Après un excellent
L’arriviste, totalement passé inaperçu chez nous, Alexander Payne revient par la grande porte avec
Monsieur Schmidt comme l’attestent sa sélection à Cannes et le rôle principal tenu par une des plus grandes stars de ces cinquante dernières années (Nicholson). Mais si l’aura de son nouveau film est bien plus important qu’auparavant, la méthode Payne n’a pas changé.
Monsieur Schmidt oscille donc entre le drame poignant et la comédie satirique.
Monsieur SchmidtRéalisateur : Alexander Payne
Acteurs : Jack Nicholson, Kathy Bates, Hope Davis, Dermot Mulroney, June Squibb
Durée : 2h04
Sortie : 5 mars 2003
Warren Schmidt a bien du mal à accepter son départ à la retraite. Toute sa vie est chamboulée et il semble désespérer à l’idée de ne plus passer sa vie qu’auprès de son épouse, Helen, surtout quand elle lui programme des excursions en camping-car. Seulement voilà, Helen meurt brutalement et le pauvre Warren ne sait plus quoi faire si ce n’est de se mettre dans l’idée qu’il doit empêcher le mariage de sa fille qui s’apprête à épouser selon lui un raté indigne d’elle.Porté de bout en bout par la performance exceptionnelle, toutes en émotion et rictus contrôlés, de Jack Nicholson (qu’on avait pas vu depuis longtemps aussi bon et sobre et qui mériterait assurément un nouvel Oscar),
Monsieur Schmidt constitue un savant mélange de genres. Oscillant constamment entre le drame le plus pathétique et une ironie mordante (une utilisation astucieuse et jubilatoire de la voix off avec en point d’orgue tous les passages commençant par « Dear Ndugu »), le film de Alexander Payne en dit long sur cette partie de la vie où la perte de l’être cher ou du moins de sa moitié rend l’existence infiniment complexe et bancale.
Illustrant avec beaucoup de justesse l’axiome "on apprécie toujours à sa juste valeur ce que l’on a, une fois qu’on nous l’a enlevé", le jeune cinéaste pourrait presque signer une œuvre lugubre, un chant du cygne quasi désespéré s’il ne savait pas avec une réelle maestria (appelez ça le talent d’écriture) contre-balancer la gravité de son récit par une description tintée à la fois de moquerie mais aussi de beaucoup de compassion et d’amour pour une galerie de personnages représentant l’Amérique profonde, l’Amérique des gens ordinaires qui vivent (survivent) simplement dans un monde qui les dépasse.
Devant tant de maîtrise et de justesse de ton, on en vient à espérer qu’Alexander Payne ne soit pas trop vite avaler par les gros studios américains afin qu’il puisse encore nous offrir cette fraîcheur et cette audace dans ses futurs projets.