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Mother Of Tears

La critique d'Excessif

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mother135 L'HISTOIRE : Troisième volet de la trilogie des "Trois mères". Sarah, jeune américaine étudiant l'art à Rome, ouvre malencontreusement une urne maléfique, d'où s'échappe la pire sorcière de tous les temps. Les sorcières du monde entier se rendent alors à Rome pour rendre hommage à leur chef, tandis que Sarah use de son pouvoir psychique pour tenter de contrecarrer les plans de la sorcière ...
Troisième volet de la trilogie des "Trois mères". Sarah, jeune américaine étudiant l'art à Rome, ouvre malencontreusement une urne maléfique, d'où s'échappe la pire sorcière de tous les temps. Les sorcières du monde entier se rendent alors à Rome pour rendre hommage à leur chef, tandis que Sarah use de son pouvoir psychique pour tenter de contrecarrer les plans de la sorcière...



ROMAIN LE VERN
On ne sait pas trop par quel bout prendre ce Mother of Tears, conclusion de la trilogie des Trois Mères commencée avec Suspiria en 1976 et poursuivie avec Inferno en 1979. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne répond pas du tout aux attentes. Dans les deux premiers opus de la trilogie des Trois mères, l’action se déroulait à des endroits précis ayant une signification particulière pour Argento: Suspiria prenait sa source à Freiburg; Inferno à New York. Idéalement, Mothers of Tears se situe à Rome où la survivante du trio, mentionnée dans Suspiria, est soudainement éveillée par Sarah Mandy (Asia Argento), une étudiante américaine spécialisée en arts antiques. Pour tout dire, elle ouvre une urne mystérieuse contenant des talismans qui permettent à la sorcière (Moran Atias, top model israélien) de s’emparer de ses pouvoirs, de sa beauté et de sa jeunesse. Ce ne sera pas sans conséquence: morts soudaines et mystérieuses, crimes suspicieux, suicides inexpliqués. Sarah a trouvé le moyen de fuir cette malédiction même si le monde autour d’elle s’écroule : son amie est assassinée par un singe possédé.
Dans les deux épisodes seventies, le cinéaste transalpin agissait en orfèvre en réfléchissant à la signification de chaque couleur et au dosage du plus petit son. Selon le principe de l’alchimiste (les mystères de la vie ne peuvent pas être expliqués), chaque objet, chaque parole, chaque bruit correspondaient à des chiffres, des signes, des énigmes qui devaient être interprétés. Ce qui expliquait par exemple le caractère impénétrable d’Inferno, construit comme un rébus formaliste et ouvertement influencé par les théories alchimistes. Avec Les trois mères, une arlésienne que les aficionados attendent depuis près de vingt-cinq ans, Argento ne semble plus s’intéresser à la forme, proche du téléfilm, et amplifie les défauts déjà présents dans ses précédents longs métrages. A savoir les dialogues très faibles, les personnages secondaires inconsistants et la direction des acteurs approximative. On peut être très étonné d’une telle position, d’autant que papa Argento semblait avoir retrouvé avec les récents Masters of Horror (Jenifer) une vitalité perdue depuis Phénoména (84) et, dans une moindre mesure, Le syndrome de Stendhal (96).
Bien qu’indigeste et raté, le résultat est tellement bis et drôle qu’il peut soulever une molle mansuétude. Les plaisirs coupables ne manquent pas (lesbiennes, grognasses, meurtres tarabiscotés, gags involontaires). Certaines apparitions valent leur pesant de cacahuètes (Udo Kier en prêtre hystérique – qui crève de manière incroyablement violente –; Daria Nicolodi en fée clochette revenue des morts) et situent ouvertement le récit dans la blague potache. Confier la bande-son à Claudio Simonetti est une autre fausse bonne idée tant le compositeur se contente de réciter ou de ne rien proposer. Les trop nombreuses autocitations, notamment à Phénoména, confirment cette impression que le cinéaste reste coincé dans les années 80 et paraît bien incapable de rebondir. Au second degré, on peut s’amuser de l’absence de sérieux avec lequel Argento montre une Rome apocalyptique ou encore fait tournoyer sa fille dans un même lieu pendant près de vingt minutes. Et lorsque Asia Argento et son complice laissent échapper un éclat de rire à la fin, on se demande si on doit le prendre comme un doigt d’honneur ou un échange de complicité avec le spectateur.




VINCENT MARTINI
Dario Argento a été un formidable esthète, un très grand réalisateur de giallo. Avec Suspiria, premier film d'une trilogie, qui devient culte immédiatement, il fit preuve d'un grand talent de plasticien mis au service d'éclairages carrément novateurs. Le même Suspiria qui sut recréer la surprise avec la remasterisation controversé de l'oeuvre initiale en se dévoilant à travers une palette chromatique encore plus saturée qu'auparavant. Inferno avait montré que Argento était bien capable d'enrichir encore son univers de luxure et de sorcellerie. Et c'est dans ce contexte que nous accueillons les yeux humides le dernier opus d'une vénérable saga.
Las, après la projection, nos yeux n'ont plus d'humides que les larmes de la colère, tant l'oeuvre promise ne s'apparente plus qu'à un ersatz de giallo mal dégrossi. Le naufrage est massif, de la direction d'acteur ... étonnante, dirons-nous - Signalons que Argento père arrive à nous rendre ridicule notre ténébreuse Asia Argento - à la mise en scène oscillant entre éclairage érotico-kitch d'un autre temps (le film fleure bon le début des 80's) et le tout juste regardable, vous comprendrez vite pourquoi la déception est de taille titanesque. Ajoutons enfin que la fin du film fut accompagné des plus fort huées entendus durant toute la durée du festival de Gerardmer. Argento ne pouvait malheureusement pas plus mal boucler sa trilogie. Triste fin.

3/10

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