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Monster House

La critique d'Excessif

4/5
monster_house_z2coll L'HISTOIRE : D.J. Walters, un petit garçon de 12 ans est doté d'une imagination débordante. C'est pourquoi personne ne le prend au sérieux lorsqu'il fait part de ses craintes au sujet de son horrible voisin qui terrorise tous les enfants du quartier. Il est en effet persuadé que celui-ci est responsable de la disparition mystérieuse de sa femme. Il a également remarqué d'autres phénomènes inquiétants se déroulant dans la maison de ce dernier. Ce que personne ne sait, c'est que D.J. n'invente rien et que cela va empirer.
Que ceux qui depuis Polar Express (Robert Zemeckis) nourrissent des préjugés contre l'utilisation de la motion capture et doutent de la capacité de ce procédé à donner naissance à de vrais films – avec des enjeux et des personnages à part entière – s'attendent à changer radicalement d'avis : Monster House, premier long métrage de Gil Kenan, déboule sur les écrans français le 23 août prochain. Gros coup de cœur.

MONSTER HOUSE
Un film de Gil Kenan
Avec Mitchel Musso, Sam Lerner, Spencer Locke, Steve Buscemi, Nick Cannon, Maggie Gyllenhaal, John Heder, Jason Lee, Kathleen Turner
Durée :
Sortie le 23 août 2006

DJ Walters, douze ans, ne cesse d'observer la maison juste en face de chez lui où vit M. Nebbercracker. Il jurerait que des jouets et objets divers, voire des animaux, disparaissent lorsqu'ils atterrissent sur la pelouse de son voisin. Personne ne le croit, sauf son ami Chowder, dont le précieux ballon de basket vient justement d'être "absorbé" par la maison. Lorsque ses parents partent en week-end, DJ invite Chowder et les deux garçons font la connaissance de Jenny, une fille de leur âge qu'ils sauvent de justesse des griffes de l'inquiétante demeure. Problème : c'est la veille d'Halloween et il faut absolument empêcher les enfants d'aller sonner chez les Nebbercracker.


A partir d'un postulat a priori sommaire mais fondé sur une thématique ô combien universelle – l'angoisse obsessionnelle suscitée par certains voisins, Monster House plante son unique décor : un coin de rue. Première performance de Monster House : garder toute sa cohérence narrative en se cantonnant à la même unité de lieu, à savoir le quartier environnant la monstrueuse demeure qui a donné son titre au film, une vieille baraque située dans une banlieue américaine tout ce qu'il y a de plus banale – il pourrait s'agir de n'importe quelle rue de Pasadena. Ce décor anodin est en réalité le théâtre d'événements aussi inquiétants qu'insolites, lesquels viennent rapidement balayer la trivialité du quotidien. DJ Walters (Mitchell Musso) a depuis longtemps repéré qu'il y avait quelque chose de louche chez l'effrayant Nebbercracker (Steve Buscemi), mais bien entendu aucun adulte ne le croit, pas même ses parents, encore moins Zee (Maggie Gyllenhaal), la baby-sitter venue le garder pendant le week-end d'Halloween. Il faudra pourtant bien percer le mystère de la maison, qui se retrouve du jour au lendemain livrée à elle-même lorsque son propriétaire fait une attaque cardiaque en hurlant sur DJ. L'absence subite de l'affreux bonhomme confirme ce que le garçon soupçonnait depuis longtemps : la maison est vivante, et elle est loin d'être bienveillante.




Avec Monster House, Gil Kenan se propose d'explorer un nouveau genre dans l'animation : le film d'épouvante pour enfants. Le résultat est un vrai régal du début à la fin et devrait toucher un public bien plus large. En effet, le film se démarque des productions digitales vues jusqu'à présent de par ses qualités formelles mais aussi de par son humour noir ravageur. Rien que la séquence d'ouverture annonce la couleur : une adorable fillette sur son tricycle chante à tue tête une charmante petite chanson ("bonjour ciel, bonjour herbe…") avant d'être brutalement interrompue par le terrible Nebbercracker, qui n'hésite pas à lui dire des horreurs et à casser son jouet. Avec ses échanges dialogués parfois hilarants, Monster House n'épargne personne, tournant en dérision les parents dégoulinants d'amour, les flics incompétents jouant de leur autorité (le duo de flics est à mourir de rire), les jeunes férus de mode gothique ou encore les otakus du jeu vidéo. Le trio d'enfer formé par DJ (Mitchell Musso), Chowder (Sam Lerner) et Jenny (Spencer Locke) reprend de loin le schéma popularisé par Harry Potter, à savoir deux garçons turbulents et une fille intello et un peu suffisante, une manière sans doute de mettre le jeune public en terrain familier. S'il s'autorise quelques inévitables clins d'œil à la culture populaire actuelle, ce Monster House possède l'immense qualité de ne pas céder à l'emploi abusif d'un humour uniquement référentiel, et il y a fort à parier que le film fera rire de la même manière dans une dizaine d'années.


Au contraire d'un Polar Express, qui irritait par ses leçons de morale douteuses, le Monster House de Gil Kenan ne cherche pas à véhiculer de message particulier et assume sa qualité de pur divertissement. On peut même supposer que le film aura un effet cathartique sur les enfants, l'histoire faisant volontiers l'apologie des bêtises que l'on pratique à cet âge-là en étant toujours persuadés d'avoir les meilleures raisons du monde. A y bien réfléchir, les enfants de Monster House sont de sacrés garnements. A tel point que l'on se demande parfois, au détour de quelques répliques savoureuses mais un peu corsées pour le jeune public, si le film est réellement destiné à ce dernier ou s'il n'a pas pour but de nous replonger nous, adultes, dans cette douce époque d'insouciance où l'on s'amusait à pousser à bout quelque vieux râleur en marchant sur les pelouses ou en claquant des portes, voire plus. Ainsi, la terreur suscitée par la monstrueuse maison constitue le parfait prétexte pour aller espionner ses voisins (DJ a quand même une lunette d'astronome pointée sur la maison de Nebbercracker !), pénétrer par effraction dans une propriété privée voire voler quelques ustensiles nécessaires à un grand projet dans le supermarché du coin.



On est obligé de remarquer que Gil Kenan est soutenu par deux producteurs très rôdés, à savoir Robert Zemeckis et Steven Spielberg, mais il serait injuste de ne pas reconnaître le talent de ce réalisateur prometteur qui sort pourtant tout juste de son école. Monster House n'est ni du Zemeckis ni du Spielberg et possède bel et bien son identité propre. Les scènes d'épouvantes feront frissonner les plus jeunes en rappelant les cauchemars d'enfants (l'ombre de la maison qui s'étend dans la chambre de DJ), tandis que les adultes jubileront devant les idées visuelles, qui défilent à raison d'au moins une par plan. Le réalisateur a parfaitement su donner vie au concept même de la maison, qui part d'une idée très bien trouvée sur laquelle nous ne dévoileront rien si ce n'est qu'elle tient ses promesses jusqu'au bout. Outre la cohérence narrative du film, une autre performance remarquable est d'avoir su maintenir la cohérence visuelle et conceptuelle du phénomène qui donne lieu à toutes ces aventures, à tel point que le final pourtant parfaitement surréaliste s'impose comme une conclusion logique. Bien rythmées, les scènes de lutte contre la maison rivalisent d'énergie et d'efficacité, tandis que les passages plus dramatiques se voient embellir de quelques images d'une poésie inattendue, comme dans le flash-back racontant l'histoire de Constance (Kathleen Turner). Outre un travail impressionnant réalisé sur les sons, en particulier ceux émanant de la maison, Monster House bénéficie aussi d'un soin accordé aux couleurs et à l'utilisation des lumières : les sources d'éclairage restent discrets pendant les scènes quotidiennes du début mais s'enrichissent considérablement dès lors qu'intervient le fantastique, créant l'impression d'entrer véritablement dans une réalité parallèle.


Si l'on pouvait reprocher à Polar Express de singer la réalité à travers un style trop réaliste sans jamais parvenir à donner vie à ses personnages, Monster House ne se contente pas de s'inspirer des acteurs réels mais s'enrichit d'un véritable character design. Les personnages ont ainsi une apparence très stylisée, affirmant la parenté de l'œuvre avec le cartoon, et le style choisi s'harmonise à merveille avec le réalisme saisissant des attitudes et des mouvements inhérent au procédé de la capture de mouvement. Sans jamais donner l'impression de "surjouer", les enfants comme des adultes fourmillent d'expressions savoureuses et de mimiques typiques de leur tranche d'âge et de leur personnalité. Le résultat s'avère particulièrement convaincant en ce qui concerne Chowder, interprété en studio par le jeune Sam Lerner, lequel s'en est visiblement donné à cœur joie pour incarner le meilleur ami de DJ, lui-même joué avec talent par Mitchell Musso. A ce titre, le film mérite d'être vu en version originale, les comédiens ayant tous su insuffler une personnalité propre à leur rôle, à commencer par l'excellent Steve Buscemi, en Nebbercracker, et la non moins excellente Maggie Gyllenhaal (La Secrétaire), en baby-sitter gothique et désinvolte.


Sur la base d'un scénario linéaire mais original, Monster house réussit le tour de force de maintenir son suspens et son humour décalé jusqu'à la fin, ajoutant ce qu'il faut d'émotion pour donner du relief à cette histoire rocambolesque. Esthétiquement soigné, ce premier film de Gil Kenan est un petit bijou de l'animation et certainement l'une des productions les plus enthousiasmantes de cet été.

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Le verdict des internautes

Total des votes : 6

Les notes des internautes

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    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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