Patrice Leconte possède, comme tout vrai artiste, des détracteurs aussi passionnés que ses fans. Il faut dire que la filmographie du cinéaste possède en son sein les germes de la discorde. Pas besoin de remonter bien loin. Leconte énerve une partie du public en faisant
Les Bronzés 3, mais à côté de ça peut réaliser une perle telle que
La Fille sur le pont. Il s’agissait à cette occasion de sa première collaboration avec Daniel Auteuil. Une
Veuve de Saint-Pierre plus tard, revoilà les deux larrons associés pour
Mon Meilleur ami, film à classer incontestablement parmi les plus belles réussites du metteur en scène.
MON MEILLEUR AMIUn film de Patrice Leconte
Avec Daniel Auteuil, Dany Boon, Julie Gayet…
Durée : 1h34
Date de sortie : 20 décembre 2006Un marchand d’art se rend compte le jour de son anniversaire qu’il n’a pas un seul ami, et qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Plutôt que d’opérer une remise en question nécessaire, il préfère relever un pari grotesque l’obligeant à se trouver un meilleur ami sous dix jours.En général, le cinéma possède une propension quasi systématique à conter des histoires d’amour. Les grandes amitiés, même si elles peuvent se trouver en toile de fond, connaissent rarement la primeur des scenarii.
Mon Meilleur ami propose une lecture des liens amicaux sur le ton de la comédie. Un genre assez vite transcendé par la sincérité que Patrice Leconte réussit à instaurer dans les rapports entre ses deux personnages principaux.
Inutile de préciser en effet que le duo Daniel Auteuil / Dany Boon fonctionne parfaitement. Ou plutôt si, la précision est importante. Une grande complicité se dégage de toutes les scènes où apparaissent les deux acteurs. Vus récemment dans l’honnête
La Doublure de Francis Veber, ils trouvent ici leurs marques dans ce mano à mano finalement beaucoup plus émouvant que drôle à proprement parler. Toute l’intelligence de Patrice Leconte réside dans son refus de foncer dans la direction attendue et presque espérée par la majorité.
Ainsi, plutôt que de jouer la facilité en utilisant Dany Boon comme simple vecteur de gags, le réalisateur s’arrange pour que les situations burlesques viennent autant, si ce n’est plus, de Daniel Auteuil. Les deux personnages sont mis sur un plan d’égalité, celui d’Auteuil ne prenant pas l’ascendant sur Dany Boon comme on pouvait s’y attendre. L’un cherche à se faire aimer, l’autre ne sait pas aimer.

Le thème de l’amitié est exploré avec pertinence malgré une apparente naïveté. Le film alterne avec bonheur comédie et drame, presque sans le faire exprès. La comédie était clairement l’idée de départ mais Leconte dévie judicieusement vers une dramatisation en cours de route. Leconte se laisse porter par ses personnages, ce qui semble inculquer une grande liberté à l’histoire. La mise en scène renforce cette impression de liberté, mais le réalisateur ne fait pas pour autant n’importe quoi. Aucun mouvement de caméra n’est superflu et Patrice Leconte conserve une certaine humilité qui éradique tout nombrilisme. Les images sont au service de l’histoire et non l’inverse. La musique joue à ce titre un rôle important. Enjouée et originale, mêlant les sonorités de la fanfare à un zest de mélancolie, elle constitue une réelle valeur ajoutée pour le film qui s’imprègne littéralement de cette partition.
Drôle mais surtout touchant, pertinent mais surtout émouvant,
Mon Meilleur ami ne recherche pas l’efficacité à tout prix de la comédie populaire basique. Patrice Leconte effectue ici son retour à un cinéma plus intimiste, bien que destiné au grand public. La fin, calme et d’une grande réserve, symbolise cette sensibilité discrète qui parcourt tout le film. La conclusion d’une rencontre entre deux personnages, deux acteurs, deux amis.
Laurent TityRetrouvez pages suivantes une galerie photos du film...