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Modigliani

La critique d'Excessif

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modiglianicinefr L'HISTOIRE : Paris 1919. Au café de la Rotonde, Picasso et Modigliani s'admirent et se respectent tout en étant rivaux. Picasso est déjà célèbre tandis que Modigliani ne se préoccupe guère de ce manque de reconnaissance. Jeanne Hébuterne est amoureuse de Modigliani. Une liaison avec un peintre juif que désapprouve le père de jeune fille. Au même moment, Paris se prépare pour le grand concours artistique de l'année. Ni Picasso ni Modigliani n'ont jamais accepté d'y participer...
Une magnifique exposition au jardin du Luxembourg à Paris en 2003, une pièce actuellement jouée à Paris Modigliani en riant dans le noir et un film réalisé par Mick Davis à sortir dans nos salles le 29 septembre : Modigliani n'aura jamais été autant honoré que ces deux dernières années. Pourquoi un tel regain d’intérêt ? Le devons-nous à ses portraits aux visages ovales et allongés, qui n'en finissent pas d'intriguer ? Serait-ce son acharnement malgré les échecs qui fascine ? Ou l’image d’un homme torturé et follement passionné ? Ou encore ces polémiques sur l’authenticité de certaines de ses oeuvres ? En ce qui concerne le réalisateur Mick Davis, il est vraisemblable que ce sont toutes ces particularités qui l’amenèrent à s’immerger dans la vie de Modigliani et à nous offrir cet autre portrait d’artiste.

MODIGLIANI
Un film de Mick Davis
Avec Andy Garcia, Elsa Zylberstein, Omid Djalili, Eva Herzigova, Udo Kier

Durée : 1H54
Sortie : 29 Septembre 2004


1919. A Montparnasse, les plus grands peintres de l’époque chaude se côtoient dans l'effervescence de ce début de siècle. Parmi eux, Modigliani, maître reconnu dans le milieu des artistes et dans la société mondaine parisienne, coule une existence de bohème avec Jeanne Hébuterne, sa compagne, sa muse et son modèle. Avec Picasso, il entretient une relation conflictuelle mais empreinte d’un immense respect réciproque. Cette dualité s'apparente le plus souvent à un jeu singulier et à un spectacle divertissant pour leur entourage. L’annonce d’un nouveau concours de peinture devient le sujet de tous les commérages...


A l’orée des Années Folles, Paris accueille et inspire les grands noms de l’art pictural et littéraire. Aujourd’hui encore, notre capitale insuffle les passions, et offre à Davis l’occasion de réaliser un de ses rêves : filmer la vie, les amours et l’œuvre de Modigliani dans notre capitale d’après guerre, le Paris bourgeois et créatif.
Les lieux : le quartier Montparnasse, où vécut Modigliani, offrait un cadre évident avec ses pavés, ses sombres ruelles tortueuses et le bar "La Rotonde" (fief des artistes de l’époque). Le décor posé, il s'agissait ensuite de retenir une technique adaptée pour ajouter aux lumières le ton qui retranscrirait le mieux la vie nocturne et dissolue de l’artiste, celui-ci dilapidant son argent dans l’alcool et la drogue. Au banal filtre sépia, qui vieillit et adoucit trop artificiellement, Mick Davis a préféré les images fortement contrastées où le noir profond rivalise avec le blanc éclatant. L’effet désiré est atteint : à la vision de son film, on croirait contempler ces vielles photos en noir et blanc qui mettent aussi bien en exergue le bonheur que la désolation. Cependant, si la retranscription est visuellement assez bien réussie, on note parfois une image excessivement blanchie, nous rappelant brutalement à la réalité du studio.


Les costumes et décors : les couvres-chefs, robes à franges et capelines suffisent à nous projeter dans l’exubérance des années vingt. Le projet de Davis, révèle une attention toute particulièrement portée aux décors et accessoires. On se plonge ainsi avec délectation dans l’univers intime de Modigliani. Ce dernier vendant difficilement ses oeuvres, il vivait dans un studio dépouillé où le réalisateur attire notre regard sur quelques tableaux, mais également quelques sculptures qui nous remémorent sa rencontre influente et capitale avec le sculpteur Brancusi.




Modigliani, surnommé "le beau gosse de Montparnasse", souffrait d’une maladie pulmonaire qui l’obligea à abandonner la sculpture. Et c’est peut-être parce que ses pinceaux devinrent son unique moyen d’expression, alors qu’il débordait de créativité, qu'il s'épancha dans ce style atypique et cette forme de folie artistique. Cette dernière pouvait le rendre aussi bien mélancolique que jovial auprès de ses fréquentations, mais fit de lui le portraitiste que l’on admire aujourd'hui. La réussite de tout film consacré à la vie d’un artiste repose avant tout sur le charisme et l’implication du premier rôle. Le choix d’Andy Garcia pour incarner Modigliani s'avère pertinent si on se réfère à la ressemblance physique avec le peintre. Néanmoins, si la motivation de l’acteur est incontestable, il manque à Andy Garcia l'indispensable aura de l'artiste, ainsi que cette expression torturée où se lisaient les tourments, la profondeur artistique et les exigences du créatif. Cependant, ce manque relatif de crédibilité n’enlève rien à la prestation des autres acteurs, et notamment celle de sa compagne dans le film, Elsa Zylberstein. Sa pureté et sa sensibilité sont si proches de ce que transpirent les toiles du Maître que l’on ne saurait à présent imaginer une autre actrice pour incarner Jeanne Hébuterne. Cette singularité détourne presque le film de son but original, car plus qu’un hommage à l’artiste, on pourrait y reconnaître un hymne à la passion amoureuse et ravageuse.


Si le Montparnasse de 1900 était cosmopolite, le casting de Modigliani ne déroge pas à cette caractéristique ; en sus d'Andy Garcia, qui est d’origine cubaine, on peut apprécier les interprétations d’Omid Djalili alias Picasso (acteur britannique d’origine iranienne), Eva Herzigova (République tchèque) dans le rôle de la femme du rival, ou encore Udo Kier (Allemagne) sous les traits du poète Max Jacob.


Le film Modigliani retrace, au travers d’une année (la dernière), les épisodes majeurs qui marquèrent les passages de l’artiste à Paris, entrecoupés de flash-back sur son enfance en Italie. Toutefois, malgré une compilation de nombreux évènements, le rythme de Modigliani est affecté par un nombre conséquent de plans trop longs, la caméra s’attardant parfois trop minutieusement sur l’allégorie de la conscience de l'artiste ou des scènes poignantes. Si Mick Davis désirait impliquer personnellement le spectateur dans l’histoire et les sentiments des personnages, on regrettera sa technique résolument trop moderne et trop lente, qui annihile en définitive l’âme artistique, créative et tourmentée que l’on espérait retrouver chez Modigliani.

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