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Mortuary

La critique d'Excessif

0/5
mortuary_tobehoopercinefr L'HISTOIRE : Une famille décide de prendre un nouveau départ et de déménager. Loin, dans un patelin paumé en Californie. Ils reprennent une entreprise de pompes funèbres et c'est la maman déboussolée (Denise Crosby, repérée dans Simetierre) qui s'en charge. Problème : les morts sont peut-être plus vivants que les vivants.
Disons-le sans honte : après l’échec de Dance of the dead, son segment dans Masters of Horror, le retour de Tobe Hooper sur grand écran laissait craindre le pire dans le registre du revival opportuniste. Triste constat : en dépit de ses promesses sérieuses, l’objet du délit, Mortuary, n’est qu’un assemblage pathétique de séquences obsolètes concocté par un cinéaste coincé dans les années 70 et incapable d’atteindre de nouveau l’horreur d’un Massacre à la tronçonneuse ou le degré fantastique de Poltergeist. Ce précipité saumâtre résonne comme le constat presque touchant d’un cinéaste incapable de rebondir sur ses précédents films et qui n’arrive plus à recycler ses effets ni même à recréer une ambiance. Ce pourrait être un champ du cygne ; ce n’est qu’un mauvais trip horrifique.

MORTUARY
Réalisé par Tobe Hooper
Avec Dan Byrd, Stephanie Patton, Denise Crosby…
Durée : 1h30
Sortie : 3 mai 2006



Comme dans n’importe quel film d’horreur lambda : une famille décide de prendre un nouveau départ et de déménager. Loin, dans un patelin paumé en Californie. Ils reprennent une entreprise de pompes funèbres et c’est la maman déboussolée (Denise Crosby, repérée dans Simetierre) qui s’en charge. Problème : les morts sont peut-être plus vivants que les vivants. Quelques portes qui claquent, des sursauts minimes, bonjour, au revoir et merci d’être venu.

C’est la mode vintage aujourd’hui : dans tous les domaines artistiques, quelques grands patronymes d’hier sont désormais propulsés sur le devant pour titiller la fibre nostalgique de quelques malheureux qui bombardent de références chaque nouvel essai et balancent que c’était mieux avant. Soit. Mortuary en est, a priori, le prototype. Dans le genre horrifique, pas de doute : malgré de grosses faiblesses et des idées inexploitées, le dernier Land of the Dead démontrait que George Romero était toujours capable de zoomer sur les bouches sanguinolentes de ses zombies tout en essayant de conférer une dimension politique. Cela a suffi pour enthousiasmer une bonne partie de la frange cinéphile et corrélat les aficionados du maître. Le cas Tobe Hooper méritait donc que l’on s’y attarde.



Une chose est sûre : le spectateur ne fait pas la même tête avant (enthousiaste) et après (dépité) la projection. Au fur et à mesure que les bobines défilent, on se rend compte du cauchemar : cet épisode lénifiant et opportuniste de Six Feet Under à la tambouille moderne avec des zombies éteints, des algues étranges et des jeunes désoeuvrés, carbure au Tranxène. Mais, au-delà des images, il y a quelque chose de déchirant dans ce film, à tel point que cela défie l’explication. Premièrement, il est trompeur : ce qui s’annonçait comme un grand thriller horrifique n’est en réalité qu’une petite comédie fantastique avec quelques zébrures gores plutôt inoffensives et un canevas très balisé. Mortuary, nouvelle livraison de barbaque de Tobe Hooper, est donc une œuvre exsangue. De sang, oui, mais surtout d’inspiration. Comme si le film lui-même, a priori abstrait, devenait une réflexion très discursive sur le registre fréquenté : peut-on renouveler un genre dont on a épuisé une à une les coutures ?


Première chose qui ne fonctionne pas dans Mortuary : le cinéaste n’arrive à aucun moment à instiller un climat ne serait-ce qu’un tantinet flippant. Tout de ce qui est proposé ici a déjà été vu et revu ailleurs (et en bien mieux). D’autres détails, plus flagrants encore, dérangent : la propension à tendre vers la facilité, l’inertie dans laquelle les personnages se complaisent et surtout l’incapacité à décrire ces mêmes personnages, à rendre palpable le doute, le malaise, l’inquiétude ; en somme, à atteindre ce sentiment de véracité pour faire pénétrer l’extraordinaire dans l’ordinaire. Rien de tout ça : à une heure où le genre cherche de nouvelles alternatives pour évoluer (et où des réalisateurs émérites désirent le transcender), Mortuary est un film régressif qui retourne à l’âge de pierre pour déboucher sur une impasse gênante pour l’auteur mais aussi le spectateur.


Tout sonne désespérément faux. Tout semble fonctionner au détriment de l’opus. En réfutant la psychologie de ses personnages qui confinent aux peu fins archétypes (les jeunes gentils et les jeunes loubards), en imposant une progression dramatique crescendo ultra convenue, Hooper a comme seule arme un recours à des artifices ostentatoires (SX majestueusement ratés) qui accentuent la nature bâtarde de Mortuary : faut-il en rire ou s’en émouvoir ? Faut-il le prendre au degré au-dessus ou le degré au-dessous ? Machine autodestructrice ? Distanciation Brechtienne ? Foutage de gueule ? On ne sait pas : le film roule sur du vide et s’en satisfait grassement. Mais c’est surtout un film que l’on s’épuise à vouloir aimer, décortiquer, défendre alors qu’il ne révèle rien sous sa carapace arrogamment huilée.



On perçoit (ou on fantasme) l’envie d’Hooper de concilier dans un même élan l’horreur et la comédie comme tant d’autres mélangent le tragique au grotesque. Les acteurs sont presque touchants à donner l’illusion qu’ils croient en ce qui les anime. Seulement voilà : derrière la chape d’effets et le produit benêt, il y a surtout le visage crispé de l’homme qui attend depuis belle lurette de faire son grand retour. Inconsciemment ou non, son précipité se teinte d’amertume. Et son come-back est un ratage comme on en produit plus depuis des lustres. La seule qualité du film est peut-être d’ouvrir les yeux aux puristes qui glorifient les icônes passées: une nouvelle génération attend pour prendre le relais.

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