Klaus Barbie. Un des personnages les plus sombres de l’histoire du siècle dernier. Tristement célèbre sous le titre de boucher de Lyon lors de la seconde guerre mondiale, il fut condamné par contumace pour crimes de guerre au milieu des années 50, et fit l’objet d’un procès historique qui prit fin en 1987. Moins connues sont les années qui séparent les faits de guerre et son arrestation, mais elles n’en sont pas moins à la fois captivantes et terrifiantes.
MON MEILLEUR ENNEMIUn Documentaire de Kevin Macdonald
Durée : 1h30
Date de sortie : 07 Novembre 2007Fort de nombreux documentaires, qu’ils soient biographiques (Mick Jagger, Howard Hawks, Donald Cammell) ou documentaires (le révélateur Un jour en Septembre sur la tragédie des jeux olympiques de Munich en 1972), le réalisateur Kevin Macdonald, aussi connu pour son portrait du général/dictateur Amin Dada, choisit ici de s’intéresser à la triple vie, trouble et méconnue, de l’ancien responsable de la gestapo.

Par ce portrait, on découvre à la fois une figure tétanisante, qui malgré ses hauts faits, à la fois atroces et inexcusables (dont le massacre de 44 enfants et 7 éducateurs à Lisieux), arrive cependant à la fin de la guerre à passer à travers les maillons de la justice pour être finalement récupéré pour les services secrets américains afin de combattre le communisme. On est d’ailleurs éberlué de voir que celui-ci servit de témoin lors du procès de René Hardy, accusé d’avoir trahi le chef de la résistance française Jean Moulin, et ce sans être inquiété alors qu’il en est l’assassin présumé.
Par la suite, il est extradé en Bolivie avec sa famille où il passe une vie discrète sous un pseudonyme emprunté au rabbin du village de son enfance, et se monte peu à peu un réseau de relations qui vont l’aider à mettre en place un embryon de 5ème Reich. Il permettra la création hallucinante de la compagnie maritime Transmaritima Boliviana, alors que la Bolivie n’a pas d’accès à la mer, un projet qui sous couvert de gonfler l’ego du gouvernement, lui servira d’écran pour entre autres, divers trafics d’armes. Là encore son « savoir-faire » et ses méthodes d’investigation et d’interrogation permettront de renverser le gouvernement en place et d’établir un régime despotique à l’issue duquel il sera enfin extradé et jugé, ce grâce au travail d’investigation acharné de Serge Klarsfeld, chasseur de nazis, et de divers témoins et anciennes victimes.
A travers la peinture de cette triple vie (nazi, agent des services secrets américains et terrifiant citoyen bolivien à l’influence grandissante), Kevin Macdonald, choisissant l’angle documentaire car bien plus parlant qu’une fiction que l’on jugerait abracadabrantesque vu les faits, ne narre pas seulement la vie d’une figure, mais à travers elle, celle d’un monde malade, aux fondations rongées par l’appât du gain et de la supériorité stratégique et idéologique. Tentant d’être le plus impartial possible grâce à une galerie de témoignages aussi nombreux que poignants, le réalisateur fait la lumière sur certaines pratiques, à la fois inexcusables et souvent passées sous silence de la récupération de l’idéologie et des moyens de l’armée nazie au profit d’autres luttes, à la barbe du public et de la loi.

Le mal, ainsi laissé en liberté aux profits d’intérêts éphémères au lieu d’être éradiqué, donne naissance à d’autres foyers de grangère idéologiques. Et à l’image des luttes contre Saddam Hussein ou Ben Laden, utilisés et équipés eux aussi à une époques par les services secrets américains, Klaus Barbie est tantôt acteur des évènements, tantôt victime désignée par le bon vouloir de gouvernements qui, n’ayant plus autant besoin de ses services que d’une nouvelle image purifiée auprès d’un public à la courte mémoire, mettront en scène sa démise de manière grandiloquante. A la fois Biopic effroyable d’une figure trouble et analyse sidérante d’un monde perturbé,
Mon Meilleur Ennemi est un document rare, témoin des racines d’une actualité dont on oublie trop souvent les fondations pourtant révélatrices. Indispensable.