L'HISTOIRE : Sam Bell vit depuis plus de trois ans dans la station lunaire de Sarang, où il gère l'extraction deOn se prend au jeu avec délectation
Loin du tapis rouge et du glamour ambiant, loin des soirées chaudes et discussions arrosées, le marché du film réservera cette année encore son lot de bonnes surprises. Entre deux séries B fauchées, quelques joyaux pourraient bien faire surface, histoire de dynamiser le cinéphile. Les derniers mois, on avait beaucoup entendu parler de Moon, film de science-fiction anglais avec Sam Rockwell en vedette. Les premiers pas sur la lune ciné du réalisateur valent-ils l'atterrissage ?
Immédiatement, on pense à 2001, l'odyssée de l'espace et à Shining, comme si Jack Torrance avait passé ses galons de cosmonaute et purgé sa folie sur la Lune. Si Moon souffre de la comparaison évidente avec les chefs d'oeuvre kubrickiens (même intelligence artificielle omniprésente, même huis clos anxiogène), le film de Duncan Jones parvient à se libérer de ses carcans qui lui font de l'ombre pour imposer son empreinte, forcément lunaire. Le film le doit avant tout à son scénario qui use d'une roublardise dramatique suffisamment efficace et bien menée pour ne pas lasser le spectateur. On se prend au jeu avec délectation, malgré quelques longueurs dans le dernier tiers.
Moon tient aussi sa réussite de l'interprétation impeccable de Sam Rockwell. L'acteur, qui se fait beaucoup trop rare, est de chaque plan et la caméra le lui rend bien. Chancelant, truculent, désespéré : il libère une palette de jeu complète jusqu'à se dédoubler à l'écran avec un bonheur communicatif. Ses dialogues avec l'ordinateur central (voix de Kevin Spacey !) réservent de beaux moments d'émotion et de suspense. La musique atmosphérique concoctée par un des maîtres du genre (merci Clint Mansell) finit d'envelopper les sens et de provoquer le malaise.
Au final, Duncan Jones parvient à sonder des peurs originelles en offrant un moment de science-fiction plus qu'honorable. Il se pare même d'un discours tout à fait pertinent sur le deuil, l'humanité et la technologie.
Critique de NICOLAS SCHIAVI
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