographie de Malcolm X.

Nicolas Lemâle











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  • miracle_a_santa_anna_haute
    Edito
    Miracle A Santa Anna : Ba Et Galerie Photos26 août 2008 - 1 commentaires

    Tiré du roman éponyme de James McBride (qui a aussi écrit le scénario), l'histoire est celle d'un commando composé de 4 noirs américains, issus de la 92eme division, nommée « Buffalo Soldiers », ...

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